François Fillon : la stratégie du "bad boy" peut-elle fonctionner ?

François Fillon, député de Paris et président de Force républicaine, lors d\'un meeting à Rouez-en-Champagne (Sarthe), le 28 août 2013.
François Fillon, député de Paris et président de Force républicaine, lors d'un meeting à Rouez-en-Champagne (Sarthe), le 28 août 2013. ( WITT / SIPA)

L'ancien Premier ministre, réputé pour son calme, enchaîne les prises de position polémiques et les petits coups médiatiques. Mais pour quoi faire ?

Mais à quoi joue François Fillon ? Depuis quelques jours, le calme et austère Premier ministre de Nicolas Sarkozy multiplie les prises de position sur des sujets sensibles, quitte à mettre sa famille politique sur la brèche. A peine enterrée la polémique sur le Front national, François Fillon s'affiche avec Vladimir Poutine et critique la position de la France, en pleine négociation diplomatique tendue sur le dossier syrien. Et d'envoyer une lettre amicale à Angela Merkel. Une stratégie payante ?

Oui, elle fait parler de lui

"François Fillon comme Jean-François Copé ont compris au début de l'été que s'ils ne réagissaient pas, le rouleau compresseur du retour de Nicolas Sarkozy allait les balayer", explique à francetv info Thomas Guénolé, politologue et auteur de Nicolas Sarkozy, chronique d'un retour impossible ? (2013, Ed. First). Le député de Paris déclenche la première offensive, conforme à son image : le 24 juillet, il dévoile une série de 35 mesures, dont un tiers de nouveautés et beaucoup de marottes de l'UMP, rappelle L'Express.fr. Flop. 

"Il n'a pas d'autres choix que de jouer le coup de pied dans la fourmilière", souligne Olivier Rouquan, enseignant-chercheur en sciences politiques à l'Institut supérieur du management public et politique (Ismapp), interrogé par francetv info. Il rappelle que François Fillon n'est pas le leader officiel de l'opposition et ne peut donc jouer en interne avec le parti. "Quand il ne dit rien, il apparaît trop discret, on se demande s'il a un avenir. Quand il prend la parole, ça devient polémique", abonde pour francetv info Jean Leonetti, l'un des représentants de Force républicaine, le micro-parti créé par François Fillon en vue de 2017.

Non, elle brouille les pistes 

"Comme Jacques Chirac en 1991 avec 'le bruit et l'odeur',  c'est une manière de rattraper son retard sur le 'pain au chocolat' de Copé, face à un électorat de plus en plus tenté par le FN", note Olivier Rouquan. "Il essaie d'utiliser la méthode que j'appelle 'la valse à quatre temps', inventée par Nicolas Sarkozy au début des années 2000 puis copiée par Jean-François Copé l'an dernier", précise Thomas Guénolé : provocation, requalification du message, victimisation [comprendre : "Je parle franchement et tout le monde me tombe dessus mais le courage est dans mon camp"] et accaparement du thème [comprendre : "J'ai été le premier à en parler"]. Avec un raté notoire quant au Front national : "Plus il a tenté de requalifier son message, moins on le comprenait", assène le chercheur. 

"Il faut le décoder, mais c'est : 'Je vais au-delà de mon parti, je vais essayer de parler à tous les Français, des déçus de François Hollande aux égarés du FN'", sous-titre Jean Leonetti, qui concède que les prises de position de François Fillon peuvent paraître "surprenantes""Il ne joue à rien, il a décidé de tenir un langage de vérité et de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas", évacue Anne Grommerch, députée filloniste contactée par francetv info. 

Peut-être, si elle est mieux maîtrisée

Sur la Syrie, François Fillon est accusé de rompre la tradition républicaine selon laquelle on ne critique pas son propre pays de l'étranger. "Faux", répliquent ses soutiens, qui, comme Valérie Pécresse ou Jérôme Chartier sur Le Monde.fr, "ne voient pas le problème". Il ne fait que travailler son étoffe gaullienne et gaulliste, martèlent-ils en soulignant "la constance" de leur favori sur ce dossier. "Il y a entre Fillon et Poutine une relation ancienne et ce déplacement était prévu de longue date. Il s'intègre dans sa stratégie globale de nouer des liens avec des chefs d'Etat de grandes puissances", tient à rappeler Jean Leonetti.

Quant à la lettre chaleureuse adressée à Angela Merkel, le procédé a déjà été utilisé par ceux qui, comme Jean-Louis Borloo, voulaient souligner leur potentiel de leader de la droite française. Une technique du "coup médiatique" qui risque d'écorner la réputation de l'ancien Premier ministre, selon Thomas Guénolé : "Il avait une image de hauteur de vue dans l'expression des idées. Avec ses déclarations qui sentent le placement politique à plein nez, il se donne une image de cynique tacticien." "Deux ou trois déclarations n'effacent pas trente ans de vie politique", modère Olivier Rouquan, pour qui "les militants, habitués, savent relativiser ce genre d'embardées".

En attendant, les lieutenants polissent le message : "C'est toujours réfléchi mais il le dit de façon plus audible ; il dit la même chose plus fort", préfère mettre en valeur Anne Grommerch. "François Fillon est quelqu'un de déterminé", insiste-t-elle. "Quand on cible quelqu'un avec autant de violence, c'est peut-être qu'il représente un danger", glisse de son côté Valérie Pécresse. Le même vocabulaire qu'utilise François Fillon dans un billet de blog destiné à se justifier : "Je suis devenu une cible pour la gauche dont je ne crains ni les coups ni les intimidations."