Pourquoi on ne peut plus plagier tranquille

Gilles Bernheim, le grand rabbin de France, le 4 novembre 2012 à Dieulefit (Drôme). Il a avoué avoir plagié un ouvrage dans son dernier livre, \"Quarante méditations juives\".
Gilles Bernheim, le grand rabbin de France, le 4 novembre 2012 à Dieulefit (Drôme). Il a avoué avoir plagié un ouvrage dans son dernier livre, "Quarante méditations juives". (JEFF PACHOUD / AFP)

Le scandale qui vient d'éclabousser le grand rabbin de France, Gilles Bernheim, en est la preuve : les plagiaires peuvent de plus en plus facilement être démasqués. 

Le copier-coller dépasse le simple cadre de la classe de sixième. Deux récents cas viennent de le démontrer. Le week-end dernier, Patrick Buisson, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, a ainsi été accusé d'avoir emprunté les passages d'un livre pour répondre à une interview. Plus tôt, une autre affaire de plagiat a fait beaucoup de bruit : le grand rabbin de France, Gilles Bernheim, a reconnu avoir copié des propos du philosophe Jean-François Lyotard dans son dernier livre, Quarante méditations juives (Stock). Ces deux affaires révèlent que s'adonner au plagiat devient un exercice périlleux et que passer inaperçu s'avère moins aisé que prévu. Pour la simple et bonne raison que…

Les profs aussi connaissent Wikipédia

Fini le temps où vous pouviez pomper votre dissertation en toute tranquillité sur internet. Car aujourd'hui, tout le monde est au courant. Selon une étude publiée en 2012 par le site Compilatio.net, spécialisé dans la détection de plagiats, quatre étudiants sur cinq déclarent avoir recours au copier-coller dans leur copie. Les professeurs sont au courant puisque selon eux, 46% de leurs élèves rendent des devoirs contenant du copier-coller.

Face au phénomène, désormais bien identifié, les profs ont affûté leurs armes : la reprise d'une page de l'encyclopédie en ligne Wikipédia a désormais peu de chances de passer inaperçue, d'autant qu'internet permet de démasquer les petits malins. Pour ce faire, rien de mieux qu'un bon vieux copier-coller… sur Google. D'autres enseignants n'hésitent pas à élaborer des scénarios machiavéliques. Ainsi, en 2012, un professeur de lettres a décidé de "pourrir le web" en modifiant une page de Wikipédia et en infiltrant les forums d'élèves.

Oui, mais… Si vous êtes malin, vous pouvez quand même tenter de cacher vos méfaits. C'est ce qu'a essayé de faire un élève, en avril 2008, raconte le blog Big Browser du Monde. Le jeune homme avait ainsi saboté le contenu de la page Wikipédia du Meilleur des mondes d'Aldous Huxley afin de dissimuler le fait qu'il ait tout recopié.

Les chasseurs de plagiaires sont déterminés

Comment les emprunts de Gilles Bernheim ont-ils été dévoilés ? Grâce à des internautes déterminés à pointer du doigt les plagiats intempestifs. Comme le relate Rue89, c'est le blog Strass de la philosophie qui, le premier, a soulevé des interrogations en publiant deux longs extraits de l'ouvrage de Bernheim et du livre d'entretiens contenant les propos de Lyotard. Leur vigilance, et celle d'autres spécialistes, ont mis au jour les similitudes et poussé le rabbin à avouer les faits. Comme le révèle Le Nouvel Obs, qui dresse leur portrait, de plus en plus de passionnés, souvent universitaires et parfois autodidactes, veillent au grain.

Ces chasseurs de plagiats s'appuient parfois sur des logiciels spécialisés. Mais ceux-ci ne sont pas un passage obligé. Jean-Noël Darde, universitaire spécialiste du plagiat et auteur du blog Archéologie du copier-coller, détaille ainsi ses méthodes dans Libération : "Il y a des indices qui sautent aux yeux : des ruptures de style, des concentrations d'erreurs orthographiques qui côtoient de larges extraits sans faute, des problèmes de cohérence. Un assemblage de copier-coller fait rarement un texte cohérent."

Oui, mais… Les logiciels peuvent être détournés et ne reconnaissent pas tous les plagiats. De plus, le phénomène reste encore très tabou en France, notamment parmi les universitaires. "Trop souvent, les autorités académiques ignorent les cas signalés", regrette ainsi Jean-Noël Darde dans Le Figaro. "Au scandale du plagiat s'ajoute celui de l'étouffement", déclare de son côté un professeur de l'université de Picardie, cité par Mediapart (article payant). Les plagiaires peuvent donc facilement passer entre les mailles du filet, sans essuyer aucune critique.

Un recopiage peut vous coûter cher

Si, en France, le plagiat est parfois passé sous silence, ailleurs en Europe, plagier des œuvres peut coûter très cher. Début février, la ministre de l'Education allemande, Annette Schavan, a ainsi dû démissionner, accusée d'avoir "systématiquement et délibérément" triché en écrivant sa thèse de philosophie, soutenue en 1980. L'université de Düsseldorf lui a retiré son titre de docteur. Cette affaire en rappelle une autre outre-Rhin, racontée par Le Figaro. En 2011, le ministre de la Défense de l'époque, accusé d'avoir plagié sa thèse de doctorat en droit, avait lui aussi dû quitter son poste.

En Hongrie non plus, on ne prend pas le sujet à la légère. En avril 2012, c'est le président Pal Schmitt lui-même qui a dû se retirer après une affaire de ce genre. La presse avait montré que sa thèse relevait, "sur 180 des 215 pages", d'un plagiat de traductions de plusieurs ouvrages.

Oui, mais… Une fois le cas avéré, la procédure n'est pas aisée pour obtenir réparation. Au sein des universités, les sanctions sont assez rares, note ainsi le magazine L'Etudiant. Dans Le Figaro, Michelle Bergadaà, experte du plagiat, renchérit : "Les cas de plagiat doivent être traités par la justice civile. Ce qui implique qu’il y ait un dépôt de plainte réalisé par l’auteur plagié. C’est rarement le cas."

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