Mer de Glace : "Si on veut changer l'avenir des glaciers, il faut d'abord agir sur le climat"

Vue de la Mer de Glace en septembre 2019
Vue de la Mer de Glace en septembre 2019 (ERIC FEFERBERG / AFP)

Christian Vincent, ingénieur de recherche au CNRS à Grenoble, spécialiste des glaciers fait le point pour franceinfo sur l'état des glaciers du massif du Mont-Blanc. Emmanuel Macron doit visiter la Mer de Glace ce jeudi. 

"La fonte des glaciers dépend des conditions climatiques et effectivement ils pourraient disparaitre", a alerté jeudi 13 février sur franceinfo Christian Vincent, ingénieur de recherche au CNRS à Grenoble, spécialiste des glaciers alors qu'Emmanuel Macron entame sa deuxième journée dans les Alpes. Le président a prévu de visiter la Mer de Glace pour commenter les conséquences du réchauffement climatique et promouvoir son virage écologique. "La Mer de Glace a perdu 100 mètres d'épaisseur dans sa partie basse sur les 30 dernières années", a rappelé le scientifique précisant que "si on veut changer l'avenir des glaciers, il faut d'abord agir sur le climat".

franceinfo : Dans quel état se trouvent les glaciers du Mont-Blanc actuellement ?

Christian Vincent : Dans un mauvais état, malheureusement. En particulier la Mer de Glace mais c'est le cas pour tous les glaciers alpins. La Mer de Glace perd beaucoup de masse. Elle a perdu 100 mètres d'épaisseur dans sa partie basse sur les 30 dernières années. Sa longueur a diminué de 800 mètres. C'est la conséquence du changement climatique. On sait exactement ce qu'il s'est passé au cours de ces 30 dernières années. Les glaciers reposent sur un équilibre entre les précipitations solides, la neige, et la fonte et ces 30 dernières années, la fonte a largement augmenté donc les glaciers perdent de la masse et les épaisseurs diminuent.

Est-ce qu'on peut arrêter ce phénomène de fonte ?

C'est très difficile. Localement on peut, par exemple, installer des bâches sur un glacier pour limiter la fonte, ça marche sur quelques hectares mais cela ne va pas arrêter la fonte globale des glaciers. Malheureusement la fonte des glaciers dépend des conditions climatiques et effectivement ils pourraient disparaitre. On a fait des simulations sur deux des plus grands glaciers des Alpes qui sont la Mer de Glace et Argentière dans le massif du Mont-Blanc, et suivant un scénario climatique dit intermédiaire, avec un réchauffement de +3 degrés d'ici 2100, le glacier d'Argentière pourrait disparaitre complétement et le glacier de la Mer de Glace devrait perdre 80% de sa surface.

Cette fonte des glaces a-t-elle d'autres conséquences qui mettraient en danger les vies humaines ?

Il peut y avoir une conséquence sur la formation des lacs pro-glacières. Ces lacs qui se forment lorsque les glaciers reculent laissant souvent des dépressions dans lesquelles se forment de l'eau. La formation de ces lacs peut menacer des habitations. Avec le réchauffement des glaciers de très haute altitude il peut y avoir d'autres conséquences. À très haute altitude on trouve des glaciers qui sont suspendus à des températures négatives sur des pentes très raides et qui doivent leur stabilité uniquement parce qu'ils sont à température négative. Ces glaciers dans le futur pourraient se réchauffer et être déstabilisés.

C'est urgent de protéger le mont Blanc ? Est-ce qu'il faudrait interdire son accès par exemple ?

Oui pour des raisons environnementales c'est important de protéger les glaciers du mont Blanc comme les autres glaciers des Alpes mais de là à dire s'il faut l'interdire ou non, cela ne relève pas du rôle des scientifiques. Je laisse la décision aux politiques. Mais, ce qui est sûr, c'est que les glaciers dépendent du climat et le climat menace les glaciers et ce climat est dû en grande partie aux émissions à effet de serre anthropique donc effectivement si on veut changer l'avenir des glaciers, il faut d'abord agir sur le climat.

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