Canicule : "Il faut arrêter de traiter la question des sans-abri sous la pression du climat", alerte Emmaüs

Un sans domicile fixe est allongé sur le sol dans une rue de Marseille, le 7 mai 2019.
Un sans domicile fixe est allongé sur le sol dans une rue de Marseille, le 7 mai 2019. (NICOLAS VALLAURI / MAXPPP)

Le directeur d'Emmaüs Solidarité estime que "la pauvreté doit être traitée comme une grande cause nationale tout au long de l'année", alors que des mesures d'urgence vont être prises dans le cadre de l'alerte canicule.

La France se prépare à une semaine caniculaire, avec des températures qui devraient dépasser les 40°C par endroits. Météo France a déjà placé, dimanche 23 juin, cinq départements d'Ile-de-France en vigilance orange à la canicule. Une vague de chaleur à laquelle se préparent aussi les associations qui s'occupent de personnes qui vivent à la rue. Bruno Morel, directeur général d'Emmaüs Solidarité et invité de franceinfo, dimanche 23 juin, rappelle que "la situation des SDF est dramatique toute l'année". Il explique comment son association va se porter en aide aux sans-abri.

franceinfo : Comment avez-vous anticipé cette vague de chaleur pour les sans-abri ?

Bruno Morel. Cela fait plusieurs jours qu'on est mobilisés. On a diffusé auprès de nos équipes les modes opératoires, notamment comment rafraîchir une pièce, comment sensibiliser aux bons gestes et aux bonnes postures. On a rencontré les personnes à la rue en amont, on leur a dit qu'il y a des lieux, des parcs qui sont ouverts, on les sensibilise sur ces sujets-là. À partir du déclenchement du niveau 3 du plan canicule, les accueils de jour vont ouvrir plus tôt, fermer plus tard, et rester ouvert le midi. Les maraudes vont être étendues, et il devrait y avoir des places supplémentaires en centre d'hébergement d'urgence.

Les personnes à la rue sont les premières touchées par cette canicule. Sait-on combien de personnes sont concernées ?

Le dernier recensement des SDF remonte à 2012 et donnait 140 000. La ville de Paris avait recensé 3 600 personnes à la rue dans la capitale. On sait bien que, malgré les efforts en matière de création de places, on n'est toujours pas à la hauteur des besoins. C'est pour ça qu'on se mobilise, en lien avec la ville de Paris qui a donné 5 000 gourdes d'eau pour les maraudes, qu'on va distribuer aux SDF. Une session de formation sur comment traiter la canicule va avoir lieu à la Fabrique des solidarités.

Pour la plupart, les sans-abri sont en milieu urbain, où la chaleur est encore plus marquée. C'est encore plus difficile ?

Bien sûr. On évoque toujours leur situation en période de grand froid ou de grande chaleur, mais la situation des SDF est dramatique toute l'année. Selon le collectif des Morts de la rue, 560 sans-abri sont morts l'an dernier. Malheureusement, de manière échelonnée depuis le début de l'année, on est déjà à 160. Donc c'est très bien d'en parler et de prendre des mesures en ce moment, mais il faut arrêter de traiter cette question sous la pression de l'actualité ou du climat. On a du mal avec ces opérations "stop and go". On va rencontrer des SDF sur des places supplémentaires en situation de grand froid ou de grand chaud, on va commencer à faire de l'accompagnement social, et puis on va les abandonner. Le credo des associations, c'est que la pauvreté doit être traitée comme une grande cause nationale tout au long de l'année. Des moyens ont été mis en œuvre, on ne peut pas dire qu'il n'y a pas eu de choses faites. Mais ce n'est pas à la hauteur des besoins. Il y a plus de places, plus d'argent, mais aussi plus de monde à la rue. Il faut avoir des capacités à la hauteur des besoins.

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