Ce que l'on sait des violences contre les Roms déclenchées par une rumeur sur les réseaux sociaux

Une femme est assise à l\'entrée du campement rom de Bobigny (Saint-Denis), le 21 juillet 2015.
Une femme est assise à l'entrée du campement rom de Bobigny (Saint-Denis), le 21 juillet 2015. (MARTIN BUREAU / AFP)

Des expéditions punitives ont été menées contre plusieurs camps habités par des communautés roms après la propagation d'une rumeur sur de possibles tentatives d'enlèvement. Il s'agit d'une légende urbaine tenace, régulièrement démentie par les autorités.

Il s'agit d'une rumeur démentie à de nombreuses reprises par les autorités. Une fausse information accusant des groupes de Roms d'avoir enlevé des enfants dans le cadre d'un trafic d'organes a pourtant déclenché plusieurs expéditions punitives, lundi 25 mars au soir, dans plusieurs villes d'Ile-de-France. La psychose est réelle, alimentée par les réseaux sociaux.

Que s'est-il passé lundi ?

• A Clichy-sous-Bois. Quelques habitants s'étaient rassemblés devant la mairie de Clichy-sous-Bois, lundi soir, pour réclamer le concours des autorités après des rumeurs d'enlèvements commis par des Roms. Une vingtaine d'individus, armés de bâtons, se sont ensuite introduits dans un pavillon squatté par des Roms. Ces derniers ont réussi à prendre la fuite et à se réfugier dans une grande surface à proximité. L'un des participants à cette expédition punitive a été rapidement interpellé par les effectifs de la BAC territoriale. Quatre autres individus ont ensuite été arrêtés dans le secteur par les policiers venus en renfort.

Au cours de l'intervention, deux policiers ont d'ailleurs été légèrement blessés et un véhicule administratif a été dégradé par un projectile. Peu après 21 heures, les 23 Roms, qui s'étaient réfugiés dans le magasin, ont regagné leur squat et ont souhaité se rendre à la Porte de la Chapelle à Paris pour y passer la nuit. Ils ont été escortés par les policiers. Les cinq mis en cause, dont deux mineurs, ont été placés en garde à vue.

• A Bobigny. A Bobigny, des faits similaires ont eu lieu vers 21 heures lundi. Une cinquantaine d'individus armés de couteaux et de bâtons ont menacé des Roms installés en bordure de la RN 3. Deux camionnettes leur appartenant ont été incendiées et un véhicule particulier, stationné à proximité, a été dégradé par propagation des flammes. Sept individus, dont deux Roms et un mineur, ont été interpellés par les policiers locaux et placés en garde à vue.

Toujours à Bobigny, mais plus tard dans la nuit, vers 1 heure du matin mardi, une nouvelle rixe a éclaté entre des Roms et une quinzaine d'individus. Ces derniers, qui avaient vu la rumeur circuler sur les réseaux sociaux, auraient suivi une camionnette jusqu'au campement. Les policiers ont interpellé huit des protagonistes, dont deux Roms. Ils étaient en possession de couteaux, de barres de fer, de bâtons, de pioches et de briques. Ces huit personnes ont été placées en garde à vue.

• Ailleurs. Enfin, des faits similaires ont été signalés au cours de la nuit à Aubervilliers, à Bondy et Noisy-le-Sec. Mais, cette fois, les individus avaient quitté les lieux avant l'arrivée des policiers. Un dispositif de sécurisation a été déployé sur le département pour éviter d'autres débordements. Plus largement, la préfecture de police a reçu de très nombreux appels pour signaler la présence d'individus avec des bâtons à proximité de campements de Roms.

D'où vient la rumeur ?

Les membres de la communauté rom francilienne vivent depuis dans la peur. Dans la nuit de mardi à mercredi, des tours de garde ont par exemple été mis en place à l'entrée du bidonville de Bobigny, rapporte Le Monde. Ces actes de violence font suite à de très nombreux messages et vidéos publiés sur les réseaux sociaux, notamment sur Facebook. La rumeur évoque des tentatives d'enlèvement d'enfants ou d'adolescents à bord d'une camionnette blanche, jaune ou rouge – les versions de cette fake news varient. La préfecture a déjà communiqué à plusieurs reprises pour indiquer qu'il s'agissait d'une fausse information. En vain.

Capture d\'écran d\'un tweet relayant la rumeur.
Capture d'écran d'un tweet relayant la rumeur. (TWITTER)

Les autorités ont par ailleurs indiqué à France 2 qu'un faux témoignage sur un enlèvement imaginaire a récemment été élucidé. "Deux enfants sont venus témoigner avec leurs parents pour témoigner d'une tentative d'enlèvement à deux reprises et la procédure initiée à cette occasion a démontré qu'ils avaient menti", explique François Léger, directeur territorial de la sécurité de proximité de Seine-Saint-Denis.

Le 16 mars dernier à Colombes (Hauts-de-Seine), déjà, une vingtaine de jeunes avaient ainsi pris à partie les occupants d'une camionnette blanche, selon une source policière. Les deux hommes, légèrement blessés, avaient réussi à s'extirper du véhicule pour se réfugier dans un hall d'immeuble. Les images de leur agression ont été largement relayées sur les réseaux sociaux, notamment sur Facebook, raconte LCI, qui a tenté de remonter le fil de la rumeur. Quelques jours plus tôt, une jeune femme s'était rendue au commissariat après avoir pris peur en voyant deux hommes dans une camionnette blanche, sans porter plainte. 

En novembre, le parquet de Versailles s'était déjà fendu d'un communiqué pour désamorcer des rumeurs d'enlèvements ou de tentatives d'enlèvements aux abords d'établissements scolaires des Yvelines. Le site CheckNews de Libération écrit que cette rumeur hante le web depuis plusieurs années et recense quelques exemples passés sur des psychoses collectives autour du mythe de la "camionnette blanche". En 2016, une rumeur similaire a notamment touché la commune de Saint-Egrève, près de Grenoble (Isère), rapportait France 3 Auvergne Rhône-Alpes.

>> Le vrai du faux. Quand une rumeur sur Facebook se transforme en chasse à l'homme

Comment réagissent les autorités ?

"La rumeur a enflé sur le fait qu'il y aurait des tentatives d'enlèvements à des fins de prostitution d'enfants et à des fins de trafic d'organes, explique à franceinfo Patrick Haddad, maire de Sarcelles. Il y a eu des vidéos partagées des centaines de fois. Au début, j'ai regardé cela avec un peu de stupeur et quand j'ai vu que cela s'amplifiait, que les habitants m'interpellaient, j'ai fait un communiqué publié sur la page Facebook de la ville." Ce texte a également été affiché dans les écoles afin de rassurer parents et élèves. Mais l'élu déplore un "complotisme local alimenté sur les réseaux sociaux".

Dès lundi, la préfecture a demandé sur Twitter de ne plus relayer la "fausse information" selon laquelle "une fourgonnette blanche circule entre les villes de Nanterre et Colombes pour enlever des jeunes femmes". En Seine-Saint-Denis, le commissaire de Clichy-sous-Bois/Montfermeil, David Moreira, avait même adressé un communiqué aux communes de son secteur, que certaines ont diffusé sur leur site internet, pour appeler à la "prudence car une certaine psychose commence à s'installer".

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