Harcèlement policier de bénévoles à Calais : des agissements "extrêmement compliqués à faire sanctionner"

L\'Auberge des migrants à Calais, le 19 octobre 2016.
L'Auberge des migrants à Calais, le 19 octobre 2016. (JEAN-PIERRE BRUNET / MAXPPP)

Dans un rapport publié mercredi 8 août, plusieurs associations d’aide aux migrants à Calais et Dunkerque dénoncent des cas de menaces et de violences policières à l’égard des bénévoles.

"C’est de manière générale extrêmement compliqué de faire sanctionner des violences policières en France", explique sur franceinfo Éléonore Vigny, chargée du plaidoyer contre le harcèlement policier à l’Auberge des Migrants. Elle précise que le rapport publié mercredi 8 août par plusieurs associations, dénonçant ces violences, est assorti d’une saisine générale du Défenseur des droits, mais que les voies légales "sont très difficiles d’accès pour les bénévoles".

franceinfo : Est-ce que vos bénévoles respectent la loi ?

Éléonore Vigny : Oui, évidemment. Tout ce qu’on fait nous, dans le cadre de nos activités associatives, respecte la loi française. Le délit de solidarité c’est l’aide à l’entrée, à la circulation et au séjour aux personnes irrégulières. Il y a des exceptions qui sont prévues pour tout ce qui est nourriture, habillement et conditions dignes. Tout ce que nos associations vont faire comme actions de soutien auprès des populations exilées à Calais s’inscrit dans ces exceptions, donc tout ce qu’on fait est absolument légal.

Donc les agissements des policiers que vous décrivez dans ce rapport n’ont aucune justification ?

C’est aussi l’idée de ce rapport, de démontrer que ces actions de la police répondent à une forme d’arbitraire et qu’elles sont principalement utilisées pour intimider les bénévoles et justement entraver nos activités de soutien.

Sur Twitter, le préfet du Pas-de-Calais répond à votre rapport, et rappelle qu'aucune condamnation n'a été prononcée à l'égard d'un policier et vous encourage à porter plainte. Est-ce que vous avez porté plainte ?

C’est déjà arrivé. J’ai personnellement aidé une bénévole, qui a été saisie à la gorge par un CRS, à porter plainte. On a écrit un courrier recommandé au procureur de la République il y a de cela un mois et demi. Ce courrier est toujours sans réponse bien qu’on ait reçu l’accusé de réception. Et la réponse du préfet du Pas-de-Calais ne me surprend pas. C’est toujours ce qui nous est reproché quand on essaye de parler de violences policières : c’est qu’on ne porte pas plainte ou qu’il n’y a pas de condamnations. Maintenant il faut savoir que ce sont des voies légales qui sont très difficiles d’accès pour les bénévoles, que ce soit l’inspection générale de la police nationale, ou que ce soit porter plainte directement. C’est de manière générale extrêmement compliqué de faire sanctionner des violences policières en France.

Est-ce que ça ne serait pas la solution d’entreprendre des actions en justice plutôt que de les dénoncer simplement dans un rapport ?

On fait bien sûr les deux. Le rapport qu’on a publié ce matin est assorti d’une saisine générale du Défenseur des droits qui est saisi de toutes ces questions, et de l’intimidation des bénévoles et du harcèlement à Calais. Il a reçu une saisine avec une cinquantaine d’attestations de témoins, des vidéos, des photographies, qui vont permettre de donner un autre regard à ce qu’on essaye de dénoncer aujourd’hui.

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