Ouragan Irma : "On veut partir, les gens sont en train de péter les plombs", témoigne un habitant de Saint-Martin

(MARTIN BUREAU / AFP)

Cinq jours après le passage de l'ouragan Irma, les îles de Saint-Martin et Saint-Barthélemy sont confrontées aux pillages et au manque d'approvisionnement. Certains souhaitent quitter les Antilles à tout prix, comme Pierre, qui témoigne lundi sur franceinfo. 

Partir à tout prix, le plus vite possible : c'est ce que cherchent à faire certains habitants de l'île de Saint-Martin, dévastée par l'ouragan Irma. Cinq jours après les intempéries, il est toujours difficile pour certains de se réapprovisionner et certaines zones sont encore touchées par des pillages. Mais quitter l’île reste très compliqué, même si plusieurs avions ont pu décoller ce weekend. Certains habitants cherchent donc à fuir par la mer via des bateaux privés, comme Pierre, qui témoigne lundi 11 septembre sur franceinfo. Avec sa femme Lola et leur fils de 4 ans Maël, ils vont de marina en marine pour tenter de monter à bord d'une embarcation. 

"On nous prive de notre liberté"

Pierre ne décolère pas : il se sent privé de sa liberté. "La priorité de l'administration, ce n'est clairement pas d'évacuer les gens. On nous prive de notre liberté [...] parce qu'on n'a pas la liberté de partir." Ce père de famille tient à préserver sa femme et son fils. "On veut partir, on ne veut plus entendre parler de ces risques, de ce paysage, on ne veut pas imposer ça à nos enfants." Il craint surtout pour l'avenir de son fils : "On a un enfant de quatre ans, vous croyez qu'il doit voir ça ? s'indigne-t-il. C'est dégueulasse, il y a des maladies qui vont se développer partout, les gens sont agressifs." Il pense également à la scolarisation de son fils puisque toutes les écoles de l'île sont détruites. 

"Les gens sont en train de péter les plombs" : à Saint-Martin, un rescapé ne pense qu'à quitter l'île
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Pierre est également inquiet pour la sécurité des siens. "Les gens sont agressifs. On assure notre défense avec une carabine à air comprimé, une machette et un chien." Eux ne se sont pas fait braquer mais certains de leurs voisins ont été victimes des pillards. "Les gens sont en train de péter les plombs, témoigne-t-il. C'est humain, le premier jour, on a vu les gens qui ont commencé à piller et ça va aller par échelle. On a pillé les magasins, ensuite on va piller les quartiers les plus riches et puis ça découlera sur les autres quartiers, les plus populaires, dans lesquels on habite."

Il faut organiser les départs. Il y a des gens qui veulent rester, ils reconstruiront, ils se feront de l'argent sur le pognon qui va arriver, sur les chèques qui vont tomber du ciel... Nous on a pas envie de ça !Pierre, habitant de Saint-Martin

D'après Pierre, il y a urgence. Il lui reste encore de la nourriture et de l'eau pour quelques jours mais lui et sa famille seront vite confrontés aux pénuries. Et au delà, il a tout perdu : "Ma femme est enseignante, elle a perdu son travail puisque l'école privée où elle travaillait n'existe plus. Elle ne pourra jamais redémarrer puisqu'il n'y aura plus d'élèves pour payer la scolarité." Lui aussi à perdu son travail.

On a tout perdu, on va être obligés de tout abandonnerPierre, habitant de Saint-Martinà franceinfo

La famille de Pierre souffre surtout du manque d'informations. "Les gens ne restent pas à la maison, ils n'arrêtent pas de tourner toute la journée pour chercher des solutions parce qu'il n'y a pas d'informations. Si on avait l'information, on patienterait à la maison, on attendrait." Face à leurs difficultés, Pierre et les siens on pris une décision : ils ont sollicité des amis pour quitter l'île. "On fait venir des copains du Venezuela, ils vont venir nous chercher en courant de semaine." Prendre le large est devenu une obsession : "On fait tout ce qu'on peut pour partir, on ne pense qu'à ça."