Climat : cinq questions sur la nouvelle alerte au réchauffement climatique lancée par le Giec

Quelque 6% des insectes, 8% des plantes et 4% des animaux vertébrés perdraient la moitié de leur habitat en cas de hausse d\'1,5°C des températures.
Quelque 6% des insectes, 8% des plantes et 4% des animaux vertébrés perdraient la moitié de leur habitat en cas de hausse d'1,5°C des températures. (JNDSB / IMAGINECHINA / AFP)

Dans un rapport de 400 pages, le groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat détaille les nombreuses conséquences, déjà à l'œuvre, du réchauffement et appelle à de profonds changements sociétaux pour éviter leur emballement.

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Plus que jamais, ça chauffe. Et si rien n'est fait pour contenir le réchauffement climatique, les conséquences pourraient être catastrophiques pour notre planète. C'est tout le sens des nouvelles conclusions du Giec, qui regroupe les experts du climat de l'ONU, dans un rapport publié lundi 8 octobre. Franceinfo revient sur ce document alarmant de 400 pages.

Que nous apprend ce rapport ? 

Que si nous ne faisons rien rapidement, nous ne parviendrons jamais à limiter le réchauffement climatique à 1,5°C (par rapport aux niveaux pré-industriels). Concrètement, ces experts préviennent qu'au rythme actuel, nous allons atteindre ce niveau entre 2030 et 2052. Et si les Etats s'en tiennent à leurs engagements de réduction d'émissions pris dans le cadre de l'accord de Paris en 2015, nous atteindrons les +3°C à la fin du siècle. Il faut donc amorcer dès maintenant "des changements sans précédent dans tous les aspects de la société", alertent les experts.

"Chaque petit accès de réchauffement supplémentaire compte, d'autant que passer 1,5°C accroît le risque de changements profonds voire irréversibles, comme la perte de certains écosystèmes", explique Hans-Otto Pörtner, coprésident de cette session du Giec.

Que va-t-il se passer si on ne fait rien ? 

La liste des bouleversements fait froid dans le dos. Les différences entre notre climat actuel, après une hausse de 1,5°C ou encore de 2°C sont très concrètes. Si le réchauffement atteint +1,5°C, il aura des impacts irréversibles sur certaines espèces animales ou végétales, comme les coraux, la toundra et la forêt boréale. Quelque 6% des insectes, 8% des plantes et 4% des animaux vertébrés perdraient la moitié de leur habitat. Et si la barre des 2°C est atteinte, ces populations seront deux fois plus touchées.

Le niveau des mers, si l'on s'en tient à +1,5°C, aura gagné 26 à 77 cm d'ici à 2100, selon les projections. A +2°C, ce serait 10 cm de plus, soit jusqu'à 10 millions de personnes supplémentaires affectées. A long terme, l'instabilité de la calotte antarctique et/ou la perte de celle du Groenland pourraient être déclenchées vers +1,5/2°C, faisant grimper les mers de plusieurs mètres sur les siècles ou millénaires à venir. De plus, parvenir à circonscrire la hausse des températures à 1,5°C limiterait l'acidification de l'océan (liée aux concentrations accrues de CO2), qui menace la survie d'espèces, poissons, algues, etc. A +1,5°C, l'Arctique connaîtra un été sans banquise par siècle ; ce sera un par décennie à +2°C.  

L'impact sur les espèces sera moindre à 1,5°C : moins de feux de forêts, de perte de territoires, d'espèces invasives... A +1°C, 4% de la surface terrestre change d'écosystème, à +2°C ce sera 13%. La baisse de productivité du maïs, du riz ou du blé sera plus limitée à +1,5°C qu'à +2, de l'Asie du Sud-Est à l'Amérique latine, estime encore le rapport, qui décrit aussi des risques accrus pour les ressources en eau, la sécurité alimentaire ou la santé.

On peut s'en sortir ? 

Ce sera forcément compliqué. Pour rester à 1,5°C (une température qui entraîne déjà un profond changement de nos conditions de vie, rappelons-le), il faut baisser drastiquement les émissions de CO2 bien avant 2030 (-45% d'ici 2030 par rapport à leur niveau de 2010), pour ensuite arriver, vers 2050, à une "neutralité carbone" : c'est-à-dire cesser de rejeter dans l'atmosphère plus de CO2 que l'on ne peut en retirer.

"Neutralité" implique de ne plus garder que les émissions "résiduelles", pour les secteurs ne pouvant s'en passer (aviation par exemple). Ce surplus de CO2 devra être pompé grâce à des "technologies à émissions négatives". Comment y parvenir ? Libération liste des leviers à notre disposition, comme la protection des espaces naturels existants, l'extension des forêts tropicales, ou encore la régénération des océans.

Les efforts demandés sont considérables. Les énergies renouvelables devraient ainsi passer de 20 à 70% de la production électrique au milieu du siècle, la part du charbon devrait être presque nulle, la demande d'énergie devrait baisser, l'efficacité énergétique croître. L'industrie devrait réduire ses émissions de CO2 de 75-90% d'ici 2050 par rapport à 2010 (comparé à 50-80% pour +2°C), les transports passer aux énergies bas carbone (35-65% en 2050 contre moins de 5% en 2020). Selon le rapport, quelque 2 400 milliards de dollars (environ 2 000 milliards d'euros, soit quasiment le PIB de la France) d'investissements annuels seront nécessaires entre 2016 et 2035 pour la transformation des systèmes énergétiques. Si le coût paraît élevé, les scientifiques soulignent que le prix à payer de l'inaction serait bien plus terrible.

Et si on n'y arrive pas maintenant, peut-on rattraper le coup plus tard ? 

Dépasser le seuil de +1,5°C pour faire redescendre le mercure plus tard au cours du siècle a été envisagé par les experts du Giec. Mais ils soulignent les risques, certains irréversibles, comme la perte d'espèces, et les incertitudes sur l'efficacité de l'extraction du CO2 à grande échelle.

Comment réagissent les gouvernements ? 

Aux Etats-Unis, deuxième pays le plus pollueur de la planète derrière la Chine, Donald Trump ne s'est pas (encore) fendu d'un tweet. En France, François de Rugy a rappelé les objectifs du pays en matière de neutralité carbone. Le ministre de l'Ecologie précise qu'il présentera en fin de mois "la nouvelle stratégie bas carbone" du gouvernement. 

Mais la route s'annonce longue. La veille, ce même ministre de l'Ecologie a annoncé vouloir pousser l'Union européenne à s'engager sur une baisse de 40% des émissions de gaz à effet de serre à l'horizon 2030. Problème : c'est déjà ce qui est prévu.

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