VIDEO. Entrepôt Amazon dans le Gard : des élus visés par une plainte pour prise illégale d’intérêts

Amazon compte installer un de ses vastes entrepôts dans le village de Fournès (Gard), sur d’anciens terrains agricoles. Certains élus locaux qui ont validé le projet, vendent eux-mêmes des terrains dans ce cadre. Un tel mélange des genres est-il légal ?

Dans le Gard, des élus locaux semblent avoir bien retenu les règles d’un célèbre jeu de société. Ils ont validé la construction d’un entrepôt Amazon… mais pas n’importe où ! Sur leur terrain, ou ceux de leur famille. Une bonne affaire, mais est-elle compatible avec un mandat d’élu ?  

Des milliards de colis chaque année : le géant du commerce en ligne Amazon n’en finit pas de développer son réseau en France. Près du Pont du Gard, un nouvel entrepôt devrait bientôt voir le jour, idéalement placé au bord de l’autoroute : un bâtiment de 5 étages, destiné à trier les colis, sur l’équivalent de 5 terrains de football.  

Mais le projet n’est pas vu d’un bon œil par certains riverains, comme Gérard Tornay. Il a découvert avec surprise à qui appartenaient les terrains du futur entrepôt : « à un élu de la commune, le premier adjoint, aux oncles de madame le maire et au frère d’une conseillère municipale. »  

Potentiellement 1 million d’euros à partager entre un adjoint et les proches des élus  

Sur l’emprise de l’entrepôt, 5 hectares de terrain sont détenus par des particuliers… dont plus de 4 hectares de vignes appartenant aux élus locaux et leur famille. Avec le projet d’Amazon, le prix de ces terres au mètre carré a flambé : 4 à 20 fois les prix pratiqués dans la zone. Selon nos estimations, l’adjoint au maire, le frère d’une élue, et les deux oncles de la maire en personne pourraient ainsi se partager autour d’1 million d’euros.  

Est-ce un projet d’intérêt général par rapport à l’emploi, ou plutôt une spéculation foncière immobilière pour permettre à des gens au fait d’un projet de pouvoir en tirer un maximum d’argent ?

Gérard Tornay - Habitant de Fournès (Gard), association ADERE

à France 2

Certains habitants ont déposé plainte pour prise illégale d’intérêt. Car la maire et son adjoint ont soutenu le projet d’entrepôt : ils ont voté plusieurs délibérations, modifiant notamment le plan local d’urbanisme, et rendant possible la vente des terrains.  

"Les délibérations sont entachées d'illégalité"

La maire Christelle Hinque, qui ne se représente pas, et les autres élus concernés démentent tout calcul opportuniste, et rappellent que le projet d’Amazon n’est pas le premier sur ces terrains. « Quand vous avez un projet qui vous porte sur la table des emplois et des ressources fiscales, où est ce que vous voyez le conflit d’intérêt ? Il faut être tordu pour imaginer qu’on s’investit dans une commune pour faire gagner de l’argent à ses parents ! » tempête la maire.  

Mais pour la préfecture du Gard, aucun doute : les élus intéressés au projet n’auraient pas dû participer aux 9 délibérations qui ont rendu possible le projet d’Amazon : “S’il y a un lien de parenté entre les propriétaires de parcelles et des conseillers municipaux ayant participé aux débats, les délibérations sont entachées d’illégalité,” écrit le préfet dans un courrier de juillet 2019.  

Le conseil municipal a depuis annulé et revoté à l’identique toutes ces délibérations, sans les élus intéressés à la vente des terres. Le Parquet a ouvert une enquête. Quant aux travaux, ils sont suspendus en attendant l’issue de recours administratifs. Bref, l’entrepôt d’Amazon ne risque pas d’être livré dans les temps. 

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