Le G7 a "raison de s'inquiéter" de l'arrivée de la libra, la monnaie virtuelle de Facebook

Libra, le projet de crypto-monnaie de Facebook (illustration).
Libra, le projet de crypto-monnaie de Facebook (illustration). (KAY NIETFELD / DPA)

Les dirigeants des pays les plus puissants s’alarment des dangers de cette monnaie électronique. Pour François Monier, directeur de la rédaction d'"Investir", invité de franceinfo, "elle pourrait éventuellement faire de l'ombre à nos monnaies traditionnelles".

Les pays du G7 "ont raison de s'inquiéter" du projet de la crypto-monnaie Libra, annoncée le 18 juin par Facebook et promise pour 2020, "parce que c'est une monnaie qui peut fonctionner", a affirmé François Monnier, le directeur de la rédaction d’Investir, vendredi 19 juillet, sur franceinfo.

franceinfo : la libra, c'est quoi exactement ?

François Monnier : Facebook nous promet la lune avec cette monnaie numérique. Il propose d'éviter des pièces, des billets et de faire des transferts sur son réseau aussi simplement qu'un échange de photos. Ce réseau est gigantesque parce que Facebook c'est 2,4 milliards d'utilisateurs chaque mois. Et si on rajoute Instagram et WhatsApp, on monte à 2,7 milliards. Ça fait beaucoup de monde.

Cette monnaie va s'adosser à un panier de valeurs. Pour déterminer cette valeur, il y aura du dollar, du yen, de l'euro et ça sera cette monnaie qui servira à faire des échanges sur son réseau. Elle pourrait éventuellement faire de l'ombre à nos monnaies traditionnelles qui sont émises par un banquier central. C'est ce que redoutent les grands argentiers qui se sont réunis à Chantilly.

Est-ce de l'argent réel ?

François Monnier : Ça servira comme de l'argent réel, ça remplacera l'argent réel. Il faudra transformer ses euros, ses dollars et ses yens. Cela veut dire que le modèle économique de Facebook est en train de changer et qu'il peut éventuellement remplacer une banque. Le Libra va servir à faire des échanges sur son réseau pour acheter de vraies marchandises.

Ce que propose Facebook de façon intelligente, c'est de dire, 'avec mon Libra, il y aura moins de volatilité parce qu'il va correspondre à une somme de monnaie et donc elle sera moins volatile'. Et la firme met l'accent sur cette notion de volatilité parce qu'il y a d'autres crypto-monnaies qui existent aujourd'hui, notamment le bitcoin qui a fait couler beaucoup d'encre.

Est-ce que les ministres des Finances du G7 ont raison de s'inquiéter ?

François Monnier : Ils ont raison de s'inquiéter parce que c'est une monnaie qui peut fonctionner. Bruno Le Maire, le ministre de l'Economie et des Finances, évoque le risque de blanchiment d'argent et le risque pour la protection des données, ce qui est vrai, mais il y a aussi un autre risque pour eux, c'est que cette monnaie fonctionne. Comment pourrait-elle fonctionner alors qu'aujourd'hui 75% des citoyens de la zone euro sont favorables à l'euro et les Américains sont fiers de leur devise, devenue une devise internationale ? Parce qu'aujourd'hui on a un système qui ne fonctionne pas très bien.

Notre économie va bien, mais la prise de sang est plutôt inquiétante. On a un tiers de la dette des États qui ont des rendements négatifs, cela veut dire que les États proposent d'émettre de la dette et de vous la vendre. Et au lieu de vous rémunérer avec des intérêts, c'est vous qui payez les intérêts aux États. C'est un système qui a priori n'est pas très sain par conséquent d'autres monnaies peuvent émerger parce qu'il y a un risque sur ces monnaies. On l'a vu pour le bitcoin, il est né en pleine crise au moment de Lehman Brothers. Quand il y a des tensions, des inquiétudes, c'est à ce moment-là que d'autres monnaies, d'autres projets alternatifs émergent.

Vous êtes à nouveau en ligne