Que se cache-t-il derrière l'affiche de campagne de Nicolas Sarkozy ?

François Jost, professeur à la Sorbonne Nouvelle-Paris III, dirige le Centre d'études sur l'image et le son médiatiques. Il décrypte pour FTVi la communication du président de la République en campagne.

Un léger sourire, un regard tourné vers l'horizon sur un fond de mer calme. Et un slogan affirmé en lettres blanches et en majuscules "La France forte". L'affiche de campagne de Nicolas Sarkozy, dévoilée dans la soirée du mercredi 15 février, dans la foulée de sa déclaration de candidature pour un second mandat à l'Elysée, ne laisse pas indifférent. En à peine 24 heures, de nombreuses parodies ont été réalisées par des internautes. Un site, maFranceforte.com, créé par les Jeunes Socialistes, propose même un générateur d'affiches. 

Quels messages se cachent derrière cette image du candidat Sarkozy ? François Jost, professeur à la Sorbonne Nouvelle-Paris III et directeur du Centre d'études sur l'image et le son médiatiques, décrypte pour FTVi la communication du président de la République en campagne.

(FTVI)
1. Le regard

Il est tourné vers l'horizon, fixe et insaisisable à la fois. François Jost y voit un choix "un petit peu curieux" et pointe une contradiction avec sa déclaration de candidature mercredi soir sur TF1. Le président de la République a raillé sans le citer le candidat socialiste, François Hollande : "J’en ai vu, dans ma longue carrière politique, des hommes politiques qui promettaient le rêve. Ça se termine toujours en cauchemar." Mais selon François Jost, "il y a quelque chose d'un petit peu rêveur, qui n'est pas totalement déterminé" dans ce regard. "Il donne l'impression d'être plus dans la réflexion intérieure quand la détermination véritable".

(DR)
Pourquoi ne regarde-t-il pas l'objectif du photographe et donc les électeurs dans les yeux ? "C'est une façon de dire qu'il n'incarne pas une France forte, mais 'LA' France forte", explique François Jost. "S'il avait regardé les électeurs, ça aurait eu une valeur d'injonction. Ça aurait voulu dire 'Il faut une France forte'", le slogan utilisé par Valéry Giscard d'Estaing en 1981 lorsqu'il briguait un second mandat. Sur ses affiches, VGE regardait d'ailleurs les électeurs dans les yeux. "Dans le cas de Sarkozy, l'affiche ne suggère pas qu'il nous faut une France forte, mais qu'elle est incarnée par le chef de l'Etat".

2. Les couleurs

L'image est essentiellement bleue. Bleu, comme le ciel, comme la mer. Seul un dégradé clair casse l'image au trois-quarts de l'affiche. "On pourrait y voir l'esquisse d'un drapeau tricolore", explique François Jost. Mais ce qui attire l'attention de ce spécialiste de l'image, c'est l'ambiguïté du paysage. "On ne sait pas si c'est l'aube ou le crépuscule", constate-t-il. Un choix "dangereux" pour le candidat, car l'observateur risque de se dire : "Est-ce qu'on est au crépuscule d'un quinquennat ou est-ce qu'on est à l'aube d'un autre quinquennat ?", développe François Jost. 

3. La posture

Sur cette affiche, la posture de Nicolas Sarkozy incarne "la réflexion,  la pensée", note François Jost. "C'est une position qui est très codée." L'alliance du slogan "La France forte" qui prend une large place sur l'affiche avec la posture du président-candidat tourné vers l'horizon entraîne un "glissement de la France forte à Nicolas Sarkozy", analyse François Jost.  "Au final, il y a une éviction des Français car il ne les regarde pas mais il incarne la France. Il ne promet rien aux Français, mais il représente le pays"

Nicolas Sarkozy esquisse aussi un léger rictus, plus proche de la grimace que du sourire.  François Jost y voit le signe d'un manque de détermination :  "Il hésite entre sa posture de candidat et sa posture de président."

4. Le paysage de fond 

A peine dévoilée, l'image de fond a déjà fait polémique jeudi. La photographie utilisée comme image d'arrière-plan aurait été prise... en Grèce. C'est ce que révèle l'internaute @schloren sur son compte Twitter, s'appuyant sur les données du fichier photo. Ainsi, le nom de l'image d'origine n'est autre que "Greece, Clouds over Aegean Sea" (Grèce, nuages au-dessus de la mer Egée). Une dénomination qui a suscité de nombreuses réactions. 

Pour François Jost, le choix de ce paysage est "en accord" avec le discours du président-candidat. La mer calme est destinée à dire aux électeurs qu'il est le "pilote du navire 'France'". Et Nicolas Sarkozy a d'ailleurs utilisé des métaphores maritimes lors de l'annonce de sa candidature à la présidentielle sur TF1. "Est-ce qu’on peut imaginer le capitaine d’un navire dont le bateau serait en pleine tempête dire : 'Et bien non, je suis fatigué, je renonce, j’arrête' ?", a-t-il déclaré. Selon le spécialiste de l'image, "avec la crise, comparée à une tempête qu'on a traversée, et la nécessité d'avoir un capitaine qui n'abandonne pas le navire, contrairement à celui du Concordia", Nicolas Sarkozy est "cohérent" avec son message.

5. Le message général de l'affiche

"L'affiche est pensée dans une communication globale", affirme François Jost. "Elle va prendre du sens avec ses discours. On l'a vu dès son annonce de candidature avec cette image du capitaine. Pour lui, elle incarne la principale chose qu'il puisse dire de son action : 'Je suis aux commandes depuis cinq ans, j'ai l'expérience de gouverner'", explique François Jost. L'image de la "France forte" permet aussi de renvoyer ses opposants à une France faible. 

"Dans une situation où son bilan va lui être reproché, Nicolas Sarkozy utilise quelque chose qui n'est pas très original puisque cela a déjà utilisé par d'autres présidents, mais cela lui permet d'affirmer son autorité de président de la République, de celui qui est expérimenté", indique-t-il. "On peut donc en déduire que ce visuel de la mer va être décliné tout au long de la campagne, avec cette image du capitaine du navire qui seul sait vraiment le diriger."

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