Un village de Haute-Savoie privé d'internet depuis juin : "La situation est gravissime"

Une vue du centre du village de Saint-Gingolph (Haute-Savoie).
Une vue du centre du village de Saint-Gingolph (Haute-Savoie). (GOOGLE STREET VIEW)

La maire et les habitants de cette commune frontalière avec la Suisse tirent la sonnette d'alarme.  

Les habitants de Saint-Gingolph (Haute-Savoie) s'arrachent les cheveux. Depuis le mois de juin, voilà que ce joli village de 800 âmes, flanqué entre les Alpes et le lac Léman, est coupé d'internet, selon la maire de la commune frontalière, Géraldine Pflieger. Face à une situation qui n'évolue pas en dépit des appels à l'aide, l'édile appelle ses administrés à manifester leur colère devant la mairie, samedi 12 septembre à 14 heures.

"Cela fait deux ou trois ans que la connexion s'est dégradée, mais il y a un an, je pouvais encore envoyer des e-mails, là je ne peux plus, à moins de le faire la nuit, témoigne l'élue auprès de francetv info. Depuis le mois de juin, on a des coupures très très longues d'internet", au point qu'il soit souvent impossible de se connecter. En cause, selon l'élue, une connexion bridée à 2 mégaoctets il y a quelques années par l'opérateur historique, Orange. "C'était pour permettre à chacun de se connecter via le seul fil de cuivre qui nous relie à internet. Mais avec le développement des usages, ça tire de plus en plus, et là, ça pète."

"Je paie pour rien"

Les abonnés continuent pourtant à "payer plein pot", relève la maire. Pour les commerçants du village, la moindre opération bancaire se transforme en cauchemar. La majeure partie du temps, dans l'unique supermarché de la commune, les terminaux de paiement électronique ne fonctionnent pas. "Quand les clients n'ont que la carte pour payer, il arrive qu'ils repartent en laissant les produits", assure la gérante, jointe par francetv info.

A la pharmacie, le vieux terminal, qui fonctionne avec une ligne téléphonique classique, sauve souvent la mise. Et quand un médicament n'est pas disponible, le client laisse ses coordonnées, le temps pour les employés de se connecter aux sites des grossistes.

C'est très compliqué de travailler avec une connexion digne de Cuba !Le pharmacien de Saint-Gingolph

Louise Castellazzi, qui tient une boutique de robes de mariée, a une petite clientèle qui vient de Suisse. "Pour leur faire bénéficier de la détaxe (8% de TVA au lieu de 19,6%), je dois leur imprimer un code-barre, disponible sur internet, pour les douanes. Je le fais depuis chez moi, le soir", raconte-t-elle. Dans son magasin, elle une connexion Orange pour son terminal de paiement, et une connexion Free pour le téléphone via internet. "Je paie pour rien car il ne fonctionne pas. Heureusement que je n'habite pas ici, sinon je pleurerais tous les jours", souffle-t-elle.

Un webmaster obligé d'aller travailler en Suisse

"L'été a été très compliqué, reprend la maire. Notamment pour les hôtels." La gérante de l'hôtel National confirme : "Le téléphone n'a quasiment pas sonné en juillet et août." Sa box Free ne fonctionne pas. "Et quand le téléphone, par miracle, sonne, les gens pensent qu'on leur raccroche au nez ou j'entends un mot sur deux", ajoute la patronne, dans une conversation téléphonique hachée avec francetv info. Quant à ses réservations en ligne, elle parvient une fois sur deux à se connecter à l'intranet du site Booking.

Quand certains ont fait d'internet leur métier, c'est encore plus compliqué. Un des conseillers municipaux, webmaster en télétravail, a dû aller travailler à la Fnac en Suisse pour subvenir à ses besoins. "La situation est gravissime", s'inquiète Géraldine Pflieger.

On est parmi la petite dizaine de villages les pires de France en termes d'accès à internet.La maire de Saint-Gingolph

Selon Géraldine Pflieger, Orange a proposé deux solutions : une connexion hertzienne via des pylônes installés de l'autre côté de la frontière, en Suisse, ou l'installation d'une fibre optique aérienne sur des poteaux le long de la voie ferrée (option préférée par Saint-Gingolph). "Mais aucune de ces solutions n'est mise en œuvre !" s'agace la maire. Comme l'indique Le Dauphiné libéré, à défaut d'un retour rapide de l'opérateur, la manifestation de samedi pourrait être suivie d'un appel au boycott du paiement des factures.

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