Mis en cause dans un livre, Bernard Squarcini porte plainte

Bernard Squarcini, le 17 janvier 2012 à Paris.
Bernard Squarcini, le 17 janvier 2012 à Paris. (MARTIN BUREAU / AFP)

Dans un livre paru jeudi, le patron du Renseignement intérieur français est accusé d'être "instrumentalisé" par l'Elysée et d'avoir créé un groupe "d'opérations spéciales" au sein de la DCRI.

Après avoir démenti, Bernard Squarcini passe à la vitesse superieure. Le patron du Renseignement intérieur, accusé dans un livre paru jeudi 19 janvier d'être "instrumentalisé" par l'Elysée, va porter plainte pour diffamation. Le communiqué de son avocat, qui annonce ces poursuites, vise également le site Mediapart. FTVi fait l'état des forces en présence.

Pour les auteurs, un homme de pouvoir aux ordres du Président 

Dans L'espion du président (Editions Robert Laffont), les journalistes Olivia Recasens, Didier Hassoux et Christophe Labbé dressent un portrait au vitriol du numéro un de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI). Ils lui reprochent d'être aux ordres de Nicolas Sarkozy, et d'avoir créé à la DCRI un groupe "d'opérations spéciales" capable de "rentrer n'importe où".

Les auteurs expliquent que Squarcini, mis en examen en octobre dans l'affaire des "fadettes", avait été appelé par Nicolas Sarkozy lors de la campagne présidentielle de 2007 pour "déminer les pièges et les affaires", tel le scandale Clearstream. En guise de récompense, le Président l'a installé en 2008 à la tête de la DCRI, un super service de renseignement intérieur.

Bernard Squarcini aurait alors transformé ce service en un "outil dévoyé pour servir un camp et des intérêts". Pour appuyer leur thèse, les auteurs citent des anecdotes et des témoignages. Ils évoquent également l'existence, au sein de la DCRI, d'un groupe "d'opérations spéciales" placé sous la responsabilité de Squarcini. Pour cette mystérieuse "sous-division R", "tout est permis à condition de ne pas se faire piquer" : "[...] ouvertures indolores de portes, sonorisation d'appartements" ou encore "pose de balises sous les voitures".

Squarcini évoque une "insulte pour les fonctionnaires de la DCRI" 

Ces accusations ont agacé le patron du renseignement français. "Je ne suis l'espion de personne", a-t-il réagi jeudi, par le biais d'un communiqué. Pour lui, parler "d'une dérive en police politique" ou évoquer des "écoutes" de personnalités politiques, forment "une présentation insultante pour tous les fonctionnaires de la DCRI".

Ce service, poursuit-il, est "composé de fonctionnaires avec des opinions politiques et syndicales différentes [...] tous dotés d'un grand sens du service public qui les conduit à servir l'Etat, quel que soit l'engagement politique du gouvernement". "Dans ces conditions, je ne vois pas comment il peut être 'un service de renseignement instrumentalisé au service du pouvoir' ou que 'dès sa création, l'outil a été utilisé au profit d'un clan'", estime son directeur.

Et le numéro 1 du renseignement français n'en reste pas là : vendredi, il annonce par la voix de son avocat qu'il porte plainte pour diffamation contre les auteurs du livre.

Pour Mediapart, il est lié à une enquête visant le site

Le site d'infomation d'Edwy Plenel va lui aussi saisir la justice. En effet, il est question dans l'ouvrage d'une "enquête poussée" du renseignement sur le site en 2010. "Mediapart, qui était en pointe sur l'affaire Karachi, a fait l'objet en 2010 d'une enquête poussée du renseignement intérieur", est-il écrit. Conséquence : "Mediapart va saisir la justice de ces faits nouveaux afin que toute la vérité soit faite sur cet espionnage", écrit Plenel, qui loue par ailleurs les mérites de l'ouvrage.

Selon le fondateur du site, le livre montre avec minutie comment la DCRI est devenue,"sous la direction de ce policier totalement dévoué à Nicolas Sarkozy et sous couvert d’un secret défense favorisant une totale opacité, l’exécutante des missions de basse police du pouvoir politique, et plus précisément de la présidence de la République". Ces propos, également jugé diffamatoires par Squarcini, vaudront à Mediapart une poursuite. Le ping-pong judiciaire ne fait que commencer.