Remaniement : qui peut prendre la place de Jean-Marc Ayrault ?

Jean-Marc Ayrault, le Premier ministre, lors des questions à l\'Assemblée nationale, le 12 novembre 2013, à Paris.
Jean-Marc Ayrault, le Premier ministre, lors des questions à l'Assemblée nationale, le 12 novembre 2013, à Paris. (BERTRAND GUAY / AFP)

Francetv info dresse la liste des prétendants à Matignon les mieux placés.

Parmi les solutions qui s'offrent à François Hollande face à la grogne sociale et fiscale, opérer un changement de Premier ministre n'était jusqu'ici qu'une possibilité évoquée en sourdine dans la majorité. Mais Malek Boutih a brisé le silence en déclarant, lundi 11 novembre, qu'"il faut remplacer Jean-Marc Ayrault d’urgence". Même s'il est tancé par ses collègues socialistes, le député PS de l'Essonne a donné de l'épaisseur à l'hypothèse d'un remaniement. Hypothèse à laquelle souscrivent près des deux tiers des Français, selon un sondage LH2-Le Nouvel Obs. Francetv info détaille les ambitions et les chances de réussite des plus sérieux prétendants au poste.

Martine Aubry : le recours à gauche

Est-elle candidate ? En mai 2012, Martine Aubry avait refusé d'entrer au gouvernement, ne se voyant pas travailler sous la tutelle de Jean-Marc Ayrault. Question d'envergure. En cas d'éviction de l'actuel Premier ministre, la candidature de l'ex-première secrétaire du PS, deuxième des primaires socialistes pour la présidentielle en 2011, s'avère évidente. D'autant qu'elle a enterré la hache de guerre avec François Hollande, son ancien adversaire au PS, comme le détaille Le JDD. D'après Le Figaro, les proches de la maire de Lille, baptisés "les constructeurs", se réunissent régulièrement pour travailler à son retour au premier plan national. 

Ses chances d'arriver à Matignon : fortes. En misant sur Martine Aubry, François Hollande couperait l'herbe sous le pied des mécontents qui réclament un virage social. Elle est d'ailleurs la favorite chez les sympathisants de gauche, d'après le sondage LH2 publié le 13 novembre. "Ses qualités de rigueur et de sérieux, sa gestion d'une mairie ancrée à gauche la rendent populaire chez son électorat traditionnel", confirme Frédéric Dabi, directeur adjoint de l'Ifop.

En revanche, d'après la même étude, elle continue à créer le rejet à droite. Seuls 4% des sympathisants UMP souhaitent voir "la dame des 35 heures" à Matignon, dans une récente étude de l'Ifop. Une perspective risquée dans un contexte de contestation musclée venue de la droite et de l'extrême droite.

Pour le chef de l'Etat, cette candidature s'avérerait également périlleuse. Comme l'explique le politologue Thomas Guénolé sur Atlantico, l'arrivée à Matignon de son ancienne rivale "produirait probablement une 'cohabitation à gauche' difficile pour François Hollande", comparable au duel Mitterrand-Rocard en 1988.

Manuel Valls : l'ambitieux champion des sondages

Est-il candidat ? Cité comme possible remplaçant à Matignon par Malek Boutih, Manuel Valls a contourné l'obstacle : "Ce n'est pas le sujet, comment voulez-vous que je réponde à une telle question ?", a rétorqué le ministre de l'Intérieur. Pourtant, le champion des sondages n'a pas toujours évité la question. En juin, il déclarait ainsi : "Si demain on me proposait d'autres responsabilités, je les assumerais, bien évidemment".

Même s'il s'en défend, mettant fréquemment en avant sa "loyauté" envers le président et le Premier ministre, Manuel Valls travaille à sa promotion. Espérant un remaniement rapide, il entretient sa popularité, se montrant très discret par exemple dans la crise bretonne pour en éviter les dégâts collatéraux, selon Les Echos.

Ses chances d'arriver à Matignon : fortes. Céder aux sirènes de la popularité pourrait être salvateur pour l'exécutif. Manuel Valls nommé à Matignon, ce serait l'assurance de voir les critiques faiblir à droite : 51% des électeurs UMP le voient bien Premier ministre selon le sondage LH2. Expert en communication, il pourrait faire remonter la cote de popularité du gouvernement, et de la gauche en général.

