Changement climatique : "L'érosion des côtes va mettre à mal toute l'économie au niveau mondial"

Arnaud Gauffier, directeur des programmes au WWF sur franceinfo le mercredi 12 février 2020. 
Arnaud Gauffier, directeur des programmes au WWF sur franceinfo le mercredi 12 février 2020.  (FRANCEINFO)

Arnaud Gauffier, directeur des programmes au WWF a alerté sur franceinfo sur les  conséquences économiques à venir de la crise climatique. Il rappelle que les émissions de gaz à effet de serre de la France "continuent à augmenter". 

"Si rien n'est fait pour enrayer la disparition de la nature", cela coûtera 479 milliards de dollars par an au niveau mondial, soit près de dix mille milliards de dollars d'ici 2050, alerte un rapport du WWF, le Fonds Mondial pour la Nature, publié mercredi 12 février. "Il faut à tout prix que 2020 soit le point de bascule des émissions et que derrière, on commence à décroitre", estime sur franceinfo Arnaud Gauffier, directeur des programmes au WWF.  

franceinfo : À quoi correspond ce chiffre de 479 milliards de dollars par an ?

Arnaud Gauffier : Il traduit la dégradation de biodiversité de ce qu'on appelle les services ecosystémiques. Tous les services que nous rend la nature, comme le stockage de carbone dans les sols, la fourniture de bois, la fourniture de poissons via les océans, mais aussi la protection contre l'érosion des côtes. C'est d'ailleurs ce qui explique l'importance de ce chiffre, c'est vraiment l'érosion des côtes qui va mettre à mal des infrastructures et toute l'économie au niveau mondial.

Après des années de hausse, les émissions mondiales de gaz à effet de serre du secteur énergétique ont stagné en 2019, ça veut dire qu'il y a quand même des lueurs d'espoirs ?

J'ai envie de dire enfin ça stagne. Derrière il faut analyser les raisons. Les émissions liées aux transports et les émissions globales continuent d'augmenter. Donc il faut à tout prix que 2020 soit le point de bascule des émissions et puis qu'on commence à décroître derrière. Et le problème de notre étude c'est que derrière on va avoir des points de bascule. C'est-à-dire que là on va perdre 10 000 milliards de dollars d'ici 2050 sur l'économie globale, 500 milliards par an, mais rien ne dit que ce sera linéaire. C'est-à-dire qu'on ne perdra peut-être pas 500 milliards tous les ans. On va peut-être avoir un PIB qui va croître jusqu'en 2030 et après perdre 10 000 milliards en l'espace de 5 ans.

Emmanuel Macron défend ce matin dans la presse son bilan écologique, est-ce que tout est noir pour vous dans le bilan vert de ce quinquennat ?

Il y a quelques lueurs d'espoirs, quelques bonnes nouvelles mais qui sont de l'ordre du symbole plutôt que du changement profond de notre système. La fin des centrales au charbon c'est 2% de nos émissions, c'est ridicule au niveau de la France. Les émissions de la France continuent à augmenter. La dernière stratégie nationale de lutte contre le changement climatique a repoussé la baisse des émissions à 2028, c'est-à-dire qu'on repousse encore l'échéance. Alors que le mur arrive. Je pense que c'est un président qui a pris la mesure d'une partie de la crise écologique. Mais qui derrière n'a pas encore pris les mesures justement qui changeraient complètement notre économie et qui permettraient de réduire drastiquement notre empreinte écologique, notamment en matière d'émissions de gaz à effet de serre et puis aussi de biodiversité. On n'en parle pas assez mais on a des pratiques liées à la chasse qui sont d'un autre temps.

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