Une enquête s'ouvre sur l'attaque qui avait tué dix Français en Afghanistan en 2008

Le 21 août 2008, des militaires portent les dépouilles des 10 soldats français morts dans une embuscade à Uzbin, en Afghanistan, lors d\'une cérémonie aux Invalides à Paris. 
Le 21 août 2008, des militaires portent les dépouilles des 10 soldats français morts dans une embuscade à Uzbin, en Afghanistan, lors d'une cérémonie aux Invalides à Paris.  (MICHEL EULER / AFP)

La cour d'appel a annoncé lundi l'ouverture d'une enquête sur l'embuscade qui avait tué 10 soldats français à l'été 2008, malgré les réticences du parquet.

Que s'est-il vraiment passé le 18 août 2008, à Uzbin, en Afghanistan ? Trois ans et demi après les faits, la cour d'appel de Paris a autorisé lundi 30 janvier un juge d'instruction à enquêter sur l'attaque qui a coûté la vie à dix militaires français.

Le 18 août 2008, neufs soldats français ont péri dans cette embuscade tendue par les insurgés talibans à l'est de Kaboul. Un dixième a été tué lors du retournement de son véhicule pendant une "opération de récupération des blessés".

"Par l'intermédiaire du procureur, l'Etat a tout fait pour que cette instruction ne soit pas ouverte," a déclaré Gilbert Collard, avocat de la famille d'un soldat tué. En mars 2011, le juge d'instruction Frédéric Digne, saisi de plaintes avec constitution partie civile déposées par des proches des militaires tués, avait décidé d'ouvrir une enquête. Les familles estimaient en effet que les soldats avaient été victimes d'un "manque de moyens évident" et que "certains officiers n'avaient pas été à la hauteur de leur mission". Mais le parquet, comme le rappelle Le Point.fravait fait appelLequel vient d'être rejeté par la chambre d'instruction de la cour d'appel.

Une faute pénale imputée à l'armée ?

La procédure fait suite à une plainte de familles de victimes, dont huit sont parties civiles. Le parquet, qui avait rejeté une première plainte en 2009 et pense qu'il n'est pas possible d'imputer une faute pénale à l'armée en cas de décès de soldats au combat, peut encore se pourvoir en cassation.

L'Etat-major français s'était inquiété de cette possible décision judiciaire, car selon lui les morts au combat français ne peuvent être vues comme les victimes d'un quelconque délit des autorités.

"Envoyés à la mort"

"Il aura fallu se battre mais on va enfin savoir comment ces jeunes soldats sont morts, comment ils ont été sacrifiés", s'est félicité l'avocat. Il a d'ores et déjà annoncé qu'il allait demander l'audition de témoins et la déclassification d'un rapport établi sur cette embuscade.

"On n'a jamais dit qu'un militaire, quand il endossait un uniforme, n'endossait pas sa mort possible, développe Gilbert Collard. En revanche, on a toujours dit qu'on n'avait pas le droit d'envoyer des soldats à la mort sans leur donner les moyens de se défendre, sans leur donner les moyens d'échapper à un guet-apens construit par la négligence, par le laxisme de la hiérarchie". 

Cette décision de la cour d'appel était redoutée par l'armée qui craint une multiplication des plaintes liées à la conduite des opérations.

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