Passage du cyclone Pam au Vanuatu : "C'est fou, je ne veux jamais revivre ça"

Un petit garçon joue sur les ruines de sa maison, à Port-Vila, au Vanuatu, le 16 mars 2015.
Un petit garçon joue sur les ruines de sa maison, à Port-Vila, au Vanuatu, le 16 mars 2015. (DAVE HUNT / AP / SIPA)

Un cyclone très puissant a frappé cet archipel du Pacifique sud, causant des dégâts considérables. Francetv info reconstitue le film des événements. 

Le Vanuatu est ravagé. Fauché par Pam, un cyclone surpuissant. Un "monstre", pour Baldwin Lonsdale, le président de ce pays au ras de l'eau. L'ONU fait état d'un bilan provisoire de 24 morts, lundi 16 mars, mais il faudra peut-être ajouter un ou deux zéros. Francetv info revient sur ces jours qui ont marqué l'histoire de cet archipel de 83 îles, dans le Pacifique sud.

"Phénomène intense"

Dès le 6 mars, en Nouvelle-Calédonie voisine, les habitants s'inquiètent. La chaîne La 1ère interroge un prévisionniste de Météo France : "On sait que la semaine prochaine, on a toutes les conditions favorables au développement de phénomènes tropicaux (…). Quelque chose va se former, peut-être un cyclone." Mais pas de panique : "On est dans des échéances très lointaines."

Cinq jours plus tard, le ton du spécialiste change. Une dépression tropicale générée à l'est des îles Salomon a gonflé pour devenir un cyclone tropical. Il accélère vers le sud, en direction de l'archipel du Vanuatu et ses 260 000 habitants. "Il devrait passer vendredi en fin de journée, début de nuit, à proximité de l'archipel du Vanuatu. (…) C'est un phénomène intense." 

(METEO FRANCE)
 

 

Au Vanuatu, l'administrateur de la page Facebook Humans of Vanuatu, qui vit dans la capitale, Port-Vila, s'inquiète d'une tempête très dangereuse qui atteint la catégorie 5, sur une échelle de 5. Les vents y dépassent les 250 km/h. Si elle touche terre, il faut s'attendre à ce que des maisons soient arrachées. Déjà, Pam a fait des ravages aux îles Salomon"Je vous mentirais si je vous disais que je ne suis pas effrayé", confie-t-il. Le vent monte à Maewo et Pentecôte, dans le nord de l'archipel. Il pleut.

Se protéger, tant bien que mal

Le lendemain, jeudi, dans la capitale, les habitants se préparent. Certains rejoignent des abrisd'autres se barricadent. Beaucoup n'ont pas de maison "en dur". Les supermarchés sont pris d'assaut. Fruits et légumes sont ramassés à la hâte, même s'ils ne sont pas encore mûrs. La Croix-Rouge a préparé des stocks pour venir en aide à la population.

 

 

 

 

 

Vendredi, les îles du nord ne répondent plus. Les lignes sont coupées. Luganville, la deuxième agglomération du pays, sur l'île d'Espiritu Santo, affronte le cyclone depuis le matin. La pluie est torrentielle, les vagues atteignent 6,5 m et les vents tutoient les 200 km/h, mais l'œil du cyclone se trouve plus à l'est.

"Le pire des scénarios"

Au même moment, Port-Vila est déserté. Chacun attend, tapi dans son abri. La mer est de plus en plus agitée. Avec la pluie, l'eau envahit rues et routes. Les arbres commencent à ployer.

 

 

Quand le soir arrive, vendredi 13, le vent hurle. Le plus dur doit passer au cœur de la nuit. Et les prévisions ne sont pas bonnes du tout. Le cyclone s'est légèrement dérouté en direction de la capitale au dernier moment. L'œil du cyclone va passer presque au-dessus de la ville. "Le pire des scénarios", relève CNN.

 

Dans un hôtel, les touristes se massent dans un endroit sûr.

Le correspondant de 9News (en anglais) se met à l'abri, au sous-sol : "Ils disent que c'est le plus gros [cyclone] que le Pacifique sud ait connu." Les vents les plus puissants atteignent 300 km/h.

"Le bruit d'un train de marchandises"

Au cœur de la nuit, l'administrateur de Humans of Vanuatu écrit : "Les amis, je vais être honnête. Ça se passe vraiment mal ici. Le vent hurle avec un grondement sourd qui ne cesse jamais. Quiconque sort d'un abri est en danger de mort. Franchement, je ne crois pas que notre pays s'en sortira sans de profondes cicatrices."

 


Vers minuit, Alice Clements, une responsable de l'Unicef, se filme dans sa salle de bain, le dos contre la porte pour la maintenir. "La porte de ma chambre qui donne sur le balcon a volé en éclats", explique-t-elle. Elle redoute que le toit ne s'envole. "Ce n'est pas plaisant." Elle évoquera plus tard "quinze ou trente minutes de terreur absolue".

Presque au même moment, une journaliste australienne parvient à joindre une compatriote qui lui dit que le sol vibre et que le vent fait le bruit "d'un train de marchandises"

 

"C'est fou, je ne veux jamais revivre ça", ajoute-t-elle, cachée dans sa salle de bain.

Les rafales atteignent 330 km/h (presque 100 km/h de plus qu'une tempête comme Xynthia, en France). Le vent se calme, tourne, reprend en intensité puis commence à tomber. Le lendemain pluvieux se lève sur une ville dévastée. Par endroits, des pans entiers de murs en béton ont été enfoncés et couchés par les rafales. L'eau et l'électricité sont coupées. 

Des maisons "réduites en confettis"

"Ce matin, c'est un spectacle de dévastation totale ici", se désole Tom Skirrow, de l'organisation humanitaire Save the Children, contacté par l'AFP. "Les maisons sont détruites, les arbres sont au sol, les rues sont bloquées et les gens errent dans les rues à la recherche de secours."

Chloe Morrison, une travailleuse humanitaire qui se trouvait elle aussi à Port-Vila, raconte qu'elle a passé la nuit dans un abri, terrifiée. "Il y a des informations de nos collègues faisant état de villages entiers complètement emportés pendant la nuit, confie-t-elle à l'agence de presse australienne AAP. Les maisons et les cabanes de branchages ont dû être réduites en confettis."

Dans les décombres, un homme raconte comment son toit a été arraché avant que le bâtiment ne s'effondre.

Dimanche 15 mars, les premiers avions atteignent la piste de Port-Vila, nettoyée. Depuis le ciel, un membre de l'ONG Oxfam photographie des maisons soufflées.

 

Deux jours après le passage du cyclone, la vie reprend lentement dans un décor d'apocalypse où des ombres humaines, hagardes, prennent peu à peu la mesure du désastre. Des centres d'hébergement ont été ouverts dans la capitale pour accueillir les sans-abri. Si l'eau courante a été à 80% rétablie, l'électricité fait encore défaut dans de nombreux quartiers.

L'état d'urgence a été décrété dimanche dans tout le pays et un couvre-feu est en vigueur à partir de 18 heures, pour éviter les pillages. Aucune aide n'a encore été acheminée dans plusieurs îles très touchées.

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