VIDEO. Réchauffement climatique : "Nous sommes les gagnants", tente de se rassurer le maire de la ville norvégienne la plus au Nord de la planète

FRANCEINFO / RADIOFRANCE

En raison du réchauffement climatique, les habitants de Longyearbyen en Norvège, la ville la plus au Nord de la planète, connaissent cette année encore un hiver doux. Certains habitants y voient une opportunité.

Un paysage polaire, des bottes qui s'enfoncent dans la neige. Et pourtant, à Longyearbyen, il fait chaud pour la saison, en cette fin de mois de février. Au-dessus de 0°C, au lieu de −13°C, la température moyenne enregistrée. Cette ville de l’archipel norvégien du Svalbard, Et pourtant, la ville la plus proche du pôle Nord, à 1 000 kilomètres de là, est un exemple du réchauffement climatique. Le thermomètre affiche des température supérieures à la normale de plusieurs dizaines de degrés. Depuis 2002 l’Arctique se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète. Cela fait des inquiets, mais aussi quelques heureux.

Kim Holmén, le directeur international de l’Institut polaire norvégien, observe ce réchauffement tous les jours. "Voilà le fjord, montre-t-il. Il y a de l’eau partout, maintenant. Il y a huit ans, il était gelé ! Vous voyez la montagne, là ? Tout autour, c’était couvert de glace. On voit les glaciers fondre de 20, 30, 40 centimètres par an… On voit aussi des changements chez les poissons. Et l’ours polaire : comme la glace diminue, son habitat aussi... nous n'en voyons plus !" 

On voit aussi des changements chez les poissons. Par exemple, le maquereau : on n’en avait pas du tout, et bien on commence à en voir quelques-uns ici, au Svalbard !

Kim Holmén, Institut polaire norvégien

Au pied des montagnes qui encerclent Longyearbyen, la pluie tombe sur les petites maisons colorées. Sale temps pour les motoneiges, qui restent garées dehors. Les chiens de traîneaux tournent en rond dans les chenils. Espen André Øverdahl organise des excursions en motoneige. Il a été obligé d’annuler des sorties, mais il garde le sourire. L'argent rentre quand même. "Le tourisme dans le Svalbard a tellement augmenté ! Ce qui fait que nos bénéfices augmentent et ce malgré le changement climatique, dit-il. C’est paradoxal parce que ça veut dire que de plus en plus de personnes prennent l’avion pour venir jusqu’ici, et donc que l’empreinte carbone est en hausse. On voit de plus en plus de monde mais le temps n’est pas en adéquation avec nous."

Profiter du réchauffement climatique

Avec la fonte des glaces, les bateaux de croisière peuvent accoster toute l’année. Arild Olsen, le maire de Longyearbyen, estime que le réchauffement climatique est une aubaine. "Dans un sens, nous sommes les gagnants du climat au Svalbard, analyse-t-il. Le changement climatique nous ouvre des portes : la glace fond, donc ça va ouvrir de nouvelles routes maritimes. Les poissons remontent de l’Atlantique Nord vers ici, ça peut donc créer de nouvelles zones de pêches. On peut aussi développer encore plus la recherche scientifique, parce que c’est une industrie à part entière, ici. Et nous avons besoin de comprendre  ce qui ne va pas dans le monde. Le meilleur endroit pour étudier le climat, c’est bien ici, au Svalbard."

Je pense que nous en profiterons. Alors oui, c’est une période difficile, mais je pense qu’à la fin, ce sera une bonne chose, réellement.

Arild Olsen, maire de Longyearbyen

Dans la petite église rouge et blanche qui surplombe la ville, on célèbre un baptême, aujourd’hui. Leif Magne Helgesen le pasteur protestant aux cheveux poivre et sel s’inquiète de voir fondre son paradis blanc. Mais pour lui, le Svalbard a aussi sa part de responsabilité collective, vu le passé minier de l'archipel. Une centrale à charbon alimente encore Longyearbyen en électricité. "Le charbon, c’est un dilemme, c’est sûr, explique-t-il, cela a été le moteur de notre ville. Nous sommes en train d’en sortir et nous avons besoin maintenant de trouver d’autres sources d’énergie. Longyearbyen a la possibilité d’être la vitrine du monde en ce qui concerne l’adaptation face au changement climatique. Nous avons besoin de changer mais je crois en Dieu et je crois aussi à l’humain…"

Ce n’est pas trop tard ! Ce que nous faisons aujourd’hui a des conséquences sur nos enfants et leurs enfants... C’est une responsabilité, il ne faut pas être égoïste.

Leif Magne Helgesen, pasteur

Égoïste, Benjamin Vidmar, lui, ne l’est pas. Cet Américain est venu s’installer ici il y a dix ans. Frustré de ne pas trouver de produits frais locaux, ce chef cuisinier s'est lancé dans la permaculture, sa façon aussi de lutter contre le changement climatique. Il montre le dôme où il fait pousser sa production. "On élève aussi des cailles et on vend leurs œufs. On aimerait faire pousser de la salade, d’autres herbes comme de la coriandre. Ici, à Longyearbyen, tout est importé. Nous, on essaye de créer une économie circulaire et de recycler pour ne pas jeter. On renvoie toutes nos ordures sur le continent, donc on augmente le CO2… Pourquoi ? On peut tout réutiliser ici ! Tout le monde parle du changement climatique mais que font les gens en réalité ? Nous, on agit on ne fait pas de blablas."