"On essaie de me salir", déplore la ministre de l'Economie dans une interview parue mercredi dans Le Figaro

La ministre de l\'Economie Christine Lagarde aux Rencontres de l\'Export, le 10 février 2011 à Paris.
La ministre de l'Economie Christine Lagarde aux Rencontres de l'Export, le 10 février 2011 à Paris. (AFP - Patrick Kovarik)

L'affaire Tapie a connu un rebondissement mardi avec la demande d'ouverture d'une enquête sur Christine Lagarde sur son arbitrage dans ce dossier.Le procureur général de la Cour de cassation a demandé mardi une enquête pour "abus d'autorité" contre la ministre pour l'attribution de 285 millions d'euros de fonds publics à Bernard Tapie en 2008.

L'affaire Tapie a connu un rebondissement mardi avec la demande d'ouverture d'une enquête sur Christine Lagarde sur son arbitrage dans ce dossier.

Le procureur général de la Cour de cassation a demandé mardi une enquête pour "abus d'autorité" contre la ministre pour l'attribution de 285 millions d'euros de fonds publics à Bernard Tapie en 2008.

Cette somme comprend 45 millions de préjudice moral, le plus important montant jamais accordé en France.

Jean-Louis Nadal, saisi par des députés socialistes, a demandé cette procédure contre la ministre de l'Economie à la Cour de justice de la République (CJR). Une instance de trois magistrats, la commission des requêtes de la CJR, tranchera.

Le dossier porte sur la revente d'Adidas en 1993, dans laquelle l'homme d'affaires Bernard Tapie se disait floué par le Crédit Lyonnais. A l'initiative de Christine Lagarde, l'Etat avait abandonné la voie judiciaire, où il avait pourtant gagné en cassation, pour s'en remettre à un arbitrage privé composé de Pierre Mazeaud, l'avocat Jean-Denis Bredin et le magistrat Pierre Estoup.

L'hebdo "Marianne" a raconté dans son édition du 17 septembre 2010 "comment Tapie a empoché 220 millions" grâce au règlement arbitral du litige de son bras de fer avec le Crédit Lyonnais sur Adidas. 220 millions sur fonds publics.

Christine Lagarde se défend
"Il n'y a, à ma connaissance, aucun élément nouveau apporté au fond du dossier", plaide la ministre dans Le Figaro de mercredi, "ma réaction est donc la même que lorsque j'ai découvert dans la presse la lettre adressée au procureur général près la Cour de cassation: sérénité sur le fond mais indignation sur le procédé."

"On essaie de me salir", a-t-elle déploré, "sans doute pour faire oublier que tout cela c'est l'héritage des petits arrangements de l'époque Mitterrand, où ceux qui donnent aujourd'hui des leçons de vertu étaient aux commandes". Elle ajoute: "Pour ma part, j'ai toujours agi avec rigueur et transparence, dans un seul sens: celui de l'intérêt général", a assuré la ministre ajoutant, "je le répète, je suis sereine comme je l'ai toujours été sur ce dossier."

Affaire Tapie /Adidas/Crédit Lyonnais: les grande dates

- 18 décembre 1992:
Bernard Tapie met en vente Adidas pour 317 millions d'euros. Il avait acheté 80% du groupe allemand en juillet 1990 pour 244 millions, puis 15% au groupe suisse Metro six mois après.
- 15 février 1993: annonce de la vente d'Adidas pour 315,5 millions d'euros à un groupe d'investisseurs dont le Crédit Lyonnais (CL).
- 8 novembre 1994: Tapie affirme que le CL détient de façon occulte plus que les 19,9% officiels d'Adidas. La banque dément.
- 14 décembre 1994: Tapie personnellement placé en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Paris.

- 26 décembre 1994: Robert Louis-Dreyfus, président du directoire d'Adidas depuis avril 1993, prend le contrôle d'Adidas pour 701 millions.
- 4 juillet 1995: Tapie réclame au CL 229 millions d'euros de plus-values de cession.
- 17 novembre 1995: Louis-Dreyfus introduit Adidas à la Bourse de Francfort pour 1,677 milliard d'euros.
- 7 nov 1996: le Tribunal de commerce de Paris condamne le Lyonnais à verser à Tapie 91,5 millions de provision.
- 12 octobre 1998: devant le tribunal de commerce, Tapie réclame 990 millions au Lyonnais pour "montage frauduleux". Le tribunal transfère le dossier à la cour d'appel et annule la provision.
- 12 novembre 2004: la cour d'appel de Paris autorise une médiation entre Tapie et l'Etat, qui échoue le 12 avril 2005.
- 30 septembre 2005: la cour d'appel condamne le Consortium de réalisation (CDR), organisme public gestionnaire du passif du Lyonnais, à payer 135 millions d'euros à Tapie. Elle fixe le préjudice de Tapie à 66 millions augmentés de l'inflation et de la hausse du titre Adidas.
- 9 octobre 2006: la Cour de cassation casse l'arrêt de la cour d'appel.

- 25 octobre 2007: le CDR accepte la saisine d'un tribunal arbitral.

- 11 juillet 2008: le tribunal arbitral condamne le CDR à verser 285 millions à Tapie (près de 400 M avec les intérêts).
- 28 juillet 2008: le ministère de l'Economie assure que Tapie touchera 20 à 50 millions une fois pris en compte les intérêts, la fiscalité et les créances du CDR.
- 10 septembre 2008: l'ex-PDG du Lyonnais Jean Peyrelevade fustige l'arbitrage devant la commission des Finances de l'Assemblée nationale.
- 18 mars 2009: versement d'un dernier paiement de 101 millions aux liquidateurs du groupe Bernard Tapie pour solder le litige avec le Lyonnais. Tapie estime qu'il touchera au final "entre 20 et 40 millions".
- 8 septembre 2010: Le Canard enchaîné affirme que Tapie va en fait empocher 210 millions d'euros.
- 31 mars 2011: Tapie aurait bénéficié d'un ajout de la mention "préjudice moral" dans l'arbitrage, selon le président PS de la commission des Finances de l'Assemblée Jérôme Cahuzac. Le président du CDR Jean-François Rocchi nie.
- 1er avril 2011: les députés PS demandent la saisine de la Cour de Justice de la République (CJR).
- 10 mai 2011: le procureur général de la cour de cassation Jean-Louis Nadal demande à la CJR d'ouvrir une enquête visant Christine Lagarde pour abus d'autorité dans l'arbitrage.

>> Lire aussi sur Marianne 2 :
"Tapie et la Cour des comptes : Lagarde devant la justice ?"

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