Pourquoi les fans de jeux vidéo sont à fond les manettes sur Twitch

Un stand de présentation de Twitch, le 13 août 2014 à Cologne (Allemagne).
Un stand de présentation de Twitch, le 13 août 2014 à Cologne (Allemagne). (RALPH GOLDMANN / PICTURE ALLIANCE / AFP)

Cette plateforme de streaming a été rachetée lundi par Amazon pour 734 millions d'euros. Francetv info a demandé aux adeptes de Twitch d'expliquer pourquoi ce site rencontre un tel succès.

C'est un peu le YouTube du jeu vidéo. La plateforme Twitch, qui permet de diffuser en direct - "streamer" - des parties jouées sur consoles ou PC, a été rachetée lundi 25 août par Amazon pour 734 millions d'euros. Chaque mois, 55 millions d'internautes se connectent sur cette plateforme lancée en 2011 pour regarder les meilleurs joueurs s'affronter sur League of Legends, Starcraft II ou Fifa 14.

Le principe est simple : sur la page d'accueil du site, l'internaute commence par choisir son jeu. Une liste de parties s'affichent et il n'a plus qu'à cliquer pour accéder à la vidéo, généralement composée de deux fenêtres : l'une où se déroule la partie, l'autre avec le visage du joueur en train de se filmer.

Capture d\'écran d\'une partie de League of Legends diffusée sur Twitch.
Capture d'écran d'une partie de League of Legends diffusée sur Twitch. (TWITCH / NARKUSS)

 

Pour comprendre le phénomène, francetv info a interrogé les principaux utilisateurs de Twitch, à savoir les "streamers" (ceux qui diffusent leurs parties de jeu vidéo), les "viewers" (ceux qui les regardent) et professionnels (ceux qui en vivent).

Pour le "viewer" : "C'est comme regarder un match de football à la télévision"

La plupart des utilisateurs de Twitch jouent aux jeux qu'ils regardent sur la plateforme. "Quand j’ai commencé League of Legends, j’ai eu envie de progresser donc j’ai regardé des streams", explique Zeti, 21 ans. Certains joueurs détaillent, en effet, point par point leurs actions et leurs techniques. "Je regarde souvent un Américain, Night Blue, pour me perfectionner. Il explique tout ce qu'il fait, c'est vraiment génial", confirme Hypijump, 20 ans.

D'autres viennent sur Twitch pour regarder leur Coupe du monde. "Au départ, je m'en servais juste pour regarder les grands tournois de League of Legends, raconte Vincent, un ancien utilisateur âgé de 20 ans. C'est comme regarder un match de football à la télévision, cela nous permet de suivre des événements à l'autre bout du monde. Je regardais ces vidéos plusieurs heures par semaine. Au lieu d'être devant la télé, j'étais devant Twitch."  Le site, et ses concurrents comme Dailymotion, permet même de diffuser des parties dans des "barcrafts", des bars dédiés aux jeux vidéos.

Mais la plateforme, qui bénéficie d'un catalogue impressionnant, ne sert pas seulement à peaufiner ses techniques manettes en mains. "C'est une manière de découvrir d'autres jeux qu'on ne connait pas, détaille Vincent. Cela m'a donné envie de jouer à Counter Strike et à Dota." Twitch est, en outre, disponible sur tous les supports, du smartphone aux tablettes. "Ils ont même un partenariat avec la société MSI, explique Hypijump. Quand on installe leur carte mère, on a une surcouche qui permet le streaming sur Twitch sans rien installer." 

Pour le "streamer" : "Je voulais partager nos connaissances, montrer ce qu'on savait faire"

Pour les joueurs aguerris, Twitch permet d'entretenir une communauté de fidèles. "Je me suis rendu compte que des personnes me suivaient, moi et mon équipe, raconte Narkuss, un joueur semi-professionnel de 24 ans. Je voulais partager nos connaissances, montrer ce qu'on savait faire, me sentir soutenu et encouragé, donc j’ai commencé à 'streamer'."

Capture d\'écran des jeux proposés par Twitch.
Capture d'écran des jeux proposés par Twitch. (TWITCH)

Sur Twitch, il est, en effet, possible de s'abonner à la chaîne de ses "streamers" préférés. Surtout, il est possible de poser des questions à ces derniers en temps réel via un chat, un peu comme si un fan de football demandait à Karim Benzema, durant un match ou un arrêt de jeu, comment il a réussi un geste technique. "On a la question sous les yeux, donc on peut y répondre directement", raconte Vincent, qui a "streamé" quelques parties. "Sur League of Legends, il y a beaucoup de temps morts. Souvent, j'en profite pour répondre aux questions, expliquer une action", détaille Narkuss.

Si d'autres plateformes sont utilisées par les joueurs professionnels, Twitch, mieux référencé, reste le meilleur moyen de séduire de nouveaux fans. "C'est de loin la plateforme la plus connue. C’est là qu’on gagne des nouveaux 'viewers'. Sur Dailymotion, ce ne sont que les gens qui vous connaissent", affirme Zeti, notre "viewer" devenu "streamer".

Pour les professionnels : "C'est ce qu'il manquait au joueur pour qu'il puisse vivre de son activité"

Chaque joueur a la possibilité de créer son style de jeu - avec ou sans musique, sérieux, amusant, pédagogue - et trouver son public. "Certains sont spécialisés dans le fait de 'rager' [se mettre en colère violemment quand ils perdent]. Les gens vont les voir pour ça", note Vincent. Et s'ils sont suffisamment bons ou originaux, ils peuvent se faire repérer par les professionnels. "C'est grâce à Twitch que je me suis fait connaître. De grosses structures comme Millenium m'ont contacté", se souvient Narkuss, qui exerce désormais ses talents sur la webtv de l'entreprise. 

Au fil des années, la plateforme est devenue un pilier de l'économie du sport électronique professionnel. Aujourd'hui, un joueur "vit de trois sources de revenus : son écurie, ses gains en tournoi et le streaming, détaille Cedric Page, le directeur de Gameo Consulting et fondateur de Millenium. Twich, c'est ce qu'il manquait aux joueurs pour qu'il puisse vivre de son activité." 

Sur la plateforme, le "streamer" est rémunéré de deux façons : un partage des revenus publicitaires avec le site - Narkuss touche, par exemple 4-5 euros par heure en moyenne -, s'il attire suffisamment de "viewers" sur sa chaine, et les dons de ces derniers. "Cela va de deux dollars jusqu’à plusieurs centaines pour certains d'entre eux", confie Cedric Page.

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