Homophobie dans le football : "Dire 'je suis homosexuel', même pas en rêve, on n’est pas prêt d’y arriver"

Yoann Lemaire, le président de l\'association \"Football ensemble\", le 17 mai 2018.
Yoann Lemaire, le président de l'association "Football ensemble", le 17 mai 2018. (KAREN KUBENA / MAXPPP)

Yoann Lemaire, le président de l'association "Foot ensemble" qui lutte contre l'homophobie dans le football se félicite que le débat s'ouvre sur le sujet, alors que le gouvernement ne répond pas à ses sollicitations.

L’homophobie dans les stades de foot est "un tabou, un fléau qui est souvent considéré comme du folklore", a regretté, mardi 26 mars sur franceinfo, Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l'Égalité entre les femmes et hommes. Elle réagissait aux propos de la patronne de la Ligue de foot professionnel, Nathalie Boy de La Tour, qui a expliqué que les chants homophobes faisaient partie "du folklore" dans les stades, tout en soulignant que "ce n'est pas pour ça que ce n'est pas grave".

Pour Yoann Lemaire, président de l’Association Foot Ensemble contre l’homophobie dans le football, premier footballeur à avoir révélé son homosexualité en 2003, et auteur l'an dernier du documentaire Footballeur et homo"c’est bien que le débat s’ouvre". Il s'est dit cependant "surpris d’entendre Marlène Schiappa monter au créneau" alors qu'elle "ne répond pas" à ses sollicitations pour mettre en place "des outils pédagogiques".

franceinfo : Que pensez-vous de ces échanges entre le gouvernement et la LFP ? Est-ce de l'affichage ou une réelle volonté politique ?

Yoann Lemaire : C’est déroutant, parce que la personne qui en fait le plus, c’est bien Nathalie Boy de La Tour avec la LFP. Elle a entrepris une vraie mission pour essayer d’éradiquer l’homophobie. Elle essaie d’agir avant tout dans les centres de formation. Effectivement, les supporters vous diront tous que c’est du folklore. J’ai été les filmer. C’est insupportable d'entendre les cris et les chants homophobes. Par contre, il faut en discuter.

C’est bien que le débat s’ouvre, enfin. Je suis un peu surpris d’entendre Marlène Schiappa monter au créneau. Cela fait un an et demi ou deux qu’on essaie de la rencontrer pour lui proposer des outils pédagogiques ou lui proposer des projets, et qu'elle ne nous répond pas. Et subitement, elle va interpréter ce que Nathalie Boy de La Tour vient de dire, et injustement à mon sens. Nathalie Boy de La Tour sait très bien que l’homophobie, c’est vraiment un parasite. Mais il faut commencer par la sensibilisation. Et si les gens ne veulent pas comprendre, on punit avec des règles.

La sensibilisation, est-ce que cela suffit ?

On n'en fait pas tant que ça. C’est quand même très tabou dans le milieu du football. On entend très peu de footballeurs oser briser le tabou. Cela dérange énormément. Cela a été très compliqué d’essayer de donner la parole à des footballeurs pour simplement parler de l’homosexualité. Un seul a accepté, Antoine Griezmann, qui nous a fait ce plaisir de dire "je vous en parle, cela ne fait aucun souci". Mais les autres, dire "je suis homosexuel", même pas en rêve, on n’est pas prêt d’y arriver. Et même simplement d'en parler, simplement dire qu'on peut jouer avec un coéquipier homosexuel.

Le rôle de l'encadrement des familles et de l'exemplarité des stars du football est important ?

Absolument. La LFP lance une campagne où ils vont parler de ce sujet dans tous les centres de formation de France avec le Fondaction. Ça c’est concret. On a besoin d’exemplarité. Dans mon parcours, j’ai rencontré des grosses galères en tant que footballeur homosexuel. J’ai eu la chance d’avoir pu rentrer au Variétés club de France. Quand ils ont su mon histoire, ils ont souhaité m’aider. Le fait d’avoir plein de stars a fait qu'il y a eu une prise de conscience instantanée. Quand ces gens-là en parlent, cela a un impact très puissant auprès des jeunes.

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