A Montargis, une maison de retraite évacuée à cause des inondations : "Personne ne peut s'attendre à une telle catastrophe"

Les pompiers installent un résident d\'une maison de retraite de Montargis (Loiret) sur une nacelle afin de l\'évacuer, le 1er juin 2016.
Les pompiers installent un résident d'une maison de retraite de Montargis (Loiret) sur une nacelle afin de l'évacuer, le 1er juin 2016. (ELISE LAMBERT / FRANCETV INFO)

Des pluies diluviennes s'abattent sur le Loiret depuis trois jours, entraînant des inondations exceptionnelles dans le département.

Michèle n'aurait jamais pu imaginer qu'après avoir rendu visite à sa mère aux Rives du Puiseaux, à Montargis (Loiret), mardi 31 mai au matin, la maison de retraite serait complètement inondée dans la soirée. "Ma mère est arrivée dans cette maison il y a deux jours. Hier, tout était normal, l'eau est montée en un rien de temps", confie-t-elle, postée devant le portail de l'entrée, aux côtés de son mari Alain. "Elle n'est pas en fauteuil, mais elle a 95 ans, elle est très fragile", poursuit-elle, inquiète.

Depuis mardi soir, face à la soudaine montée des eaux, les 83 résidents de l'établissement se sont retranchés au premier étage du bâtiment, dans l'attente des secours. "Le rez-de-chaussée est inondé. Il n'y a pas de courant, pas de chauffage. Impossible de faire des plats chauds, l'infirmerie est engloutie", décrit Laure, une employée de la mairie qui suit l'opération de sauvetage depuis l'avenue Gaillardin, où se trouve la maison de retraite des Rives du Puiseaux.

Deux jours que l'avenue est inondée, que les voitures ne peuvent plus passer. "On a l'habitude des fortes pluies à Montargis, il y a du dénivelé partout. Ce n'est pas pour rien qu'on appelle la ville 'La Venise du Gâtinais', confie une riveraine. Mais là, je n'ai jamais vu ça. C'est incroyable cette quantité d'eau en si peu de temps."

Des nacelles suspendues à des tyroliennes

Mercredi à la mi-journée, une soixantaine de pompiers du département, des militaires de la sécurité civile, des policiers et des ambulanciers sont dépêchés sur place pour porter secours aux résidents. Nombre d'entre eux sont invalides et se déplacent en fauteuil roulant. Plusieurs souffrent de maladies neurodégénératives. Pour le colonel responsable des opérations, la tâche est difficile. Il s'agit de sécuriser au mieux les résidents, de les évacuer en douceur, tout en prenant en compte le niveau d'eau atteint dans la maison de retraite. Au moins un mètre cinquante.

"On a installé des tyroliennes entre la maison et l'immeuble en face. Les résidents vont être descendus par des nacelles, puis déposés dans une barge qui les emmènera à la sortie", détaille le colonel, vêtu d'un scaphandre kaki, le talkie-walkie vissé en permanence sur les oreilles. "Les ambulanciers les attendent pour les conduire vers les hôpitaux du département."

Une évacuation de "400 minutes" au minimum

Au premier étage de la maison, une vingtaine de pompiers équipés de combinaisons rouges, de casques et de baudriers installent leur matériel. Une tyrolienne bleue et une tyrolienne rouge sont tendues entre les deux bâtiments. "Les couleurs, c'est pour donner des indications facilement aux résidents", indique le colonel. "C'est une grosse opération. Il ne faudrait surtout pas que l'un d'entre eux bascule et tombe dans l'eau", ajoute un pompier sur le toit. L'évacuation des résidents doit prendre "400 minutes" au minimum, soit près de sept heures. A l'entrée, des policiers vérifient que personne ne vient déranger l'opération. 

Après plus de deux heures de préparation, le premier groupe de résidents est prêt à être évacué. Derrière les fenêtres du premier étage, leurs visages apparaissent, entourés des soignants et de leurs blouses blanches. "C'est parti, traction !" ordonne un pompier depuis le toit.

"Vous pensez qu'ils sont capables d'encaisser ça ?"

Une première résidente est allongée sur une nacelle orange, suspendue aux tyroliennes. Un pompier y dépose un oreiller et un drap pour que la descente ne soit pas trop dure. Pendant quelques minutes, la nacelle est descendue en douceur vers la barge placée sur l'eau, un mètre plus bas. "Ne vous inquiétez pas, tout va bien se passer", rassure une militaire à l'arrivée de la vieille dame. 

Un résident est récupéré sur la barge, il va être installé dans un fauteuil et conduit à l\'hôpital.
Un résident est récupéré sur la barge, il va être installé dans un fauteuil et conduit à l'hôpital. (ELISE LAMBERT / FRANCETV INFO)

Trois autres personnes sont évacuées de la même façon. Dans la barge, certaines, fébriles, sanglotent, d'autres, hagardes, regardent dans le vide. "Vous pensez vraiment qu'ils sont capables d'encaisser ça à leur âge ? se désole une auxiliaire de vie, restée au premier étage. C'est inimaginable, personne ne peut s'attendre à une telle catastrophe. On en a gros sur le cœur." A ses côtés, une soignante renchérit : "Personne ne comprend ce qu'il se passe, beaucoup ont peur." Accoudé à la fenêtre de sa chambre, un résident observe les opérations : "C'est la vie, je ne m'inquiète pas. Je serai secouru en temps voulu", dit-il, cigarette à la main.

Arrivés au sol, les résidents sont immédiatement pris en charge par des ambulanciers sur le qui-vive. Devant le portail, deux personnes annotent leur fiche de renseignements et de présence. "Tu vois, c'est madame B. là, tu peux la compter présente…" Les retraités sont ensuite répartis dans différents hôpitaux du département. Beaucoup semblent dépassés et très fatigués.

A un petit kilomètre de la maison de retraite, le Loing déborde toujours de son lit. La crue de la rivière s'approche de celle, exceptionnelle, de 1910, et l'eau continue de se déverser dans les rues du centre-ville. En fin de journée, un rayon de soleil apparaît, furtif. "Pas de réjouissance, on attend encore de la pluie pour ces prochains jours", prévient une riveraine. Entre deux tractions, un pompier assure : "On en a pour plusieurs heures ici encore. Dans tous les cas, les opérations de sauvetage, ça ne fait que commencer pour nous."