"Ce qui freine, c'est nos représentants" : les jeunes mobilisés pour le climat n'attendent rien des élections européennes

Les cinq élèves du lycée Hélène-Boucher de Paris qui ont créé le groupe Climaction, le 4 avril 2019 dans une salle de l\'établissement.
Les cinq élèves du lycée Hélène-Boucher de Paris qui ont créé le groupe Climaction, le 4 avril 2019 dans une salle de l'établissement. (CLEMENTINE VERGNAUD / RADIO FRANCE)

Les jeunes qui ont participé aux manifestations pour le climat n'ont pas le sentiment que leur mouvement va inciter les prochains députés européens à se saisir de la thématique écologique. Ils ont le sentiment que l'UE possède certes beaucoup de pouvoir mais est freinée par les pressions des lobbies.

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"On a ouvert une porte", assure Lola, 16 ans, en 1e ES. Réunis dans une salle de classe du lycée Hélène-Boucher, dans le 20e arrondissement de Paris, les cinq élèves qui ont créé le groupe Climaction au sein de l'établissement planchent sur la conclusion de leur dossier d'écolabel. Tous sensibles à la question climatique, ils ont fait grève pour la planète dès le premier vendredi, le 15 février, et ont créé dans la foulée ce groupe d'action pour rendre leur lycée plus écologique. Le 15 mars, ils ont organisé une conférence dans leur établissement, sans avoir attendu la proposition de Jean-Michel Blanquer. Le ministre de l'Education nationale reçoit vendredi 5 avril les conclusions des différents débats organisés dans les lycées.

À moins de deux mois des élections européennes, ont-ils le sentiment que leur mobilisation dans la rue peut se transformer en une politique européenne efficace pour lutter contre le changement climatique ? Alors que les manifestations lycéennes ont trouvé un écho dans une grande partie de l'Europe, les jeunes sont sceptiques. S'ils reconnaissent que l'Union européenne possède un pouvoir unique pour faire changer les choses, ils ont le sentiment que leurs représentants européens n'en font pas une priorité et sont pervertis par l'argent. 

L'Europe, une institution de poids selon les jeunes

"On peut mettre en place des actions personnelles mais l'Union européenne, elle, a la possibilité de les étendre à toute la population européenne", estime Corisande. Lola complète : "L'Europe a beaucoup plus de poids sur les Etats membres pour imposer des décisions." Ces jeunes sont convaincus que l'Union européenne pourrait prendre beaucoup de mesures pour lutter contre le changement climatique. "C'est la seule institution qui peut faire quelque chose", affirme Manon, qui estime que la France "est un petit pays"

Cependant, ils sont assez sévères vis-à-vis des dispositions adoptées par les députés européens en matière d'écologie lors de la dernière mandature. "Ça reste des petites mesures, déplore Manon, comme si on voulait nous contenter avec des petites choses pour nous calmer." L'interdiction du plastique à usage unique à partir de 2021 agace particulièrement Antoine. "Ce sont des miettes pour calmer la faim", juge-t-il, estimant que "ça ne suffit pas". Même son de cloche du côté d'Idris, étudiant en première année de bachelor Gestion et valorisation de la nature à l'Institut pour la gestion et la protection de la nature (IGPN). 

Ils ne font que rajouter des petites couches pour se donner bonne conscienceIndris, 25 ansà franceinfo

Si l'Union européenne n'a pas fait assez pour lutter contre le changement climatique pendant ces cinq dernières années d'après ces jeunes, c'est par motivation pécuniaire. "La question de l'argent bloque la prise de décision", assure Manon. "Si on voulait changer les choses grâce au Parlement européen, on pourrait le faire", est cependant convaincue Lola. "Ce qui freine, c'est nos représentants." Plus précisément, les jeunes ont les lobbies en ligne de mire. "On est prêts pour la transition écologique mais tout un système nous bloque." Nicolas, qui étudie dans la même classe qu'Idris, estime que "les lobbies ont le contrôle de tout". Il désespère : "J'ai l'impression que c'est une cause perdue."

Conséquence du travail des lobbies, selon eux : "Les députés européens repoussent tout le temps l'application des directives", se plaint Corisande. "On nous vend du rêve mais il n'y a pas d'action", tranche Antoine. Plus globalement, c'est le fonctionnement de l'UE qui pose problème, selon Idris. "Le système législatif de l'Union européenne est trop lent." Proposition de la Commission européenne, vote des eurodéputés, adoption du Conseil européen, application dans les législations nationales... Autant d'étapes qui prennent trop de temps d'après eux.

Des jeunes désabusés face au vote

De la même manière qu'ils sont sceptiques face à l'efficacité de l'Union européenne sur la question climatique, ces jeunes doutent de l'intérêt de voter pour les élections européennes. "Ça aura un impact mais il sera faible car, au final, nous n'avons pas notre mot à dire", assure Idris. Lui et son ami Nicolas iront pourtant voter. Les cinq jeunes du groupe Climaction auraient aimé pouvoir en faire autant mais ils ne sont pas majeurs. "Si on pouvait voter, ce serait mieux, mais ça n'entraînerait pas un changement radical", estime Manon. Seul Antoine pense que les voix des jeunes pourraient démontrer aux eurodéputés l'importance de la question climatique pour les électeurs. 

Nicolas et Idris, place de la République à Paris, le 3 avril 2019.
Nicolas et Idris, place de la République à Paris, le 3 avril 2019. (CLEMENTINE VERGNAUD / RADIO FRANCE)

Cependant, le jeune homme soutient que ce n'est pas forcément un bulletin de vote qui aura le plus d'effet pour lutter contre le changement climatique. "Je me sens plus utile dans Climaction qu'en allant voter", avoue-t-il. "C'est un changement de génération", abonde Nicolas. Ils sont unanimes sur la question : le changement se fera surtout "par le bas". "Il y a plus d'influence dans les initiatives populaires des autres pays que dans la politique", explique Idris. Ce changement de mentalités peut quand même trouver sa place au sein de l'Union européenne, selon eux. "Certains pays peuvent donner le bon exemple, assure Manon. Si l'un prend une bonne décision, ça peut inciter les autres à en faire de même." "L'Europe agirait alors comme un accélérateur", complète Corisande.

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