Incassable, increvable, inégalable : comment le Nokia 3310 est devenu la légende du téléphone portable

Un Nokia 3310 version 2000.
Un Nokia 3310 version 2000. (SCIENCE & SOCIETY PICTURE LIBRARY / GETTY IMAGES)

Dix-sept ans après son lancement, la marque finlandaise a dévoilé la réédition de son mythique "best-seller" du début des années 2000.

Le Nokia 3310 est de retour. Ou presque. La firme finlandaise a présenté une réédition de son mythique téléphone portable du début des années 2000, dimanche 26 février, à la veille de l'ouverture du Mobile World Congress, le plus grand salon international de la téléphonie mobile, qui se tient à Barcelone (Espagne). L'occasion pour franceinfo de dresser le portrait de cette légende, vieille de 17 ans, une éternité dans le monde des "nouvelles technologies", qui s'est vendue à plus de 120 millions d'exemplaires, en faisant l'un des téléphones mobiles les plus vendus au monde, et qui fait encore rêver les "nostalgeeks".

La vraie révolution de l'an 2000

Le Nokia 3310 apparaît à la fin de l'année 2000. A l'orée du nouveau millénaire, on ne parle pas de "smartphones" et encore moins de leur opposé, les "dumbphones" (littéralement "téléphones idiots"). Les téléphones portables ne sont ni intelligents ni stupides, juste mobiles. Le "3310" – pour les intimes – est une révolution. Au collège ou au lycée, il y a ceux qui l'ont et ceux qui en rêvent, comme se souvient le youtubeur Cyprien.

Le "3310" sait se rendre indispensable aux yeux des "millenials", cette génération née entre les années 1980 et 1990. Dans la cour du collège ou du lycée, sous la couette le soir, à l'arrière de la voiture pendant les embouteillages sur la route des vacances, on pianote avec frénésie sur son jeu culte : "Snake". Le casse-tête, addictif, consiste à contrôler un serpent qui grandit à mesure qu'il avale des pastilles, avance sans cesse, et ne doit surtout pas se mordre la queue.

Adapté d'un jeu d'arcade, "Snake" a tellement plu qu'il a continué à être proposé par Nokia dans certains de ses téléphones les plus basiques, plus de dix ans après le "3310". Le prestigieux MoMa, le Musée d'art moderne de New York, songe même à faire entrer ce phénomène mondial dans ses collections de jeux vidéos.

Les collégiens et lycéens, qui ont tant de choses à se raconter sur les messageries instantanées MSN et ICQ après les cours, peuvent s'échanger des textos démesurément longs : 480 caractères maximum contre 160 pour la concurrence. Ils peuvent même les envoyer à plusieurs destinataires à la fois. Des SMS plus faciles à composer grâce au système d'écriture prédictive, rappelle le site spécialisé lesnumériques.com. Et ce, sans que la batterie ne tombe à plat. Car le "3310" dispose d'une autonomie qui laisse rêveur le possesseur de smartphone moderne. Des heures, des jours, voire une semaine d'utilisation, avant que le téléphone ne s'éteigne, assure frandroid.com.  

Une batterie et un téléphone à toute épreuve

Le "3310" est tellement plus beau que ses rivaux, avec ses lignes douces, son design compact, ses coques colorées interchangeables. Surtout, il n'a pas les horribles appendices de ses concurrents : l'antenne et le clapet. Et parmi toutes ses formidables fonctionnalités, détaillées dans son mode d'emploi, dont la reconnaissance vocale (pour huit contacts seulement), il y a ce compositeur de sonneries (sept mémorisables au maximum). Qu'y a-t-il de mieux que de recevoir des appels au son nasillard et monotone de Mission : Impossible, d'X-Files, du Flic de Beverly Hills, d'Indiana Jones, Nirvana ou Britney Spears, selon l'humeur du moment ? Sans parler de son mode vibreur, si puissant qu'il en déplace le téléphone.

Mais ce qui a contribué à écrire la légende du 3310, c'est sa robustesse. Chocs, humidité, poussières... Le petit téléphone de Nokia résiste à tout. Pour le prouver, ses possesseurs l'ont mis à rude épreuve. Les vidéos de ses crash-tests sont dignes des pires tortures. Le 3310 s'est fait rouler dessus par un train, larguer à plusieurs centaines de mètres de haut depuis un drone, lâcher du haut d'un pont ou d'une cage d'escalier, tirer dessus par un fusil de sniper, attaquer à coups de sabre japonais ou à la hache incandescente, frapper à la masse, traîner par un quad, congeler et ébouillanter ou brûler à la flamme. La résistance du 3310 a fini par faire de lui un mème.

L'emblème des anti-smartphones

A l'heure des iPhone 7 et autres Samsung Galaxy S7, le Nokia 3310 a beau être dépassé depuis des lustres, il a toujours ses adeptes et ses fan-clubs sur Facebook. Les "nostalgeeks" s'arrachent les modèles d'occasion à 90 euros ou ses versions reconditionnées à 25 euros. Le "3310" devient un symbole pour les anti-smartphones refusant ce monde hyperconnecté, nostalgiques d'une vie sans internet mobile et où un téléphone servait simplement à... téléphoner.

"Garant de valeurs sûres, le Nokia 3310 nous ferait presque regretter l'époque où chaque objet avait son utilité – celle, pas si lointaine, où nous n'imaginions pas téléphoner via notre ordinateur, ni surfer sur notre téléphone", écrit ainsi Slate. Surfant sur cette vague vintage, HMD, le fabricant finlandais des téléphones sous la marque Nokia, a lancé une réédition, à 49 euros. Un événement.

Une réédition attendue et une grosse déception

Mais le "3310" de 2017 n'est pas du tout le même que son ancêtre de 2000. Son design a été remis au goût du jour. Son écran, amélioré, n'est certes pas tactile, mais il est en couleurs. Et pour coller à l'air du temps, le téléphone dispose même d'un appareil photo rudimentaire et d'une connexion internet qui permet d'installer des applications, énumère 01net.com. "Snake", trop relooké, ne convainc pas les joueurs d'antan. Quant à la robuste coque, elle a, elle, été revue à la baisse : après quelques minutes de manipulations, une des lettres du logo s'est même effacée sur un modèle d'exposition du Mobile World Congress. Le modèle 2017 déçoit les amoureux du "3310" historique, déplore numerama.com.

Le testeur de frandroid.com est dépité : "Ce Nokia 3310, je l’attendais avec impatience. Pas en tant que technophile averti, mais en tant qu’enfant de la génération Y ayant usé ses fonds de culotte sur les bancs de l’école en essayant de finir Snake II plutôt qu’en écoutant ses professeurs. Et aujourd’hui, j’ai un goût amer dans la bouche après avoir pris en main cet ersatz de téléphone sans intérêt."

Pour le "3310" nouveau, l'essentiel n'est sans doute plus là. La nostalgie est un marché de niche, comme l'explique un analyste au Parisien. Le "3310" espère plutôt conquérir les pays émergents, où les utilisateurs s'équipent encore en "mobiles idiots". Un marché conséquent, selon le cabinet Gartner, cité dans le quotidien. Il s'est écoulé près de 400 millions de "dumbphones" dans le monde en 2016, contre 1,5 milliard de smartphones, et leurs ventes progressent toujours de 4% sur un an.

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