Migrants : dans la "jungle" de Calais aussi, les enfants ont fait leur rentrée des classes

Constance Calais donne un cours à des enfants migrants, dans une école créée par l\'Education nationale, dans la \"jungle\" de Calais, le 1er septembre 2016. 
Constance Calais donne un cours à des enfants migrants, dans une école créée par l'Education nationale, dans la "jungle" de Calais, le 1er septembre 2016.  (KOCILA MAKDECHE / FRANCEINFO)

Depuis le mois de mai, l'Education nationale a ouvert une école pour les enfants présents dans le camp de migrants. Franceinfo a assisté à la rentrée dans cette classe peu ordinaire.

"Elle, c'est Rim ! Lui, c'est Iman !" Du haut de ses 6 ans, Mohammad présente ses camarades et fanfaronne dans la classe. Ce petit Soudanais est plus à l'aise que les autres enfants, sans doute parce qu'il maîtrise un peu mieux le français qu'eux. Avant d'arriver dans la "jungle" de Calais, le garçonnet a été scolarisé pendant un an à Strasbourg. Mais estimant n'avoir que peu de chance d'obtenir l'asile en France, sa famille a décidé de venir à Calais pour tenter de passer au Royaume-Uni.

Au milieu des 7 000 à 10 000 migrants qui peuplent désormais la "jungle", une école gérée par l'Education nationale a ouvert ses portes en mai dernier. Elle se trouve dans le centre Jules-Ferry, où sont hébergés les femmes et les enfants pour qui la vie dans le camp de migrants serait trop dangereuse. Dans ces deux salles en préfabriqué, entre 10 et 40 enfants, venus d’Afghanistan, de Somalie, d’Erythrée ou d’Europe de l’Est viennent chaque jour apprendre le français et les mathématiques.

C\'est dans ces préfabriqués que sont donnés les cours aux enfants de la \"jungle\" de Calais. 
C'est dans ces préfabriqués que sont donnés les cours aux enfants de la "jungle" de Calais.  (KOCILA MAKDECHE / FRANCEINFO)

"On a rarement les mêmes élèves"

Ici, pas d'appel, ni même d’inscription. Cette école – baptisée "dispositif d’accueil et d’enseignement" (DEA) par le ministère – est ouverte à tous les enfants âgés de 6 à 16 ans. Dans cette classe, un air de rentrée semble flotter en permanence, tant les visages sont différents d'un jour à l'autre. "Entre les arrivées dans le camp et les départs, on a rarement les mêmes élèves", témoignage Constance Calais, l'un des deux enseignants de l'établissement.

C'est la principale difficulté de notre travail : réussir à construire un parcours pédagogique avec ces enfants, malgré le fait qu'ils ne sont pas tout le temps là.Constance Calaisà franceinfo

Sur les murs blancs de la salle, les prénoms des nombreux enfants qui fréquentent l'établissement sont affichés en grosses lettres, parmi de nombreux dessins. Il y a celui de Rim, une petite Soudanaise au sourire malicieux. A seulement 5 ans, la fillette s’est fait la belle en plein cours, en prétextant qu'elle allait aux toilettes. Mais sa mère l’a surprise dehors et l’a ramenée en vitesse à l'école. "Certains parents sont très investis. Avec d’autres, il faut davantage batailler, raconte l'institutrice de 34 ans. Les situations familiales sont très différentes."

Pour intéresser les enfants, Constance redouble d’efforts. "C’est une classe très hétérogène, en âge comme en connaissance. Il faut s’adapter constamment. L’enjeu, c’est que tout le monde puisse sortir en ayant appris des choses." Entre une session d’apprentissage de l’alphabet et un exercice de calcul, elle prend en main son accordéon et fait chanter les enfants pour leur donner le goût de la langue française.

"Le mur" et "l'amour"

A côté de la classe de Constance, principalement réservée aux enfants, Sylvain Bélard, lui, s’occupe des adolescents. "Ils ne viennent que l’après-midi, parce que la majorité d’entre eux passent leurs nuits à essayer de passer clandestinement en Angleterre", explique l’enseignant de 51 ans.

Sylvain Bélard dans sa classe, dans la \"jungle\" de Calais. 
Sylvain Bélard dans sa classe, dans la "jungle" de Calais.  (KOCILA MAKDECHE / FRANCEINFO)

Contrairement aux autres, Jawad, lui, ne tente pas sa chance sur la rocade calaisienne. Ce jeune Afghan de 14 ans espère retrouver sa famille de l’autre côté de la Manche grâce au regroupement familial. "Mon ami Safhi a réussi à rejoindre son oncle hier", tente-t-il d’expliquer à Sylvain, dans un mélange d’anglais et de français. L’adolescent à la dense chevelure noire a appris les bases du français en très peu de temps, note son professeur, d’un ton satisfait.

Très studieux, Jawad est souvent le premier à répondre aux questions du professeur. Et ses imprécisions font parfois bien rire ses camarades, comme lors de ce cours de vocabulaire où il a confondu "le mur" et "l’amour". "Quand on parle d’amour, ça les amuse toujours", sourit Sylvain.

Une fois, l’un d’eux est venu me demander comment dire à une fille qu’elle était jolie. Ce sont des adolescents du monde. Ils ont toujours les mêmes préoccupations, quelle que soit leur nationalité.Sylvain Bélardà franceinfo

"Je rêve d’avoir un bon futur"

Sylvain fait preuve d’une grande bienveillance vis-à-vis de ces élèves un peu particuliers. Lorsque ce Calaisien a entendu que l’Education nationale cherchait des professeurs pour enseigner aux jeunes de la "jungle", il a immédiatement postulé. "J’avais souvent vu des choses dramatiques à propos de ces gens qui fuient les zones de conflit. J’ai voulu faire quelque chose pour eux."

Beaucoup de ces jeunes ont vécu des situations dramatiques sur la longue route qui les a menés en Europe. "On en parle parfois avec eux, mais on essaye le plus souvent de laisser le passé là où il est et de se projeter vers l’avant", confie Catherine Salvary, l’inspectrice de l’Education nationale qui suit le dispositif. Sur un mur, plusieurs élèves ont laissé des messages. "Je rêve d’avoir un bon futur", a écrit l’un d’eux.

Un enfant de la \"jungle\" de Calais, devant les messages laissés par les élèves.
Un enfant de la "jungle" de Calais, devant les messages laissés par les élèves. (KOCILA MAKDECHE / FRANCEINFO)

Vous êtes à nouveau en ligne