"Les cyclones les plus violents risquent d'être plus intenses" à cause du réchauffement climatique

Les vents supérieurs à 300 km/h ont dévasté l\'archipel du Vanuatu, entre le 13 et le 14 mars 2015, comme ici sur la plage de Port-Vila, la capitale.
Les vents supérieurs à 300 km/h ont dévasté l'archipel du Vanuatu, entre le 13 et le 14 mars 2015, comme ici sur la plage de Port-Vila, la capitale. (KRIS PARAS / REUTERS)

Le climatologue Jean Jouzel analyse pour francetv info le passage dévastateur du cyclone Pam sur l'archipel du Vanuatu.

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"Un monstre" a frappé l'archipel du Vanuatu. Alors que l'aide internationale s'organise, l'état d'urgence est toujours en vigueur dans cette nation du Pacifique Sud, deux jours après le passage du cyclone Pam, dans la nuit du vendredi 13 au samedi 14 mars. Les vents supérieurs à 300 km/h ont dévasté l'archipel, faisant au moins six morts et trente blessés, selon un premier bilan officiel.

>> Retrouvez en images la situation dans l'archipel du Vanuatu après le passage du cyclone Pam

Pour mieux comprendre la puissance de ce cyclone, francetv info a interrogé le climatologue Jean Jouzel, vice-président du Groupement d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec). 

Francetv info : Pam était classé en catégorie 5, la plus élevée de l'échelle de Saffir-Simpson, lorsqu'il a frappé l'archipel. De tels cyclones sont-ils fréquents ?
Jean Jouzel : Non, la catégorie 5, où les vents peuvent atteindre 300 km/h, est assez rare. Le dernier cyclone de ce type, survenu dans cette région, remonte à 2010. En 2013, il y a eu le typhon Haiyan aux Philippines, mais si vous regardez dans le Pacifique Sud, ce n'est pas très répandu. Ils apparaissent tous les cinq ans environ. 

Pensez-vous, comme le président du Vanuatu, Baldwin Lonsdale, que le réchauffement climatique a contribué à ce désastre ?
Au Giec, nous restons très prudents sur ce point car il est très compliqué d'attribuer les grands cyclones au réchauffement climatique. Il y a des régions où ces phénomènes météorologiques s'intensifient, mais pour l'instant, c'est surtout le cas dans l'Atlantique. Ce qui est clair, c'est qu'il y a un lien entre la force des cyclones et la température de la surface de l'océan. En effet, si on simplifie, ce qui fournit l'énergie, et donc la force du cyclone, c'est l'évaporation de l'eau. Plus sa température est élevée, plus il y a de la vapeur et plus les nuages sont chargés d'énergie. Or, c'est cette énergie qui crée les vents et occasionne les dégâts. Dans les Vanuatu, on a eu trois éléments qui se sont conjugués : les vagues, la vapeur d'eau et le vent.

Pourquoi est-ce si difficile d'établir un lien entre réchauffement climatique et cyclones ?
Ce genre de cyclone est un événement rare, donc il ne suffit pas de dire que la température des océans se réchauffe pour l'expliquer. Il faudrait davantage de recul dans les études, car nous ne disposons que d'une cinquantaine d'années de données, ce qui n'est pas suffisant. Pour attribuer un phénomène au réchauffement climatique, il faudrait savoir le caractériser sur une période antérieure à la révolution industrielle. On sait que les températures n'ont jamais été aussi chaudes qu'actuellement, mais pour les cyclones, on n'a pas ce recul. Y avait-il des cyclones de catégorie 5 dans cette région il y a deux cent ans ? On ne sait pas.

Mais le réchauffement climatique risque tout de même de jouer un rôle sur ce genre de phénomène ?
Cela dépend des régions. D'après les projections du Giec, si on a un réchauffement de l'ordre de 4°C à la fin du siècle, il y a un risque que les cyclones les plus violents deviennent encore plus intenses, à la fois en puissance de vents mais aussi en quantités de précipitations. Ainsi, la force des vents pourrait augmenter de 10% et atteindre 330 km/h au lieu des 300 km/h que l'on connaît actuellement. Et les précipitations pourraient augmenter, en volume, jusqu'à 20% à la fin du siècle. Or, c'est cela qui provoque les dégâts. Du coup, certains spécialistes songent à créer une nouvelle catégorie. En revanche, il n'y a pas de projections sur l'augmentation du nombre de cyclones en raison du réchauffement. 

Comment les régions concernées peuvent-elles se préparer à ces phénomènes météorologiques ?
La préparation se fait d'abord grâce à la prévention. Aujourd'hui, dès qu'un cyclone est annoncé, les prévisions météo sont assez précises pour que les populations soient prévenues à l'avance. Malheureusement, pour l'archipel du Vanuatu, il y a eu une déviation de Pam au dernier moment. Il faut aussi adapter les constructions dans les zones à risques, notamment sur les régions côtières plus sensibles aux grosses vagues qui déferlent. Il faudrait que les populations puissent se réfugier loin de ces zones. Mais on voit bien la difficulté qu'il y a de résister à des vents de 320 km/h !

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