VIDEO. Remontées mécaniques instables, randonnées réduites et glaciers qui fondent... Les conséquences du réchauffement climatique dans les Alpes

L\'Aiguille du midi où trois forages ont été installés. 
L'Aiguille du midi où trois forages ont été installés.  (Pierre Allain Duvillard)

Alors que le Giec dévoile mercredi son rapport sur l'état des océans et des glaciers, la hausse des températures a déjà des conséquences visibles sur le terrain en montagne. 

Les infrastructures de montagne aussi sont victimes du réchauffement climatique. Alors que le Giec va présenter mercredi 25 septembre son rapport sur l'état des mers et des zones glacées, les conséquences du réchauffement s'accélèrent et sont de plus en plus visibles. C'est le cas dans les Alpes françaises, où les glaciers sont touchés, mais aussi les montagnes elles-mêmes. 

Le permafrost se réchauffe dangereusement 

L’Aiguille du Midi, perché à 3 842 mètres d’altitude, est un incroyable poste de découverte pour les touristes. C'est aussi le thermomètre d’un phénomène destructeur : la fonte du permafrost. Il s'agit d'une couche de terre ou de pierre qui reste gelée au moins pendant deux ans. Le permafrost est le ciment des cimes des montagnes, il maintient l'unité du granit.

Cette glace millénaire recouvre une très importante surface autour du Mont-Blanc. A l’Aiguille du Midi, trois forages ont été installés. Ils plongent à 10 mètres de profondeur pour prendre le pouls de cette glace qui se dégrade de façon continue. Pierre-Allain Duvillard, chercheur au laboratoire Edytem, spécialisé dans la montagne, estime que "la dégradation du permafrost est un phénomène qui s’accélère et on va vraiment vers une inconnue". 

Sur les trois forages, la température augmente quasiment deux fois plus vite à 10 mètres de profondeur que la température de l’air. Il y a une dégradation très rapide du permafrost en profondeurPierre-Allain Duvillardà franceinfo

Près de 150 structures présentent un risque 

Dans certains secteurs des Alpes, l’âge de la glace qui se dégrade pourrait atteindre les 4 000 ans. Cette fragilisation des sols à un impact sur la roche qui s’effondre, mais aussi sur les constructions de haute montagne. Dans les Alpes françaises, 947 remontées mécaniques, des pylônes, des gares d’arrivée ou encore des refuges ont été construites sur du permafrost. D’après les travaux de Pierre-Allain Duvillard, 148 structures présentent un "risque fort de déstabilisation".

"Au cours des 30 dernières années on observe une augmentation des dommages" sur ces installations, explique le scientifique. Il s'agit de "dommages géotechniques qui peuvent faire bouger des pylônes, ou des écroulements qui peuvent avoir lieu en dessous de refuges". Depuis 30 ans, environ 40 infrastructures ont subi des instabilités et des travaux lourds de réhabilitation, explique Pierre-Allain Duvillard. 

L\'installation d\'un pylone vers Thorens. 
L'installation d'un pylone vers Thorens.  (Marco Marcer et Pierre allain duvillard)

La conception des ouvrages à revoir 

Très récemment, une cabane d’altitude a été renversée par un éboulement et des remontées mécaniques du domaine des Grands Montets ont dû fermer pendant un mois en mars dernier. La faute aux pylônes au sommet de la télécabine qui avaient bougé à cause de la dégradation du permafrost. "C’est un phénomène qu’on observait, explique Thibaud Guyon, directeur d’exploitation des Grands Montets. Par contre il s’est accéléré cet hiver. On s’est rendu compte que les trois derniers pylônes avaient bougé. Le terrain est normalement comprimé, compact, stable, lorsque le permafrost est gelé. Mais en dégelant, les équilibrent se refont, et on a des mouvements de masses importantes."

Il faut repenser la façon dont on construit et dont on développe nos domaines skiables dans ces problématiques climatiques.Thibaud Guyon

La dégradation du permafrost oblige à une nouvelle lecture de la montagne. Cette science est assez récente, elle remonte aux années 1980. Le laboratoire Edytem de l’université de Savoie et du CNRS sont en pointe dans le domaine. Il s’appuie sur les observations des guides pour tenter d’anticiper les éboulements ou les effondrements. 

Le métier de guide en mutation

Une application et un groupe WhatsApp sont alimentés par les 1 400 professionnels affiliés au syndicat. Cette organisation informelle de sécurité a conduit les trois compagnies de guides à suspendre les courses de "la tour ronde" en juillet, considérées comme trop dangereuses.

Désormais, les procédures de sécurité sont en rodage explique Christian Jacquier, président du syndicat national des guides de montagne (SNGM). "On est capable de documenter ce qui se passe en montagne, on alimente les bases de données des chercheurs, dit-il. On fait progresser la connaissance et en échange ils nous envoient des messages d’alerte et font de la formation. On discute du réchauffement climatique maintenant tous les ans lors de notre assemblée générale". 

Les parcours de randonnée se réduisent 

D’après les travaux de Jacques Mourey de l’Edytem, le terrain d’action des guides se réduit. Sur 100 courses, 25% ne sont plus fréquentables l’été et 30 sont très évolutives. Le réchauffement climatique transforme l’économie de la montagne alors que 500 000 visiteurs se rendent chaque année à l'Aiguille du Midi.

Autour du Mont-Blanc, l’alpinisme devient impraticable en juillet et en août. Pour autant, 450 personnes par jour tentent d'accéder au sommet. Il n'y a pas de chute de fréquentation en été alors que la haute montagne devient un sport de printemps et d’automne. Les guides cherchent malgré tout à diversifier leurs activités pour s’adapter à cette mutation profonde de leur environnement.

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