"On va de rue en rue, on passe de maison en maison" : comment les secours s'organisent après le passage de l'ouragan Irma

Photo prise par un utilisateur de Facebook, dans les rues de Gustavia à Saint-Barthélemy, le 7 septembre 2017.
Photo prise par un utilisateur de Facebook, dans les rues de Gustavia à Saint-Barthélemy, le 7 septembre 2017. (KEVIN BARRALLON / FACEBOOK)

Prendre en charge les blessés, évacuer les sinistrés, purifier l'eau... Franceinfo a interrogé le responsable de l'ONG "Pompiers humanitaires français", Jérôme Giron, qui intervient sur les catastrophes naturelles.

"L'apocalypse", "un cimetière"... C'est le jour d'après dans les Antilles françaises et le bilan, encore provisoire, est terrible. L'ouragan Irma a fait de nombreuses victimes et d'importants dégâts matériels. Les autorités parlent d'au moins huit morts et de 23 blessés sur Saint-Martin, l'île serait "détruite à 95%", selon le président du conseil territorial. C'est désormais une course contre-la-montre qui s'enclenche pour les secours. Franceinfo a interrogé Jérôme Giron, responsable de l'ONG "Pompiers humanitaires français", qui va dépêcher sur place une équipe de cinq personnes composée de trois pompiers, un médecin et un infirmier.  

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Franceinfo : Lorsque vous arrivez sur une zone sinistrée, comme Saint-Martin ou Saint-Barthélemy, quelles sont vos priorités ? 

Jérome Giron : Que ce soit en Haïti [pour le séisme de 2010], en Algérie [pour le séisme en 2003], au Mexique [pour les inondations en 2007] où nos équipes sont déjà intervenues, on travaille selon une échelle des urgences : il y a "l'hyper-urgent" et le "moins urgent". La priorité, c'est de repérer et prendre en charge les sinistrés ou les blessés. Puis de les évacuer vers des dispensaires ou des gymnases mis à disposition.

Comment cela se passe concrètement ?

Pour être le plus efficace possible, on se répartit les zones avec les autres équipes de secours sur place. L'objectif, c'est de tout quadriller. On va de rue en rue, on passe de maison en maison. Et on cherche, on fouille, on vérifie... Lorsque c'est fait, on matérialise avec de la peinture notre passage. On écrit "fait" ou "OK" sur les murs. Ces signes permettent d'éviter qu'une équipe repasse derrière nous, ou qu'une habitation soit oubliée. 

L'eau devient rapidement une priorité...

C'est une priorité absolue, parce qu'elle est indispensable à la vie. Après plusieurs heures en perdition, les sinistrés ont souvent très soif. On dispose de matériel sophistiqué pour purifier l'eau. Il faut bien comprendre que tout est cassé sur place. Les canalisations ont été arrachées. Il faut absolument éviter que les populations, en pleine détresse, se servent dans des puits où l'eau est souillée par les gravats, la terre ou toutes sortes de produits ménagers qui se sont répandus. Il y a des risques d'épidémie importants, notamment de choléra... Bref, il faut tout faire pour éviter la crise sanitaire.

C'est aussi pour cela qu'il est urgent d'évacuer les cadavres qui gisent dans des zones inondées.Jérôme Gironà franceinfo

Dans l'urgence, faites-vous aussi des missions de sécurité, notamment pour empêcher les pillages ? 

Cela relève davantage des forces de l'ordre ou des militaires qui interviennent sur zone. En revanche, vous avez raison, on doit assurer notre propre sécurité. Parfois, dans pareil chaos, des habitants livrés à eux-mêmes peuvent s'en prendre à nous. On doit donc être extrêmement vigilants.

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