Ce que l'on sait de la famille niçoise soupçonnée d'être partie mener le jihad en Syrie

Des combattants jihadistes s\'entraînent près d\'Alep, le 19 juillet 2012, en Syrie.
Des combattants jihadistes s'entraînent près d'Alep, le 19 juillet 2012, en Syrie. (BULENT KILIC / AFP)

Onze membres d'une même famille originaire sont soupçonnés d'avoir quitté la France pour partir combattre aux côtés des jihadistes en Syrie. Une enquête préliminaire a été ouverte.

Ils sont soupçonnés d'être partis faire le jihad à 11. Une grand-mère, ses trois enfants et leurs conjoints, quatre petits-enfants (âgés de 6 mois, 22 mois, 4 ans et 6 ans, seraient partis en Syrie pour mener le jihad. La section antiterroriste du parquet de Paris a ouvert mardi 7 octobre une enquête préliminaire sur leur disparition.

Le père de l'un des onze membres d'une famille soupçonnée d'être partie en Syrie craint un possible "enlèvement", une qualification juridique qui pourrait favoriser des recherches à l'étranger, a déclaré jeudi l'avocat niçois qui l'a reçu.

FRANCE 3

Francetv info résume ce que l'on sait de cette famille.

Ils ont donné un faux prétexte pour expliquer leur départ

Parmi les personnes qui ont disparu, il y a Andréa, habitante de Nice âgée de 27 ans. Elle serait partie en Syrie rejoindre son mari, accompagnée de ses deux fils de 4 et 6 ans. Le père d'Andréa a raconté à Nice Matin comment il a découvert leur disparition.

Les yeux embués de larmes, Ivano Sovieri explique : "Le 30 septembre, je suis allé chercher mes petits-enfants à l'école Saint-Philippe, à Nice. On m'a alors indiqué qu'ils étaient partis en Tunisie – d'où est originaire leur père – en raison d'un décès familial. J'ai appelé son cousin. Personne n'était mort, bien sûr. Un proche s'est aussitôt rendu au domicile de ma fille et de son mari. La porte était ouverte." Mais à l'intérieur, aucun signe de vie, indique le quotidien régional. Du mobilier avait également disparu.

La famille a quitté Nice à bord de deux voitures le vendredi 26 septembre. Les deux loueurs des voitures non restituées ont déposé plainte jeudi, selon la préfecture.

Certains membres de la famille ont hésité avant de partir

Le père d'Andréa trouve une justification sur les réseaux sociaux, samedi 4 octobre. Sa fille écrit, à sa meilleure amie : "Je ne devais pas partir, mais devant Allah, je n'ai pas pu reculer." "Tout va bien, je suis dans une superbe région", a-t-elle indiqué à ses parents. "Andréa s'était convertie. Je voyais que la religion prenait de plus en plus de place. J'aurais peut-être dû réagir", regrette le père, persuadé que sa fille est en Syrie.

Le père de l'époux d'Andrea, Reda, est tout aussi effondré. Son fils, sa femme, et ses petits-enfants ont disparu. "Nous étions mariés depuis 1983. Je savais que la religion tenait une place importante, mais à ce point... Toute ma famille a disparu. Et j'ai peur", confie-t-il. Ce Tunisien, arrivé en France il y a 40 ans pour travailler dans le bâtiment, était en Tunisie lors de la disparition de sa femme, de ses trois enfants et de leurs conjoints et de leurs quatre petits-enfants.

Les autorités ont été alertées de la disparition de la famille par le biais de la plateforme de signalement du ministère de l'Intérieur. Elles ont d'abord été saisies d'une enquête pour disparition inquiétante. "Je voulais que les autorités parviennent à les arrêter. J'y ai même cru quand on m'a annoncé qu'ils étaient localisés en Turquie", a déclaré à Nice Matin Ivario Sovieri, le père d'Andréa.

De fait, selon son avocat et conseiller municipal à Nice, ils se trouvaient encore en Turquie le dimanche 5 octobre. Ivano Sovieri "me décrit véritablement un enlèvement, le contraire d'un départ volontaire", dit l'avocat. "Je sais par son assistante sociale qu'elle demandait à se séparer de son compagnon, qu'elle cherchait un appartement depuis un moment", avance pour sa part Ivano.

Le profil d'un suspect avait attiré l'attention

D'après plusieurs sources policières, rien ne laissait présager un tel passage à l'acte, bien que le profil de l'un des suspects, O. A., 34 ans, avait déjà attiré l'attention. "Avant leur départ, ils ont vendu tous leurs biens puis sont partis en voiture en passant par l'Italie et la Grèce", indique Le Parisien.

"Il était connu pour des comportements radicaux avérés, mais n'avait encore jamais fait état de velléités de départ", souligne une source judiciaire dans le quotidien. Dans un message posté vendredi sur Twitter, O. A. demande même qu'un individu, connu pour son rôle de passeur entre la Turquie et la Syrie, le contacte de façon urgente.

La préfecture des Alpes-Maritimes a pour sa part précisé jeudi que différents proches de la famille avait pris contact avec la police, entre le 27 septembre et le 3 octobre, pour signaler des disparitions. "Beaucoup de familles nous font part de leurs inquiétudes et disent ne pas être entendues dans les commissariats", a également noté le maire de Nice. Christian Estrosi estime qu'une centaine de personnes de la région niçoise ont été embrigadées dans des réseaux jihadistes depuis le début de l'année.

La Direction générale de la sécurité intérieure va désormais vérifier si les onze Niçois se trouvent bien en Syrie, comme le redoutent leurs proches. "A ce stade nous n'avons pas de certitude", a indiqué le parquet de Paris.

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