Trois questions qui se posent après la remise de 13 jihadistes français aux autorités irakiennes

Des hommes soupçonnés d\'appartenir au groupe État islamique arrêtés à Baghouz, dans le nord de la Syrie (photo d\'illustration).
Des hommes soupçonnés d'appartenir au groupe État islamique arrêtés à Baghouz, dans le nord de la Syrie (photo d'illustration). (BULENT KILIC / AFP)

Selon plusieurs spécialistes, l'Irak accepte de juger ces jihadistes français en échange d'un renforcement de la coopération économique ou sécuritaire avec la France.

Les forces démocratiques syriennes viennent de remettre 13 jihadistes français aux autorités irakiennes. Ils seront jugés "selon la loi irakienne", a assuré le président irakien Barham Saleh en visite à Paris, lundi 25 février. D'autres pays européens ont choisi, eux, de juger sur leur territoire "leurs" jihadistes.

Le fait que des jihadistes français soient jugés en Irak arrange-t-il la France ?

"Politiquement ce serait probablement plus confortable pour le gouvernement français", a déclaré sur franceinfo Jean-Luc Marret, géopolitologue, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique. Vincent Brengarth, avocat de femmes détenues en Irak et en Syrie, dont la jihadiste française Mélina Boughedir, dit quant à lui "comprendre la réticence de l'opinion publique" à ce que ces jihadistes français soient jugés en France, même s'il dit regretter cette décision, craignant que "la peine de mort" soit "applicable" pour eux, alors qu'elle a été "abolie en France et qu'elle est strictement prohibée par des engagements internationaux".

Y aura-t-il des contreparties ?

L'Irak peut juger des jihadistes français "surtout s’il y a un accord et des contreparties", estime Antoine Basbous, directeur de l'Observatoire des pays arabes. "Il peut y avoir une coopération sécuritaire poussée, de l’aide, du soutien, des prêts. Dans ce genre de dossier, il y a du donnant-donnant : si l’Irak soulage la partie française et lui épargne le retour de jihadistes, il va falloir trouver une contrepartie qui peut être économique, financière ou encore une coopération sécuritaire poussée."

De son côté, le géopolitologue Jean-Luc Marret note que "depuis deux ou trois mois, les relations franco-irakiennes bilatérales connaissent quelques développements, parce que la France essaie légitimement de se retrouver en bonne position économique pour la reconstruction. Il y a l'émergence d'un partenariat franco-irakien et cette affaire de revenants jihadistes peut s'insérer dans l'ensemble de ce dispositif."

Quel est le sort réservé aux autres jihadistes européens arrêtés en Irak ou en Syrie ?

"Sur les 40 000 personnes de 80 pays qui entre 2013 et 2018 sont allés en Syrie, il y a 6 000 Occidentaux, rappelle le géopolitologue Jean-Luc Marret. Tous les pays ouest-européens sont confrontés à ce problème. Chaque État se débrouille comme il peut. Les Danois ont 125 revenants identifiés et la solution qu'ils ont adoptée, c'est la réinsertion élargie. Ils vont jusqu'à donner à certains un logement, des allocations sociales."

"Nous, aussi bien par capacité matérielle que par principe de précaution, c'est une solution qui ne peut pas être adoptée en France, poursuit Jean-Luc Marret. Nous, on a 1 700 Français qui ont rejoint ces zones jihadistes. En plus, on a eu des attentats très sanglants en France. C'est une solution qui politiquement et en termes de sécurité est impossible. En Angleterre, pour les gens les plus dangereux, ça peut aller jusqu'à la déchéance de la nationalité, et pour ceux dont on estime qu'ils n'ont commis aucun crime on les met dans des programmes spéciaux de réinsertion de désengagement. C'est pareil au Maghreb. Au Maroc et en Tunisie, ils font face aux mêmes problèmes. La France est un des rares pays qui acceptent de voir ces ressortissants jugés par un autre pays."

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