Fausses prévisions d'Evelyne Dhéliat pour 2050 : "Il ne faut pas confondre un bulletin météo et le travail des climatologues"

Enfants et adultes cherchent à se rafraîchir à Paris, le 9 août 2020.
Enfants et adultes cherchent à se rafraîchir à Paris, le 9 août 2020. (PATRICIA MORIBE / HANS LUCAS / AFP)

En 2014, la présentatrice météo de TF1 présentait une carte fictive des températures caniculaires pour le 18 août 2050... proches de celles réellement enregistrées les 7 et 8 août 2020. Doit-on y voir une accélération du réchauffement climatique ? Entretien avec la climatologue Françoise Vimeux.

Des températures qui atteignent 40 °C à Paris, 41 °C à Toulouse, 42 °C à Lyon, et jusqu'à 43 °C à Nîmes. Telles étaient les prévisions d'un bulletin fictif présenté par Evelyne Dhéliat sur TF1 en 2014 dans une campagne de prévention sur le réchauffement climatique.

Températures fictives, vraiment ? Ces fausses annonces pour le 18 août 2050 résonnent étrangement après les chaleurs caniculaires du vendredi 7 ou samedi 8 août, avec des pics à 40 et 41 °C dans plusieurs villes. La France de 2020 en est-elle déjà arrivée à la situation prévue en 2050 ? Que penser de cette coïncidence ? Franceinfo a interrogé la climatologue Françoise Vimeux, directrice de recherche à l'Institut de recherche pour le développement.

Franceinfo. Les températures caniculaires du week-end dernier en France sont-elles attribuables au réchauffement climatique, à l'image de celles annoncées dans cette vidéo d'Evelyne Dhéliat ?

Françoise Vimeux. On ne peut pas dire à 100% que tel ou tel événement isolé est dû au réchauffement climatique. Mais les scientifiques se sont intéressés à des périodes un peu plus longues, comme la canicule qu'on a connue en juillet 2019 (et qui a été le mois le plus chaud jamais mesuré dans le monde). Ils ont démontré que cet épisode aurait été moins intense de quelques degrés s'il s'était déroulé au début du XXe siècle, dans un climat non modifié par le réchauffement climatique.

Des collègues ont également regardé ce qui s'est passé en Sibérie au premier semestre 2020. Cette région du nord de la Russie a connu des températures très élevées, avec 38 degrés enregistrés au mois de juin dans la ville de Verkhoïansk. Au début du XXe siècle, il y aurait eu 600 fois moins de risque, autant dire aucun, d’observer ce qu’on a vu dans cette région proche du cercle polaire, selon des chercheurs du World Weather Attribution (qui regroupe des experts de divers instituts de recherche dont Météo France).

Faut-il en déduire qu'Evelyne Dhéliat avait raison et que sa carte météo de 2050 avait 30 ans d'avance ?

Il ne faut pas confondre un bulletin météo portant sur une seule journée et le travail des climatologues qui comparent les moyennes des températures sur plusieurs années. Que montre le bulletin météo fictif d'Evelyne Dhéliat ? Des températures supérieures à 40 degrés pour le lendemain. C'est déjà arrivé : l’an dernier, un record absolu de température a été enregistré en France avec 46 degrés dans le Gard (le vendredi 28 juin à Gallargues-le-Montueux, selon Météo France).

Les climatologues, eux, ne s'intéressent pas aux températures d'une journée. Rien à voir avec des températures ponctuelles ! Ils ne disent pas qu'il fera 50 degrés tous les jours pendant l'été 2050. Ils comparent les températures moyennes des étés sur plusieurs années. Pour 2050, leurs simulations montrent que la France subira des étés plus chauds avec, en moyenne, un, deux, ou trois degrés supplémentaires, selon les régions.

Mais ces températures extrêmement chaudes ne traduisent-elles pas une accélération du réchauffement climatique par rapport à ce qui était prévu ?

On ne constate pas d'accélération de la montée des températures, mais une hausse continue depuis les années 1970. Chaque décennie écoulée est plus chaude que la précédente (la décennie 2010 plus que la décennie 2000, la décennie 2000 plus que la décennie 1990, etc.).

Ce qui a en revanche surpris les scientifiques par rapport à ce qui était prévu, c'est la fonte de la banquise. On ne s'attendait pas à une diminution aussi marquée. 

Dès lors, deux conclusions sont possibles : soit le réchauffement climatique s’accélère plus que prévu, soit nos modèles étaient trop optimistes. Les simulations n'auraient pas pris en compte tous les phénomènes physiques entraînés par le réchauffement climatique, et donc toutes les conséquences.

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