Ce que l'on sait de l'attentat qui a fait au moins deux morts à Strasbourg

Des policiers dans les rues de Strasbourg après la fusillade du 11 décembre 2018.
Des policiers dans les rues de Strasbourg après la fusillade du 11 décembre 2018. (FREDERICK FLORIN / AFP)

Le tireur a été identifié et il est activement recherché. Quatre de ses proches ont été placés en garde à vue.

L'effroi dans les rues de Strasbourg. Au moins deux personnes sont mortes dans un attentat perpétré près du marché de Noël, une personne est en état de mort cérébrale, tandis que 12 personnes ont été blessées, mardi 11 décembre, dans la soirée. Le tireur, identifié par la police comme étant Chérif Chekatt, est toujours recherché. Le centre-ville, un temps bouclé, est de nouveau accessible. Franceinfo résume ce que l'on sait, des faits, après la conférence de presse du procureur de Paris, Rémy Heitz.

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Que s'est-il passé ?

"Le suspect a été vu porteur d’une arme à feu peu avant 20 heures, au 10 rue des Orfèvres", dans le centre-ville de Strasbourg, a expliqué le procureur de Paris, Rémy Heitz. Il a ensuite "évolué dans ce quartier empruntant successivement la rue des Grandes Arcades, la rue Saumon, la rue Chandelle, la rue Saint-Hélène puis la rue du Pont Saint-Martin". "Tout au long de son parcours, à plusieurs reprises, il a ouvert le feu avec une arme de poing et a utilisé un couteau avec lesquels il a blessé grièvement et donné la mort", a raconté le procureur, qui évoque des "témoignages" rapportant que l'assaillant a crié "Allah Akbar".

"J’étais dans le magasin de mon amie et on a entendu des coups de feu", témoigne sur franceinfo Valentin, qui se trouvait près de la cathédrale de Strasbourg. Elise, elle, était à table avec des amis quand elle a commencé à voir "beaucoup de personnes courir dans la rue".

On se demandait ce qui se passait et on a entendu des coups de feu.Elise, témoinà franceinfo

Le conseiller de la présidente du Haut-Rhin, Pierre Jacubowitz, était également présent dans le centre-ville de Strasbourg quand les coups de feu ont commencé : "Des policiers nous ont crié qu'il fallait se réfugier au plus vite. On entendait les cris dans la rue, les sirènes, on entendait les gens courir."

Le tireur s'est ensuite retrouvé face à "quatre militaires de l’opération Sentinelle", qui ont répliqué, et l'ont blessé au brasIl a quitté le centre-ville "à bord d'un taxi qui l'a déposé dans le quartier du Neuhof". A sa sortie du véhicule, aux alentours de 20h30, il "a croisé des fonctionnaires de police" avec lesquels un nouvel échange de tir a lieu, a aussi précisé le procureur. Mais il est parvenu à s'enfuir.

Combien y a-t-il de victimes ?

Deux personnes sont mortes et "une troisième se trouve en état de mort cérébrale", a indiqué Rémy Heitz. Par ailleurs, 12 personnes ont été blessées, dont six sont dans un état "d'urgence absolue", selon le procureur de Paris.

Contacté par franceinfo, Pascal Bilbault, le chef de service des urgences-samu de Strasbourg, indique que les personnes blessées sont "majoritairement des Alsaciens âgés de 20 à 60-70 ans", ajoutant qu'il "n'y a pas d’enfants parmi les blessés".

Il fait état de plaies sévères au niveau de l'abdomen, du thorax et de la tête, mettant en danger le pronostic vital des blessées "à très court terme". Les autres blessés ont été touchés notamment aux bras et aux jambes"Ces personnes sont en évolution favorable", précise Pascal Bilbault. Une personne a également été touchée par balle par ricochet, précise-t-il. "Il n'y a pas eu de décès supplémentaire [ce mercredi] après-midi, mais la situation est très compromise pour au moins deux des trois traumatisés crâniens."

Le plan blanc a été déclenché dans les hôpitaux, c'est-à-dire que les médecins sont mobilisés, a confirmé le CHU de Strasbourg. "Trois hélicoptères" et "au moins 150 secouristes" ont été mobilisés, selon Pascal Bilbault. Un point de regroupement des victimes a été installé place Kléber. Une cellule médico-psychologique a été ouverte place Gutenberg, dans les locaux de la Chambre de commerce et de l'industrie.

Que sait-on du tireur ?

Le suspect est Chérif Chekatt, un homme âgé de 29 ans, né à Strasbourg et qui y habitait encore. Armé d'un couteau et d'une arme de poing au moment des faits, il est toujours activement recherché. Il était recherché pour un braquage et une tentative d'homicide en août. Mardi matin, quelques heures seulement avant la fusillade, une perquisition a eu lieu à son domicile, a appris France 3 de source proche du dossier : les forces de l'ordre ont alors interpellé cinq personnes, mais n'ont pas pu mettre la main sur le suspect.

