Au Burkina Faso, certaines terres, comme ici, sont inexploitables.
Au Burkina Faso, certaines terres, comme ici, sont inexploitables. (CELIA QUILLERET / RADIO FRANCE)

Réchauffement climatique : au Burkina Faso, les agriculteurs s’adaptent pour faire vivre leurs terres

À des milliers de kilomètres de la conférence sur le climat (COP23), qui se tient à Bonn, en Allemagne, jusqu'au 17 novembre, le réchauffement de la planète est un sujet particulièrement préoccupant au Burkina Faso. Dans cette zone du Sahel, très aride, les agriculteurs doivent s'adapter et inventer de nouvelles techniques pour faire vivre leurs terres et leurs familles. Ils n'attendent pas les décisions des grands Etats de la planète et savent que si la température augmente de deux ou trois degrés d'ici 2100, leurs fermes sont condamnées. Il y a même un risque de famine. Certains ont donc décidé d'anticiper ce changement climatique.

La saison des pluies est de plus en plus courte

La terre est rouge, très sèche dans cette région de Gourcy, au nord du Burkina Faso, tout près de la frontière avec le Mali. La saison des pluies est de plus en plus courte. Il n'y a bien que le mil et le sorgho qui résistent mais dans certaines fermes, des familles misent sur des cultures maraîchères bio (tomates, aubergines, pommes de terre, piment) pour diversifier leurs terres.

Grâce à la diversification des cultures, les agriculteurs produisent désormais du piment biologique au Burkina Faso.
Grâce à la diversification des cultures, les agriculteurs produisent désormais du piment biologique au Burkina Faso. (CELIA QUILLERET / RADIO FRANCE)

Et les sauver, tout simplement. "Ici, dans cette ferme, on a beaucoup d'avantages, confie une femme agricultrice. Avant, nous n'avions aucune activité et aucun revenu pendant la saison sèche."

Désormais on a du travail presque toute la saison : par exemple, la production du piment et des pommes de terre nous aide beaucoup, on a des revenus qui nous permettent de nous développer.

une agricultrice burkinabé

franceinfo

Ces femmes n'utilisent pas de pesticides ou d'engrais chimiques qui risqueraient d'assécher encore plus les sols : ici tout est bio. "Ces produits bio nous coûtent moins cher que les pesticides traditionnels et on sait que c'est mieux pour notre santé", confie cette femme. En effet, les familles mangent mieux, davantage de fruits et de légumes notamment. "On a introduit le manioc et certaines cultures fruitières comme le papayer, explique Boubacar Barry, qui travaille dans une ONG locale, Arfa, qui aide les agriculteurs burkinabés. Il s’agit d’améliorer l’état nutritionnel des enfants surtout, cet état est sévère par endroits."

Le compost, produit miracle pour les terres

À quelques kilomètres de là, toujours dans la région de Gourcy, d'autres femmes se sont spécialisées dans la production de compost : ce produit miracle permet en effet de récupérer des terres et de les rendre cultivables. Les céréales poussent beaucoup mieux, grâce à des techniques particulières, comme les alignements pierreux pour empêcher l’écoulement des eaux. "Le compost est très important pour nous, indique l’une de ces femmes. Il permet de fertiliser les sols et nous avons ainsi de meilleures récoltes. Et cela se vend bien !"

Dans un village au nord du Burkina Faso, près de Gourcy, ces femmes produisent du compost, pour anticiper le changement climatique.
Dans un village au nord du Burkina Faso, près de Gourcy, ces femmes produisent du compost, pour anticiper le changement climatique. (CELIA QUILLERET / RADIO FRANCE)

Ces femmes vendent ainsi le compost à d’autres fermes par sac de 50 kg, mais ces exemples d'anticipation face au changement climatique sont trop rares au Burkina Faso. Aussi, Boubacar Barry interpelle le gouvernement : "Il faut intensifier la production de compost en formant beaucoup plus d’acteurs et en faisant un effort d’information auprès de tous les agriculteurs." 

Si la température monte, les familles devront fuir

L’heure n’est plus à l’attente : si la température augmente de deux ou trois degrés d'ici 2100, beaucoup de familles devront fuir leurs villages. Denis Vasseur, de l'Agence française du développement, estime qu’il est urgent d'agir et de multiplier ces initiatives : "Il faut pouvoir avoir des variétés à cycle court, semer et récolter plus rapidement et que les plantes puissent résister aux périodes de sécheresse", indique-t-il.

80% des ménages burkinabés vivent encore partiellement de l’agriculture. L’objectif est que les gens puissent continuer à vivre là où ils sont nés, là où ils ont leur activité et leur histoire.

Denis Vasseur (AFD)

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Les agriculteurs, dont plus de la moitié sont analphabètes, ont donc besoin de bien davantage d'aide et de formation pour s'adapter au réchauffement climatique. C'est un enjeu crucial de sécurité alimentaire.

COP23 : au Burkina Faso, les agriculteurs s’adaptent pour faire vivre leurs terres - Célia Quilleret
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