VIDEO. Canicule : un climatologue prévoit "des vagues de chaleur de plus en plus intenses" sur une période "de mai à octobre"

FRANCEINFO

Selon les analyses d'une équipe de scientifiques européens, dont les résultats ont été publiés mardi, le réchauffement climatique a rendu la canicule de juin "cinq fois plus probable". Franceinfo a interrogé Robert Vautard, l'un des coauteurs de cette étude.

La canicule qui a sévi au mois de juin en France et en Europe va devenir la routine. C'est ce qu'affirme Robert Vautard, climatologue au CNRS, interrogé par franceinfo. Ce spécialiste, chercheur au Laboratoire des Sciences du climat et de l'environnement, est le coauteur d'une étude, publiée mardi 2 juillet, montrant que le réchauffement climatique a rendu la canicule du mois dernier "au moins cinq fois plus probable" par rapport à l'ère pré-industrielle (1850-1900).

Les scientifiques à l'origine de l'étude publiée mardi ont pris comme référence les trois jours consécutifs les plus chauds en juin en France, les 26, 27 et 28 juin, avec une moyenne de 27,5 °C (moyenne des températures jour et nuit sur l'ensemble du territoire métropolitain) et les ont comparés aux autres périodes consécutives de trois journées de canicule en juin depuis 1901.

Une fourchette basse

Robert Vautard souligne que les auteurs de l'étude ont fait preuve d'une extrême prudence avec les résultats. "Si on avait donné la fourchette d’incertitude, on vous aurait dit entre 5 et 300, probablement", insiste-t-il auprès de franceinfo. On sait que c’est un gros facteur, que c’est beaucoup plus probable aujourd’hui qu’avant. Mais on a du mal à quantifier très précisément."

"C'est au moins cinq fois plus probable en raison du changement climatique dû aux activités humaines et au moins dix fois plus probable de manière générale, quand on ajoute d'autres facteurs" comme le rôle des sols ou des îlots de chaleur urbains, a expliqué de son côté Friederike Otto, du Environmental Change Institute d'Oxford (Royaume-Uni).

"Très surpris par l’amplitude" de la canicule

Au-delà de ces probabilités, Robert Vautard concède avoir "été très surpris par l’amplitude" de la canicule du mois de juin en France. "Normalement, pour obtenir des températures aussi élevées, c’est souvent en milieu d’été avec, en plus, des sols qui se sont considérablement asséchés et qui donnent lieu à de la chaleur supplémentaire du fait qu’ils sont secs", explique-t-il. Et de relever : "Or là, ce n’était pas le cas."

"J’ai même mis du temps à croire aux prévisions météo qui le prévoyaient depuis assez longtemps, finalement, plusieurs jours à l’avance, reconnaît le chercheur. Et je me disais toujours 'méfiance, méfiance' mais en fait c’est bien cela qui s’est passé."

S'il a été étonné par le phénomène, Robert Vautard n'a pas été surpris par les résultats de l'étude. "Ces chiffres de 'au moins cinq fois plus probable', ce sont à peu près les mêmes chiffres que l’on retrouve dans toutes les études précédentes sur les vagues de chaleur de 2018, 2017, 2016, 2015 etc.", rappelle-t-il. En clair, cette étude ne fait que confirmer ce que les climatologues répètent depuis des années : dans un futur proche, les fortes chaleurs vont être plus précoces, plus fréquentes et plus intenses.

Calendrier des saisons modifié

"Depuis 2015, il n’y a pas une année sans une grosse vague de chaleur. Est-ce que ça va continuer ? Oui, probablement, tranche Robert Vautard. Il y aura peut-être une année encore, ou deux, sans vague de chaleur comme ça. Mais il va falloir s’y habituer."

Ça sera tous les ans comme ça, et avec des vagues de chaleur de pire en pire.

Robert Vautard, climatologue

à franceinfo

D'ici la fin du siècle, le calendrier des saisons va être bousculé. "Il faut s’attendre, dans la suite, dans les décennies à venir, à ce que ça [la canicule] se poursuive non seulement en juin et en septembre, mais en mai et en octobre", remarque Robert Vautard.

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