Expédition punitive contre des Roms : "La Licra attend une reconnaissance des faits", et "des excuses" des jeunes

Le parvis du tribunal de grande instance de Bobigny en Seine-Saint-Denis. 
Le parvis du tribunal de grande instance de Bobigny en Seine-Saint-Denis.  (RÉMI BRANCATO / FRANCE-BLEU PARIS)

Deux jeunes sont jugés mercredi après avoir participé à une expédition punitive contre des membres de la communauté Rom en mars dernier. Ils les soupçonnaient d'avoir kidnappé des enfants, comme l'affirmait une rumeur sur les réseaux sociaux. 

Deux étudiants de 19 ans sont jugés mercredi 23 octobre au tribunal de Bobigny pour participation à un groupement en vue de commettre des violences contre des membres de la communauté Rom en Seine-Saint-Denis. Ils avaient mené une expédition punitive après une rumeur de kidnapping d'enfants propagée sur les réseaux sociaux en mars dernier. "La Licra attend une reconnaissance des faits et des excuses de la part de ces jeunes qui se sont livrés à des actes absolument insupportables", a déclaré mercredi sur franceinfo Yaël Scemama, avocate et membre de la commission juridique de la Licra, qui défend les victimes.

franceinfo : Qu'attendez-vous de cette audience ?

Yaël Scemama : La Licra attend une reconnaissance des faits, des excuses de la part de ces jeunes, qui se sont livrés à des actes absolument insupportables. Certains faits ont été très graves, ça a été très loin, des gens ont été très grièvement blessés, même s'ils n'ont pas porté plainte ou ne se sont pas constitués partie civile, par peur des représailles. On a eu dans les deux premiers procès des reconnaissances à mi-mot, des regrets à peine prononcés et aucune explication sur ce mouvement de haine qui les a animés.

Pour vous, ces violences sont-elles le signe d'un racisme banalisé envers les Roms ?

C'est un racisme profondément ancré, je ne sais pas s'il est banalisé. Il y a avant tout une méconnaissance certaine de la communauté Rom. Interrogés à la barre, ils sont incapables de dire ce qu'est la communauté Rom. Par contre, les clichés, les préjugés, sur la communauté Rom, vont bon train. D'une certaine manière, on a été assez étonnés de voir des profils assez similaires pour les trois procès qui ont eu lieu, qui ont réuni une quinzaine de protagonistes : des gens sans casier judiciaire pour la grande majorité, très jeunes, insérés, avec des boulots, des familles stables et une incompréhension parfaite de ces gestes.

Que peut-on faire contre la rumeur ?

Les paroles des jeunes prévenus à l'audience sont essentiellement concentrées sur ces réseaux sociaux, auxquels ils donnent une crédibilité hallucinante. Ce qui ressort de ces procès, c'est que ce qui est dit sur les réseaux sociaux est vrai, et si ce n'est pas complètement vrai, c'est certainement presque vrai et donc il faut se protéger par précaution. La Licra pense qu'il faut agir au niveau de l'éducation, en tout cas c'est là qu'elle agit, dans les collèges, les lycées, pour expliquer ce qu'est une rumeur, ce qu'est son fondement.

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