"La peur au ventre" pendant les pillages qui ont suivi l'ouragan : à l'heure d'un premier procès, des victimes témoignent

Début octobre, plus de 180 m3 de produits divers pillés à Saint-Martin avaient été récupérés par les gendarmes 
Début octobre, plus de 180 m3 de produits divers pillés à Saint-Martin avaient été récupérés par les gendarmes  (THIBAULT LEFEVRE / RADIOFRANCE)

Trois mois après après le passage dévastateur de l’ouragan Irma sur l’île antillaise de Saint-Martin, dix-sept personnes comparaissent, à partir de jeudi, pour des soupçons de pillage. 

Un peu plus de trois mois après le passage de l’ouragan qui a dévasté l’île antillaise de Saint-Martin, dix-sept personnes, soupçonnées de pillage, sont jugées en correctionnelle jeudi 14 décembre. Il s'agit du premier procès, sur l'île, pour les vols qui ont suivi les énormes dégâts d'Irma en septembre dernier.

Une vraie caverne d’Ali Baba

La part du butin récupérée par les gendarmes a suffi à remplir entièrement un hangar avec des machines à laver, des téléviseurs, des planches à repasser, des aspirateurs, des fours micro-ondes. Il y a là de quoi équiper plusieurs dizaines de foyers. Après le passage de l'ouragan, des dizaines de commerçants ont été dévalisés par des bandes armées. Lorette qui fait partie des victimes, dit avoir eu "la peur au ventre", devant les voleurs, qu'elle a finalement laissé faire.

J'ai vu un énorme couteau, avec du sang. On baisse la tête. C'est votre vie...Lorette, commerçante à Saint-Martinà franceinfo

La commerçante reste très touchée par ces faits, qui ont visé "son outil de travail, son gagne-pain"Dans les jours qui ont suivi les pillages, des produits volés ont été vendus à la sauvette, dans la rue ou sur internet, à prix cassés : un parfum à 10 euros, deux téléphones achetés, un gratuit. En quelques heures, les voleurs ont écoulé une partie de leur butin. 

Les victimes restent très marquées

Le traumatisme est visible en plein centre-ville, rue de la Liberté, qui n’est plus qu’une succession de magasins fermés, de rideaux de fer baissés. Des propriétaires sont partis et n’ont pas eu la force ou les moyens de revenir à Saint-Martin, explique Maurice, vendeur de prêt-à-porter. Il donne l'exemple d'un jeune couple de commerçants qui a pris peur, au point de quitter l'île.

Ils sont rentrés chez eux, en métropole, alors qu'ils avaient mis toutes leurs économies dans leur commerce. Ils ont des dettes par-dessus la tête.Maurice, vendeur à Saint-Martinà franceinfo

Pour ceux qui sont restés ou revenus, comme Florence, installée dans la rue principale, le malaise est toujours très présent. Cette commerçante explique avoir dû partir en courant, alors qu'elle tentait de faire fuir un voleur. Aujourd'hui, elle se demande encore quels étaient les motifs des pilleurs. 

Il n'y avait pas de raison de piller autant, le lendemain d'un cyclone. Les gens avaient à manger. Je veux bien qu'on pille au bout de semaine, mais là, tout le monde était préparé.Florence, victime de pillage à Saint-Martinà franceinfo

 "Le choc, martèle la commerçante, c'est de ne pas comprendre ce qui s'est passé." 

Qui sont les prévenus ?

Parmi les dix-sept personnes appelées à comparaître, d'une moyenne d'âge d'une trentaine d’années, figurent une majorité de femmes. Ces prévenus, passibles d’une peine de cinq ans de prison, ont agi, pour la plupart, avec le même mode opératoire, explique Mickaël Ohayon, vice-procureur de la République à Saint-Martin.

On a eu un certain nombre de dossiers concernant des personnes motorisées, avec des véhicules de type pick-up, chargés d'effets divers : des chaises, des fauteuils, des téléviseurs, de l'outillage.Mickaël Ohayon, vice-procureur de Saint-Martinà franceinfo

Le vice-procureur de Saint-Martin précise que des produits sont partis dans la partie hollandaise de l'île. D'autres ont été retrouvés et remis aux propriétaires. Le reste a été remis à la Croix-Rouge ou détruit. Douze pilleurs ont déjà été jugés, en comparution immédiate, en Guadeloupe. Ils ont été condamnés à des peines de 8 à 18 mois de prison ferme. Au total, 147 personnes seront jugées d’ici le mois de février dans le cadre d'affaires de pillage à Saint-Martin.

Des plaignants dans l'attente de jugements et d'indemnisations

Beaucoup sont persuadés que les pilleurs présumés n’écoperont que de peine légères ou de travaux d’intérêt général. Le sentiment d'incompréhension domine. Comment un tel déchainement de violence a-t-il pu se produire ? Jean, dont les magasins ont été pillés pendant trois jours un préjudice de 300 000 euros, s'interroge sur le dispositif préventif.  

On connaissait la trajectoire du cyclone 48 heures avant. On savait le danger qu'il allait représenter et des dispositions n'ont pas été prises. Ce qui a été fait, je pense, côté hollandais.Jean, commerçant à Saint-Martinà franceinfo

Les gendarmes, précise Jean, "ont fait de leur mieux", mais ils n'étaient pas nombreux. Les remboursements des assurances sont toujours attendus. Les plus chanceux ont perçu quelques maigres acomptes, les autres n’ont toujours rien reçu.

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