Canicule : la France est-elle bien préparée ?

Des enfants jouent dans une fontaine, en face de la Tour Eiffel, le 7 juillet à Paris.
Des enfants jouent dans une fontaine, en face de la Tour Eiffel, le 7 juillet à Paris. (MIGUEL MEDINA / AFP)

Plusieurs jours de forte chaleur sont attendus. Dix ans après la grande canicule de 2003, qui a coûté la vie à 15 000 personnes, le gouvernement estime que le dispositif est désormais "éprouvé".

Coup de chaud à prévoir. Le Sud-ouest risque d'être bientôt touché par la canicule, avec des températures de 35 à 38 degrés, annonce Météo France, vendredi 19 juillet. Et de fortes chaleurs sont attendues dans de nombreux départements de l'ouest et du sud.

A chacun de ces épisodes surgit le cauchemar de 2003. Cette année-là, plus de 15 000 personnes meurent de complications liées à la chaleur. Les pouvoirs publics prennent alors le problème au sérieux et mettent un place un "plan canicule" pour prévenir les risques, réactivé chaque année.

Michèle Delaunay, ministre déléguée aux Personnes âgées, a tenu à rassurer les Français, vendredi sur Europe 1. "Le dispositif s'est bien mis en place, s'est rodé à des occasions assez courtes. Sa réactivité est éprouvée." Dix ans après la catastrophe de 2003, la France est-elle pour autant bien préparée ?

Un dispositif d'information efficace

Créé après le drame de 2003, ce dispositif est activé chaque été. Le plan canicule 2013 est en vigueur depuis le 1er juin, malgré les trombes d'eau qui arrosaient alors le pays. Le dispositif compte quatre niveaux d'alerte, jusqu'à celui de "mobilisation maximale". "En terme de circulation de l'information, beaucoup de choses ont été faites", reconnaît Pascal Champvert, de l'association des directeurs d'établissements au service des personnes âgées. Des spots télévisés sont prévus en cas d'alerte sérieuse, et les particuliers peuvent composer un numéro vert (0800 06 66 66) depuis le 21 juin (tapez 1 pour les enfants et les adultes, 2 pour les personnes âgées).

Au coeur du dispositif de prévention, les caisses centrales d'activités sociales (CCAS) mobilisent les différents acteurs, tandis que les professionnels de santé et les collectivités sont sollicitées pour informer les Français. Le ministère de la Santé diffuse enfin de nombreux conseils, sur son site : en sortant de la douche, ne vous séchez pas !

Dans les établissements, des effectifs jugés insuffisants

Les établissement qui accueillent des personnes âgées sont en première ligne, lors des épisodes de forte chaleur. Depuis 2006, ils doivent suivre un protocole strict ("plan bleu") et mettre une salle rafraîchie à disposition des résidants. En dépit de progrès notables, les professionnels sont inquiets. "S'il y avait une canicule similaire à celle de 2003, il y aurait des milliers de morts", estime Pascal Champvert. Ce professionnel de la santé milite depuis plusieurs années pour une meilleure prise en charge des personnes âgées, comme Patrick Pelloux, président de l'association des médecins urgentistes de France, qui avait alerté l'opinion publique lors de la canicule de 2003.

Pascal Champvert estime que les effectifs sont encore insuffisants pour encadrer les patients âgés dans de bonnes conditions. "Quand il faut aider un patient à boire toutes les 30 minutes, cela prend du temps. Depuis 2003, la situation ne s'est pas améliorée. Les effectifs ont un peu augmenté, mais la population âgée aussi." Voilà des années qu'il attend une réforme de la dépendance, annoncée puis enterrée par Nicolas Sarkozy, promise par François Hollande. "Les Français aiment leurs vieux mais la France n’aime pas les vieux."

Les maires, relais de la solidarité

Les maires de France sont tenus de mettre à jour un registre nominatif des personnes âgées et vulnérables, depuis 2004. Les services sociaux, les associations et les médecins font remonter les informations en mairie, qui actualise ses fichiers. Les habitants peuvent aussi se signaler de leur propre chef. Cet été, une vingtaine de personnes ont par exemple été recensées à Castillonnès (Lot-et-Garonne), 1540 habitants. "Objectivement, on est bien mieux préparés qu'il y a quelques années", estime le maire, Pierre Sicaux. En 2012, les services sont venus en aide à deux personnes, "victimes d'un coup de fatigue et qui ont fait un malaise. On leur avait pourtant déjà rendus visite et dit de boire. Mais ces cas nécessitent vraiment un suivi de proximité." A Saint-Jorioz, 5000 habitants, on cultive la même attention. Le relais social dispose d'une salle climatisée et d'une réserve de bouteilles d'eau. "En cas d'alerte, on appelle la centaine de personnes présentes sur cette liste, et le cas échéant, on peut même aller les chercher pour les amener au relais", précise Murielle Colin, agent d'accueil.

Dans les entreprises, une situation contrastée

Pour les travailleurs de l'été, il est parfois difficile de se concentrer entre les gouttes de sueur. En la matière, la situation est très variable selon les entreprises. "Je ne suis pas sûr que les entreprises ait relancé leur questionnement sur les problématiques de la canicule", estime Arnaud Rimbert, avocat à Bordeaux (Gironde). "Parfois, les chantiers débutent plus tôt, à 5 ou 6 heures du matin. Et certaines entreprises s’équipent de pièces froides ou de fontaines à eau." Mais plus l'entreprises est petite, moins les salariés sont informés, en l'absence d'un comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail. Il n'existe en revanche aucune limite de température légale, qui interdit le travail. "En revanche, le dirigeant est tenu d'assurer la santé et la sécurité des salariés." Eau, ventilation... Ce document du ministère du Travail reprend l'ensemble des obligations de l'employeur.

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