Crue de la Seine : comment Paris se prépare au pire

Les quais de Seine inondés à Paris le 2 juin 2016.
Les quais de Seine inondés à Paris le 2 juin 2016. (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

La capitale s'active pour faire face à la montée des eaux. Le fleuve a déjà inondé certaines berges et continue de grossir jeudi.

La Seine continue de monter dans Paris, jeudi 2 juin. Au pont de l'Alma, le célèbre Zouave, qui sert de repère aux Parisiens en cas de crue, est désormais mouillé juqu'aux genoux. Au pont d'Austerlitz, le point de mesure, le niveau de l'eau a dépassé les 5 m. Le pic doit être atteint, vendredi matin, avec 5,90 m, estime Vigicrues.

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Le fleuve ne devrait cependant pas atteindre les 8,62 m de la crue dévastatrice de 1910. Ce ne sera donc certainement pas la crue centennale tant redoutée. Mais Paris est déjà touché par des inondations et se prépare à faire face à la montée des eaux. La mairie et plusieurs établissements publics ont commencé à appliquer le plan de prévention Sequana.

La SNCF prend les premières mesures de protection

La SNCF a activé l'une des premières phases de son plan de prévention. Tout le tronçon central du RER C, longeant la rive sud de la Seine dans Paris, a été condamné, dans l'attente d'une baisse du niveau du fleuve. Une grande partie des stations du RER C dans Paris, de Gare d'Austerlitz à Javel, sont fermées depuis jeudi 16 heures. La ligne est empruntée quotidiennement par près de 500 000 voyageurs.

La SNCF a également décidé de fermer certaines des baies d'aération des voies donnant sur la Seine pour que l'eau ne s'engouffre pas dans les tunnels. Cela pourrait se produire si la Seine dépasse 5,70 m. Cette vidéo, tournée en début d'année à l'occasion de l'exercice grandeur nature du plan Sequana, montre comment les ouvriers procèdent. 

Ce plan a été élaboré pour faire face à une crue centennale, comme celle de 1910, rappelle la SNCF sur Soundcloud. Dans ce cas, la Gare d'Austerlitz et la partie souterraine de la Gare de Lyon seraient aujourd'hui inondées. L'interconnexion avec les RER B et D serait suspendue. La SNCF a notamment prévu de garer ses trains et wagons en zone non-inondable pour pouvoir relancer rapidement la circulation après la décrue. Des précautions nécessaires car sans elles, en cas de crue centenale, le RER C ne pourrait pas circuler pendant deux ans, calcule la SNCF.

Dans le pire des cas, il y aurait aussi un risque de remontée des nappes phréatiques sous les voies du RER C. Des wagons chargés de ballast pourraient être amenés pour éviter que l'eau ne soulève les voies et ne les détruise. La SNCF assure disposer, grâce aux prévisions, de 48 à 72 heures pour agir avant l'inondation.

La RATP surveille l'évoution de la situation

Pour l'heure, la crue de la Seine n'a pas d'impact sur le réseau RATP. Métros, bus et tramways circulent normalement. La régie parisienne des transports est "en vigilance". La RATP dispose, elle aussi, d'un plan de protection en cas de crue centennale. Mais, explique-t-elle, "on est encore loin des seuils de déclenchement de nos procédures". En cas de crue centennale, 140 km de lignes et de stations seraient menacées par la montée des eaux à Paris, estime la RATP.

Le plan de protection prévoit de mobiliser 1 000 agents formés en conséquence, de construire 400 ouvrages de protection autour des entrées des stations et des bouches d'aération du métro afin de protéger le réseau. Du matériel, notamment 50 000 parpaings, des batardeaux et des boudins gonflables sont stockés en prévision dans plusieurs points de la région parisienne. Ce plan prévoit de déployer ces différentes mesures de protection par étapes et ordre de priorité en fonction de l'avancée des eaux. Mais en quatre jours, tout pourrait être mis en place, assure la régie. La RATP détaille son plan d'action dans cette vidéo.

Cellules de veille dans les musées en bord de Seine

Rive droite, le Louvre est en "alerte générale crue". Le musée a déclenché sa cellule de crise et va commencer à évacuer vers les étages supérieurs les œuvres d'art stockés dans ses réserves en zone inondable. Le musée le plus visité au monde sera donc fermé vendredi. Le département des arts islamiques, situé sous terre, a, lui, déjà été fermé préventivement sur ordre de la préfecture. Entre 220 000 et 250 000 œuvres d’art sont entreposées dans ses sous-sols qui disposent, toutefois, de pompes et de portes étanches. Et sur les 64 000 m2 ouverts au public, près de 7 500 m2 sont susceptibles d’être inondés. "Mais a priori, il n’y a aucun risque pour cet épisode pluvieux", tempère la géographe Magali Reghezza dans 20 Minutes.

Sur la rive gauche, le musée d'Orsay a annulé sa nocturne, jeudi soir. "On suit scrupuleusement le plan de prévention. Le seuil de vigilance a été atteint. Ça fait des années qu'on s'y prépare, mais cette fois, ce n'est plus un exercice", indique-t-on du côté du musée. Le plan de prévention prévoit de déplacer dans les étages ou dans des bâtiments annexes les œuvres qui pourraient être touchées par la montée des eaux. Celles qui sont trop anciennes ou fragiles pour être transportées peuvent être protégées sur place.

La bibliothèque François-Mitterrand est, elle, passée au niveau 2 de son plan d'action. Sa cellule de veille est activée. Un point est fait sur la situation plusieurs fois par jour. L'école des Beaux-Arts, le Muséum d'histoire naturelle font également partie des sites qui pourraient être inondés en cas de crue centennale.

Cellule de crise à la mairie de Paris 

La mairie de Paris a activé une cellule de crise pour coordonner l'action de ses équipes, en lien avec la préfecture de police de la capitale. Deux péniches abritant des SDF ont déjà été évacuées, leurs occupants ont été relogés dans des gymnases. Des zones de stockage de véhicules municipaux situées sous des ponts, ont aussi dû déménager. Une dizaine de batardeaux ont également été placés en bord de Seine, selon Colombe Brossel, adjointe à la sécurité.

Et depuis trois soirs, la mairie organise des maraudes pour s'assurer que des SDF ne restent pas dans des endroits inondables. Les pompiers effectuent également des reconnaissances régulières sur la Seine. "On vérifie que personne n'est en danger, que les embarcations sont bien arrimées", détaille le commandant Gabriel Plus, des sapeurs-pompiers de Paris. Mercredi soir, un SDF s'était retrouvé coincé sous un pont, "on a dû l'évacuer".