Traversée de la Manche par des migrants : "Le Brexit ne changera rien, la frontière est bloquée et peut difficilement l'être plus"

Un bateau de fortune avec trois migrants retrouvé au large de Calais, en août 2018. 
Un bateau de fortune avec trois migrants retrouvé au large de Calais, en août 2018.  (STR / AFP)

François Guennoc, vice-président de l’Auberge des Migrants, s'est exprimé sur franceinfo sur les tentatives de traversée de la Manche par des migrants, plus nombreuses cette année. 

Les tentatives de traversée de la Manche par les migrants se multiplient, une situation qui inquiète les autorités françaises et britanniques. Jeudi 26 décembre, la secrétaire d'État à l'immigration du Royaume-Uni évoquait des tentatives facilitées par des groupes criminels. 

"La fermeture des frontières est un argument des passeurs, mais pour eux tous les arguments sont bons. Le Brexit ne changera rien, la frontière est bloquée, elle peut difficilement l'être plus", a estimé samedi 29 décembre sur franceinfo François Guennoc, vice-président de l’Auberge des Migrants, une association qui œuvre auprès des exilés de Calais et ses environs depuis 2008.

franceinfo : Qu'est-ce qui explique cette recrudescence des tentatives de traversée de la Manche - 23 en 2016, 50 cette année. Est-ce la fermeture prochaine des frontières à cause du Brexit ?

François Guennoc : La fermeture des frontières est un argument des passeurs, mais pour eux tous les arguments sont bons. Le Brexit ne changera rien, la frontière est bloquée, elle peut difficilement l'être plus. Au contraire, les exilés espèrent qu'il y aura plus de bouchons à cause des contrôles douaniers pour avoir une chance d'aller en Angleterre. Il y a des passeurs qui se sont organisés, une filière s'est mise en place. Il s'agit de gens capables de fracturer des bateaux pour les voler, ou de les acheter. Ils sont aussi capables de donner des conseils aux exilés pour passer sans attirer trop l'attention des autorités de contrôle, de la capitainerie du port de Boulogne etc...

Ces vols de bateaux ne sont pas une majorité, quels sont les autres moyens de traverser ?

Il y a aussi des achats de "Zodiac", qui sont des embarcations très précaires et qui mettent sans doute leurs occupants en danger, mais qui sont surtout très difficiles à repérer, notamment au niveau du radar du cap Gris-Nez. Les conditions météorologiques y sont très bonnes pour tenter la traversée : par exemple cette nuit, la mer est calme comme un lac, il y a un peu de brouillard et surtout les nuits sont longues. Il faut 6 à 7 heures avec un petit moteur pour traverser, donc en ce moment c'est possible. Mais il y a un très puissant radar au Cap Gris-Nez, qui suit les trajectoires de tous les bateaux, même celles des bateaux de pêche. Il y a des patrouilles de la gendarmerie maritime. On a aussi des cas de capitaines de ferry qui signalent à la terre qu'il y avait une embarcation en mer.

Quelles peuvent être les solutions pour empêcher le commerce éventuel et ces tentatives de traversées extrêmement dangereuses ?

C'est très difficile. On voit que la surveillance des ports se renforce, et sans doute celle du littoral à partir de la mer. En même temps, les gens sont dans une situation tellement difficile ici, le long de la côte, en termes de conditions de survie... Je pense notamment aux Iraniens dont toutes les tentes ont été détruites par la police il y a trois jours. Ils ne peuvent pas demander l'asile sur le continent, certains l'ont fait et ont vu leur demande rejetée. L'Angleterre apparaît comme leur dernière chance et ils sont prêts à prendre des risques. Comme l'a dit le Défenseur des Droits dans un rapport très récent, la situation des exilés à Calais est aujourd'hui bien plus difficile que du temps de la "Jungle". Pour nous, les conditions de travail, les distributions dans les rues ne sont pas toujours faciles, il y a beaucoup de tensions sur le terrain. La police ne laisse pas les gens s'installer, dans les 48 heures les bâches et les tentes sont enlevées sous le nom d'opérations de nettoyage. La situation sanitaire sur place est évidemment très mauvaise, même si les services hospitaliers font ce qu'ils peuvent. Il y a pas mal de problèmes de gale, des problèmes liés aux températures de la saison, des tuberculoses non soignées. C'est plus la pluie qui est difficile à supporter que des températures froides. Un plan Grand Froid a été mis en place par la préfecture du Pas-de-Calais, mais il n'est ouvert que pour trois nuits.

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