Mais s'il est efficace à court terme, ce choix n'est pas une garantie de réussite. Comme l'explique 20 minutes, Manuel Valls est à l'aise sur les sujets régaliens, comme la sécurité et la justice, mais il pourrait peiner sur les questions sociales. La récente polémique qui a accompagné ses propos sur les Roms laisse craindre de futurs accrocs dans la majorité.

Laurent Fabius : le choix de l'expérience

Est-il candidat ? En ces périodes de forts remous, l'idée d'installer un capitaine rompu à la haute mer paraît la solution adéquate. Et Laurent Fabius, ancien Premier ministre de François Mitterrand, a le profil. Il a d'ailleurs déjà considéré qu'il avait plus d'envergure que Jean-Marc Ayrault. Le 16 mai 2012, il avait salué la nomination du maire de Nantes à Matignon en préférant citer ses "atouts" plutôt que ses qualités : "D'abord, il a été un excellent maire de Nantes. Deuxièmement, il connaît admirablement le Parlement. Troisièmement, il a toute la confiance de François Hollande."

Ses chances d'arriver à Matignon : faibles. Par le passé, Laurent Fabius s'est fendu de phrases acerbes visant François Hollande, comparé à "un éléphant caché derrière une fraise des bois"Aujourd'hui, le schéma a changé. Depuis que François Hollande a été désigné candidat du PS, les deux hommes ont conclu un pacte de paix. Suffisant pour constituer un tandem solide ? Pas pour Philippe Braud, politologue au Centre de recherches politiques de Sciences Po, interrogé par francetv info. D'après lui, "installer un poids lourd à Matignon, pour Hollande, c'est risquer de se retrouver dans l'ombre". Il ajoute qu'"avoir de l'expérience n'est pas forcément un avantage. Car le poids lourd, on le connaît déjà, il n'est pas synonyme de souffle nouveau."

Claude Bartolone : le "coup d'Etat parlementaire"

Est-il candidat ? "Matignon, moi, jamais !", assurait Claude Bartolone en avril dernier à un député, d'après Les Echos. Pourtant, le président de l'Assemblée nationale venait de s'opposer frontalement au chef du gouvernement sur la question de la publication du patrimoine des élus, appelant à "revenir sur le terrain économique et social". On le soupçonne alors de vouloir incarner "une autre voie", ce que l'intéressé nie d'après Le JDD. Pourtant, le numéro 4 de l'Etat entretient ses réseaux et reçoit beaucoup à l'hôtel de Lassay, notamment des économistes et des ministres, comme l'explique Le Monde.

Ses chances d'arriver à Matignon : faibles. "Il est en situation d'opérer un 'coup d'Etat parlementaire', expose Philippe Braud. Si les députés se détournent de Hollande, Claude Bartolone, très populaire à l'Assemblée, pourrait obliger le président à le nommer Premier ministre, pour conserver une majorité parlementaire."

Un pari trop risqué pour François Hollande, dont le pouvoir serait "circonscrit", d'autant que Claude Bartolone, soutien historique de Laurent Fabius et de Martine Aubry, n'a jamais été proche du président. "Ses chances de réussite sont en baisse, ajoute Philippe Braud. En ce moment, la balance penche plus en faveur de ceux qui affirment leur loyauté, contrairement à Bartolone, qui est dans la critique frontale."

Un invité surprise ?

Comme Jacques Chirac qui a nommé Jean-Pierre Raffarin en 2002, François Hollande pourrait être tenté par un choix inattendu. On pense au ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, proche du président, et consulté sur la gestion de la crise en Bretagne. Bernard Cazeneuve, ministre du Budget, apprécié par le président, est lui aussi "un ministre qui compte", selon Le Nouvel Obs. Autre choix possible dans son cercle rapproché : l'ami proche, Michel Sapin, ministre du Travail, qui a tout pour former un tandem soudé avec François Hollande. Mais son caractère conciliant trancherait peu avec celui de Jean-Marc Ayrault.

Le prétendant le plus improbable reste Ségolène Royal. La présidente de la région Poitou-Charentes intervient souvent dans le débat public pour commenter l'actualité gouvernementale, ou pour se faire photographier en symbole national. Des efforts probablement insuffisants pour convaincre François Hollande de nommer son ex-compagne à Matignon, d'autant que les Français y sont opposés à 57%