Doigt d'honneur, multinationales et éléphants : qui est Margrethe Vestager, la commissaire européenne qui fait trembler Apple ?

La commisaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, prend en photo les photographes et journalistes, le 16 avril 2015, à Washington (Etats-Unis). 
La commisaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, prend en photo les photographes et journalistes, le 16 avril 2015, à Washington (Etats-Unis).  (GARY CAMERON / REUTERS)

C'est celle qui est derrière l'amende record infligée à la marque à la pomme pour avoir bénéficié d'une fiscalité avantageuse en Irlande. Portrait de cette "dame de fer" danoise. 

Un majeur tendu accueille les visiteurs de son bureau bruxellois. Margrethe Vestager a conservé cette sculpture de doigt d'honneur, cadeau d'un syndicaliste mécontent, pour se rappeler que ses décisions ne feront jamais l'unanimité, raconte le Financial Times (en anglais). La commissaire européenne à la Concurrence en sait quelque chose. Depuis qu'elle a sommé Apple, mardi 30 août, de rembourser 13 milliards d'euros pour avoir profité d'une fiscalité trop avantageuse en Irlande, les Etats-Unis ont fait d'elle leur bête noire.

Il faut dire que depuis son arrivée en novembre 2014, cette Danoise de 48 ans n'hésite pas à s'attaquer aux multinationales, souvent américaines. Son travail : combattre les aides d'Etat illégales, les abus de position dominante et faire respecter les règles de la concurrence. Starbucks, Fiat, Google, Amazon ou encore Gazprom sont déjà passés sous les fourches caudines de cette grande femme (1m85) aux cheveux courts, surnommée "la dame de fer" de Bruxelles.

"La femme la plus puissante d'Europe"

Jusque-là, personne n'avait osé défier ces géants, pas même son prédécesseur Joaquin Almunia, plutôt adepte de la conciliation. Le changement est donc brutal. "Elle est une femme politique scandinave très pragmatique qui veut avancer sur les dossiers concrets qui parlent aux citoyens", explique le président de l'Autorité de la concurrence, Bruno Lasserre, au magazine Challenges.

Dès son arrivée, Margrethe Vestager a affiché son mot d'ordre : "Nous devons nous montrer aussi durs que peuvent l'être les entreprises." Résultat, Apple écope de l'amende la plus lourde de l'histoire de l'Europe et Google cumule pas moins de trois litiges différents avec la Commission européenne.

Ces cas étaient sur mon bureau depuis le premier jour de mon arrivée. Je me suis dit que si nous ne les faisions pas avancer, ils resteraient à jamais sur ce bureau.Margrethe Vestager, commissaire européenne à la Concurrenceau quotidien belge "L'Echo"

Sa pugnacité l'a propulsée au rang de "femme la plus puissante d'Europe", pour la presse étrangère. Sur Twitter, un compte parodique la représente même en viking antitrust. 

Capture d\'écran d\'un compte Twitter parodique de Margrethe Vestager. 
Capture d'écran d'un compte Twitter parodique de Margrethe Vestager.  (TWITTER)

Celle qui a inspiré l'héroïne principale de "Borgen"

Si Margrethe Vestager fait figure de nouvelle star de la Commission, la quadragénaire est loin d'être une novice dans son pays d'origine. "Au Danemark, c'est une personnalité de premier plan", souligne une journaliste danoise auprès du Monde. "Quand elle a quitté le pays pour la Commission, on l'appelait 'Queen Margrethe'", en référence à la vraie reine du pays Margrethe II. 

La carrière politique de Vestager commence tôt. A 29 ans, elle devient la plus jeune ministre du Danemark, à l'Education et aux Affaires ecclésiastiques. Diplômée d'économie, la centriste, fille de deux pasteurs luthériens, devient, en 2011, ministre de l'Economie et de l'Intérieur, avant de partir à Bruxelles en 2014.

Son ascension fulgurante a inspiré la série Borgen, une femme au pouvoir au scénariste danois Adam Price. On y suit la carrière politique et la vie de Birgitte Nyborg, Première ministre danoise. Pour son rôle, l'actrice Sidse Babett Knudsen a suivi Margrethe Vestager pendant une journée, lorsqu'elle était ministre de l'Economie, pour s'imprégner du fonctionnement de l'appareil politique, raconte le site EU Observer*.

Les similitudes entre les deux femmes sont nombreuses. Comme Birgitte Nyborg, Margrethe Vestager est mariée à un professeur de mathématiques. Elle a trois enfants, et elle a aussi dirigé un parti, en l'occurrence le Parti social-libéral danois (RV). Le réalisme de la série a d'ailleurs impressionné la commissaire.

En regardant la première saison et en observant les situations, je me suis dit plusieurs fois : mais comment savent-ils ?Margrethe Vestager, commissaire européenne à la Concurrenceau magazine "Challenges"

Pour certains, Margrethe Vestager aimerait pousser encore plus loin la ressemblance et devenir, à son tour, chef du gouvernement danois. 

Une fan de tricot à Bruxelles

En attendant, elle potasse ses dossiers, et "elle assure", affirment ceux qui la fréquentent, dans Le MondeAccessible et chaleureuse, la commissaire cultive aussi son côté sympathique, faisant d'elle un personnage "très populaire" dans les couloirs du siège de la Commission européenne. 

Sa passion pour le tricot n'est un secret pour personne. A Bruxelles, Margrethe Vestager transporte partout ses aiguilles et sa laine. Lors de ses moments de pause, la Danoise confectionne de petits éléphants, qu'elle offre parfois à des confrères. "Ils ne sont pas rancuniers, mais ils ont une très bonne mémoire", explique-t-elle dans un mot manuscrit rapporté par le New York Times (en anglais)

Thanks for following! Knitted this #twittelphant - want it? Make a likeable caption with photo - the most RT gets it @europeancommission) and @yarnbombingbruxelles

Une photo publiée par Margrethe Vestager (@vestager) le

Difficile de lire des critiques sur la commissaire européenne à la Concurrence. Les articles la concernant vantent tous sa capacité de travail et sa connaissance parfaite des sujets qu'elle traite. Attaquée par les Etats-Unis, elle assure ne pas cibler un pays en particulier, mais "des comportements". Et ses combats ne l'empêchent pas de surfer sur Google ou d'avoir un iPhone. "Certaines personnes disent qu'elle peut être arrogante", souligne tout de même un journaliste danois sur Atlantico. Mais c'est "souvent le cas avec des personnalités si fortes que cela".