Canicule : "On est à l'aube d'une grave crise du vignoble", alerte une vigneronne de l'Hérault

Des raisins séchés après la canicule de 2018. 
Des raisins séchés après la canicule de 2018.  (VANESSA MEYER / MAXPPP)

De nombreuses vignes du sud de la France ont souffert de l'épisode de records de températures (45,9 °C dans le Gard), vendredi 28 juin. Franceinfo a interrogé une vigneronne, Catherine Bernard, qui a publié une tribune sur le sujet.

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Coup de chaud sur les vignes françaises. Des cultures brûlées, des raisins grillés... La canicule a provoqué des dégâts dans de nombreuses exploitations viticoles dans le département de l'Hérault et du Gard, où un record absolu de températures en France a été battu, avec 45,9 °C à Gallargues-le-Montueux. "Ces évolutions climatiques (...) doivent nous interpeller", a confié Jérôme Despey, secrétaire général, numéro 2 de la FNSEA, à France 3. Une cellule de crise est justement mise en place depuis lundi 1er juillet par la chambre d'agriculture de l'Hérault pour recenser les exploitations touchées.

Franceinfo a interrogé Catherine Bernard, une vigneronne dans l'Hérault qui a publié une tribune sur un blog qui traite des thématiques autour de la vigne et du vin. Elle alerte sur les effets du réchauffement climatique.

Franceinfo : Pourquoi avez-vous décidé de tirer la sonnette d'alarme ? 

Catherine Bernard : Il y a toujours une position "victimaire" quand on aborde les phénomènes climatiques, que ce soit la canicule ou la grêle. Je ne veux pas que l'on ne parle qu'en termes économiques, de "pertes" pour les exploitants, car les pertes sont ailleurs. Je n'ai pas écrit en qualité de vigneronne car je veux sortir le débat de l'agriculture qui concerne les agriculteurs. L'agriculture est le témoin de ce qui est en train de se produire depuis une cinquantaine d'années avec le changement climatique. Les apiculteurs ont été les premiers à le dire. Ce phénomène est simplement la boule de neige qui est en train de provoquer une avalanche. 

Comment les vignerons et les vigneronnes font-ils face à cet épisode caniculaire ? 

Je ne veux pas répondre à cette question. Il ne s'agit pas de se dire "qu'est-ce que j'aurais pu faire ou n'aurais pas dû faire?", ça c'est de la culpabilité. Chacun a fait ce qu'il a pu, on a travaillé la vigne en suivant le cycle normal. Des solutions d'urgence comme l'irrigation, ça ne fonctionne pas. Si on se précipite, on continue les erreurs. Le débat n'est pas là, la problématique est plus grave que ça. Il faut accepter le fait qu'on est démunis et qu'on est à l'aube d'une grave crise du vignoble. 

Comment envisagez-vous le futur de votre profession ? 

A long terme, il faut s'arrêter et réfléchir. On n'a pas encore les outils pour dire : "On a la solution". On est dans un saut dans l'inconnu, je ne suis pas pessimiste, mais il faut observer, comprendre, accepter ce qu'il se passe pour trouver des solutions durables, comme la réintroduction des arbres. C'est déjà une première chose mais ça prend du temps. La canicule est un phénomène singulier et ponctuel mais il y a autre chose à l'œuvre qui s'inscrit dans la durée, et le changement climatique nous concerne tous. 

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