Appel au viol de Rokhaya Diallo : pourquoi Twitter garde le silence

Un militant UMP a déclenché un tollé après avoir publié des messages jugés racistes, le 24 août 2012, sur Twitter.
Un militant UMP a déclenché un tollé après avoir publié des messages jugés racistes, le 24 août 2012, sur Twitter. (EYEPRESS NEWS / AFP)

La firme refuse de dévoiler l'identité de celui qui a tweeté ces propos haineux. Via d'autres affaires, francetv info analyse la position du réseau social.

"C'est officiel @Twitter refuse de communiquer l'identité de la personne qui a appelé publiquement à mon viol à mon avocat Me Grossmann", a indiqué vendredi 21 juin l'auteure Rokhaya Diallo, sur ce même réseau social. 

Huit mois après l'affaire des tweets antisémites rassemblés sous le mot clé #Unbonjuif, cette nouvelle affaire met en lumière la difficulté à maîtriser les appels à la haine et les propos condamnables sur les réseaux sociaux.

Francetv info revient sur les différentes tentatives de faire plier le site.

Pourquoi Rokhaya Diallo porte plainte ? 

L'auteure et militante antiraciste Rokhaya Diallo a reçu dans la nuit du vendredi 14 au samedi 15 juin un tweet d'un certain flnm93 appelant à son viol. Le compte a été fermé. Par le biais de son avocat, Rokhaya Diallo a demandé à la firme américaine, que soit dévoilée l'identité de " flnm93". En vain.

La militante a donc réaffirmé, vendredi sur Twitter, son intention de porter plainte contre X. Seule une décision de justice peut contraindre le groupe, en théorie, à donner ces informations. 

Existe-t-il des précédents ? 

Le 12 juin, Twitter a été débouté par la cour d'appel de Paris, qui a confirmé son obligation de communiquer à cinq associations de défense des droits de l'homme les informations concernant les auteurs de tweets racistes ou antisémites. Là encore, il était question d'appels haineux, diffusés en octobre 2012 sous les mots clés #unbonjuif et #unjuifmort.

Fin janvier, le tribunal de grande instance (TGI) de Paris avait déjà enjoint à Twitter de communiquer aux associations "les données en sa possession de nature à permettre l'identification de quiconque a contribué à la création de tweets manifestement illicites". En réponse, le réseau social avait assuré qu'il délivrerait les informations sous certaines conditions, notamment la délivrance d'une commission rogatoire internationale. 

Ce refus de se plier à la législation française dépasse le cas des incitations à la haine. En mai, le site Village-Justice.com revenait sur le cas d'une plainte déposée en France pour usurpation d'identité sur le réseau social. "Si la société Twitter a spontanément supprimé le faux profil, elle a par contre refusé de communiquer à la victime l’identité de l’usurpateur", écrivait-il. 

Quelle est la stratégie de Twitter ?

Pour l'avocat de l'Union des unions juifs de France, Twitter joue ainsi la montre : "Dans les mois qui viennent, toute possibilité de poursuites disparaîtra parce que les faits seront prescrits. Si j'ai les données après le mois d'octobre, les faits seront prescrits", explique-t-il.  

"Nous n'arrêterons pas là nos poursuites et retrouverons en septembre le PDG de Twitter devant un tribunal pénal", a indiqué dans une tribune de L'Express, Jonathan Hayoun, président de l'Union des étudiants juifs de France. 

La sécurité nationale, une exception ? 

L'attitude du réseau social n'est pas une surprise. Alors que la communication des données personnelles par les géants du net est activement critiquée depuis le scandale d'espionnage sur internet révélé par Edward Snowden, Twitter défend farouchement les informations qu'il détient sur ses utilisatieurs. Le groupe protège notamment leur vie privée face aux requêtes des autorités, rapportait en mai une étude de l'ONG américaine pour la protection des consommateurs EFF, citée par le site spécialisé Clubic.com

Pourtant, un appel au meurtre sur Twitter a déjà donné lieu à une condamnation. C'était aux Etats-Unis, en septembre 2012. Donte Jamas Sims, 21 ans, avait menacé de tuer le président des Etats-Unis. Cependant, le réseau social n'avait pas changé de posture. CNN avait alors rapporté que l'identité de l'internaute n'avait pas été dévoilé par Twitter, mais par un agent des services de renseignements américain. 

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