Règlements de comptes au Front national de Moselle

Florian Philippot, le numéro deux du FN, dans son bureau à Nanterre (Hauts-de-Seine) le 4 janvier 2013.
Florian Philippot, le numéro deux du FN, dans son bureau à Nanterre (Hauts-de-Seine) le 4 janvier 2013. (ERIC BAUDET / SIPA)

Elus et militants locaux tombent à bras raccourcis sur Florian Philippot, numéro 2 du FN et parachuté dans la région. Ils déplorent un discours "trop light". 

Mais que se passe-t-il au FN de Moselle ? Marine Le Pen a dépêché, mercredi 13 mars, Marie-Christine Arnautu et Wallerand de Saint-Just pour "réaliser un audit""écouter" ce que les frontistes mosellans "ont sur le cœur", et étouffer la colère qui gronde depuis quelques semaines déjà. Ils ont loué un petit bureau dans un hôtel de Metz où ils doivent recueillir les doléances. 

"Un audit ?! Mais ils se foutent de notre gueule, c’est largement trop tard, on les a sollicités depuis tellement longtemps", s'étouffe un militant Front national de Moselle contacté par francetv info. "C'est une mascarade, ils essayent de remettre dans le droit chemin les rares qui restent, ils vont les prendre un par un, c'est digne de la Stasi", s'agace un autre, qui n'a pas été invité à donner son avis. En jeu, l'implantation du numéro 2 du parti, Florian Philippot, dans la région. Francetv info revient sur ce qui secoue le Front national.

A l'origine : limogeage et démissions d'élus locaux

Au départ du malaise en Moselle, le grand ménage mené par Paris dans l'organigramme. Lundi 11 mars, deux élus mosellans, Alain Friderich et Cassandre Fristot, étaient convoqués devant la commission des conflits au siège du Front national. Officiellement, une histoire de frais de campagne non-remboursés. Officieusement, "ils essaient de nous imposer la clique de Florian Philippot", le bras droit de Marine Le Pen, décrypte un membre de la section locale.

Tous pointent l'exemple de Philippe Armand, assistant du groupe FN au conseil régional et dont le contrat n'est pas renouvelé. A sa place, le parti pousse Arnaud Menu, membre du Bloc identitaire et censé préparer le terrain pour la campagne municipale du numéro 2 du FN à Forbach"Ça ne nous a pas plu, on nous l'a imposé, le Menu, alors que moi, en tant que secrétaire de section, j’avais fait le ménage des identitaires et autres crânes rasés", confirme Jean-Luc Manoury, vice-président du groupe et responsable départemental.

Pour protester, trois conseillers régionaux démissionnent : Christiane Buttier, Chantal Odile et Yves Gelszinnis"Ça tombe bien parce que Marine et moi, ça faisait des années qu’on trouvait qu’ils traînaient […] alors vaut mieux qu’ils partent d’eux-mêmes", rétorque Philippot au micro de France Bleu. Il parle même de "branches mortes". Ambiance. 

Au cœur du problème : le parachutage raté de "Monsieur-Je-Sais-Tout"

"L’énarque", "Monsieur-Je-Sais-Tout", "le technocrate". Les surnoms persifleurs ne manquent pas. Les frontistes mosellans, élus comme militants, dénoncent en chœur  "l'arrogance", "l'incompétence", "le mépris", "l'outrecuidance" ou, au mieux, la "maladresse" de Florian Philippot, que le Front a parachuté dans la région aux dernières législatives. "Il parle des choses de grandes écoles, l'euro, l'Europe, les frontières", détaille le démissionnaire Yves Gelszinnis. Et d'ajouter : "Sur le terrain, il amène ses bonshommes, son staff comme on dit, et il se fout des gens qui sont sur place." "Il ne m'a même pas rencontré, il s’implante comme ça mais ne sollicite pas les élus locaux", déplore un autre.

"C'est un arriviste, on voit bien qu’il a fait des grandes études il est hautain, il nous snobe, il sait pas parler un mot de patois", corrobore un "militant de base écœuré", qui a participé à sa campagne en juin 2012. Frontiste depuis vingt-sept ans, ce quadragénaire au fort accent lorrain n'a pas renouvelé sa carte cette année.

"Il ramène tout à sa petite personne, dit 'j’ai fait 47% aux législatives' sur RTL et ça, ça me fait bondir au plafond ! C'est le FN qui a fait un bon score, pas lui, qui arrive avec sa copine algérienne même pas française, ses homosexuels bien efféminés et qui vient nous parler de préférence nationale sur les terres d'anciens mineurs", abonde un responsable local sous couvert d’anonymat, car consigne est passée de ne pas s’exprimer.

Thierry Gourlot, patron de la fédération mosellane, tente de minimiser : "C'est un épiphénomène, une petite perturbation." Mais il reconnaît un "problème de relationnel". "Jalousie", balaie quant à lui Wallerand de Saint-Just, membre historique du bureau national du Front national.

Dans le fond : un FN pas assez sur "les fondamentaux"

Mais le mécontentement semble plus profond. "Il y a une gestion libérale à l'américaine, et je crois qu'à faire partir des gens qui étaient là depuis vingt-sept ans, on va dans le mur", reconnaît l'un des responsables locaux. "Quand on avait un problème comme ça, on avait directement Jean-Marie Le Pen au téléphone et là, la nouvelle direction, ce n'est pas du tout son créneau", note-t-il.

"Philippot est symptomatique de la transformation du FN depuis quelques années, et notamment depuis l’élection de Marine Le Pen à la présidence", balance Alain Friderich, ancien suppléant du numéro 2 frontiste aux législatives, qui explique que "la plupart des convictions propres au Front ne sont plus présentes." "Il parle tout le temps d'économie, sans aucune pédagogie, et des frontières... mais c'est de la politique politicienne comme savent le faire l'UMP et le PS", souligne-t-il. Et d'inventer l'imprononçable nom de "FNUMPS" pour désigner le parti en l'état actuel.

"Il ne faut pas un FN trop light, on a trop parlé de la sortie de l'euro, il faut revenir aux fondamentaux : lutte contre l’islam, contre l’immigration, contre la délinquance essentiellement d’origine maghrébine", martèle un autre frontiste du cru. "C'est justement cet élargissement qu'il a apporté au FN. Quand on est un parti de gouvernement, il faut avoir réponse à tout", tempère Thierry Gourlot.

"Marine Le Pen et les personnes qui l'entourent prennent les problèmes actuels des Français à bras le corps, explique Wallerand de Saint-Just. Nous nous appuyons sur les préoccupations qui ressortent des sondages, c'est-à-dire les impôts et l'insécurité. C'est vrai que le reste, nous l'avons un peu abandonné." En attendant, "on va rentrer dans le dur, on va voir si on est des branches mortes", menace un militant FN. Tandis qu'un élu paraphrase Jean-Marie Le Pen : "Les numéros 2, les dauphins, sont faits pour s'échouer un jour."  

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