Chérif Chekatt est "très connu des services de police et de justice pour des faits de droit commun, principalement de vol et de violences", a précisé le procureur de la République de Paris, Rémy Heitz, mercredi. Dans le détail, le suspect a été condamné 27 fois, "pour la quasi totalité en France mais aussi en Allemange et en Suisse". Il a de fait été "incarcéré à de multiples reprises" et est "connu de l'administration pénitentiaire pour sa radicalisation et son attitude prosélyte". Sa radicalisation religieuse lui a valu d'être inscrit fichier FSPRT et fiché S. Il "a fait l’objet d’un suivi par les services de la DGSI".

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Quelles sont les consignes de sécurité ?

Mardi soir, la police a fait évacuer le centre-ville et a confiné les habitants. C'était le cas des parlementaires européens, mais aussi des spectateurs qui étaient venus voir un match de basket au Rhénus, la grande salle de Strasbourg. "On a interdiction de sortir de la salle, les gens de la sécurité bloquent les sorties", a expliqué Arnaud Baur, un spectateur contacté par téléphone par franceinfo en milieu de soirée.

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Vers 1h30 mercredi, les personnes confinées dans les restaurants et bâtiments du centre-ville ont commencé à être évacuées. "Le confinement a été levé", a confirmé Christophe Castaner lors de son point-presse au petit matin mercredi. Dans un tweet publié plus tôt, la police du Bas-Rhin a conseillé de quitter le centre historique par le Nord et d'éviter le quartier du Neudorf.

Le marché de Noël de la ville restera fermé mercredi, tout comme les équipements culturels et sportifs publics de l'agglomération (musées, médiathèques, piscines, patinoire...). Les cours sont suspendus dans les écoles maternelles et élémentaires, mais un accueil est proposé aux enfants. Les parents qui le peuvent sont invités à garder leurs enfants chez eux. Les rassemblements statiques et les manifestations sont par ailleurs interdits à Strasbourg jusqu'à nouvel ordre, "pour permettre aux forces de l'ordre de se mobiliser totalement dans la recherche" du suspect.

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Où en est l'enquête ?

"Au regard du lieu ciblé, du mode opératoire employé par l'assaillant, de son profil et des témoignages recueillis auprès de ceux qui l'ont entendu crier 'Allah Akbar', la section antiterroriste du parquet de Paris s'est saisi des faits d'hier soir", a indiqué mercredi le procureur de Paris, Rémy Heitz.

Une enquête a été ouverte pour "assassinats en relation avec une entreprise terroriste, tentatives d'assasinat en relation avec une entreprise terroriste et d'association de malfaiteurs terroriste en vue de préparer des crimes d'atteinte aux personnes".

Le tireur a été rapidement identifié par les enquêteurs grâce au témoignage du chauffeur de taxi, qui l'a transporté après l'attaque dans le centre-ville. En effet, Chérif Chekatt a assuré au chauffeur qu'une perquisition avait eu lieu le matin même à son domicile, durant laquelle une grenade avait été retrouvée, selon ce qu'a expliqué Rémy Heitz. Les propos de l'assillant ont permis "un rapprochement avec une opération menée sur commission rogatoire du parquet de Strasbourg ouverte pour tentative d'assassinat, violence agravée et association de malfaiteurs."

La traque de l'assaillant, qui n'a pas encore été localisé, se poursuit. "De nombreuses opérations pour le localiser sont en cours", a assuré Rémy Heitz. Par ailleurs, "plusieurs perquisitions ont été menées cette nuit dans des lieux qu'il est susceptible de fréquenter". Quatre proches du suspect ont été placés en garde à vue "cette nuit et [ces gardes à vue] sont toujours en cours", indique aussi le procureur. Selon les informations recueillies par franceinfo, il s'agit des parents de Chérif Chekatt et de deux de ses frères, dont l'un s'est rendu spontanément aux forces de l'ordre.

Les frontières françaises ont aussi été fermées mardi soir et "un bouclage périmétrique" a été établi autour de Strasbourg, rapporte Laurent Nuñez. Quelque 670 membres des forces de l'ordre sont mobilisés rien que dans la ville, a appris franceinfo auprès d'une source proche du dossier. Il "ne peut être exclu" que le fuyard soit passé en Allemagne, d'après le secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur.

Comment ont réagi les autorités ?

Le gouvernement a porté le niveau du plan Vigipirate à "urgence attentat", niveau maximum du plan Vigipirate. Une cellule d'information du public est activée au numéro suivant : 0 811 000 667.

Plusieurs députés dont le député du Haut-Rhin Olivier Becht (UDI), originaire de Strasbourg, ont adressé un message de solidarité de la représentation nationale. Au Sénat, les élus ont observé une minute de silence en hommage aux victimes. "La menace terroriste est toujours au cœur de la vie de notre Nation", a aussi rappelé Emmanuel Macron en Conseil des ministres, mercredi.

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