Emplois d'avenir : Hollande recycle-t-il les emplois jeunes de Jospin ?

François Hollande, alors candidat à l\'élection présidentielle, au côté de l\'ex-Premier ministre Lionel Jospin, le 3 mai 2012 à Toulouse (Haute-Garonne).
François Hollande, alors candidat à l'élection présidentielle, au côté de l'ex-Premier ministre Lionel Jospin, le 3 mai 2012 à Toulouse (Haute-Garonne). (PASCAL PAVANI / AFP)

En apparence, ils se ressemblent comme deux gouttes d'eau. Mais ces deux dispositifs ne poursuivent pas tout à fait les mêmes objectifs.

POLITIQUE - Tout au long de sa campagne présidentielle, François Hollande avait fait de la jeunesse "la grande cause" de son futur quinquennat. Premier acte ce mercredi 29 août : le Conseil des ministres examine la création de 150 000 emplois d'avenir en deux ans. Une promesse phare du projet présidentiel qui fait spontanément penser aux emplois jeunes lancés en 1997 par le gouvernement socialiste de Lionel Jospin. FTVi compare ces deux dispositifs et tente de mesurer leur efficacité.

Emplois jeunes et emplois d'avenir : quelles différences? 

Les contrats d'avenir de 2012 poursuivent un objectif commun avec les emplois jeunes de 1997 : offrir à des jeunes une expérience professionnelle durable au moment d'entrer sur le marché du travail. Mais la comparaison peut s'arrêter là. "C'est une erreur de vouloir assimiler ces deux dispositifs. Il y a finalement peu de rapport entre les emplois jeunes et les emplois d'avenir", note Bernard Gomel, chercheur au Centre d'études de l'emploi, joint par FTVi.

D'abord, ces deux dispositifs ne ciblent pas le même public. Le bilan des emplois jeunes montre qu'ils ont surtout bénéficié à des jeunes diplômés. Environ 40% des emplois jeunes ont été décrochés par des titulaires d'un diplôme égal ou supérieur à bac +2. A l'inverse, les contrats d'avenir ciblent les jeunes "sans qualification ou peu qualifiés et rencontrant des difficultés particulières d'accès à l'emploi", "prioritairement dans les zones urbaines sensibles", indique le projet de loi.

D'autres différences existent : la subvention du contrat par l'Etat durera de un à trois ans dans le cadre des emplois d'avenir, alors qu'elle pouvait durer cinq années pour les emplois jeunes. Par ailleurs, les emplois jeunes concernaient uniquement le secteur non-marchand (administrations publiques, associations...) alors que les emplois d'avenir pourront aussi concerner – à la marge – le secteur marchand (entreprises privées, commerces, services à la personne...).

Les emplois jeunes de 1997, efficaces ou pas ?

"Malheureusement, aucune étude d'impact n'a été demandée pour évaluer ce que sont devenus ceux qui en avaient bénéficié, ni comment ils se sont insérés ensuite sur le marché du travail", tacle la présidente du Medef, Laurence Parisot, dans les colonnes du Monde. A l'UMP, on critique aussi un gouvernement socialiste qui "récidive là où il a échoué il y a quinze ans avec les emplois jeunes. (...) Les emplois aidés à grande échelle ne sont pas une solution durable pour l'insertion des jeunes sur le marché du travail".

Dès 2006, pourtant, la Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares, un organisme statistique dépendant du ministère de l'Emploi) avait dressé un bilan plutôt positif des emplois jeunes version Jospin, qui ont permis la création de 310 000 postes entre 1997 et 2002, qu'ont occupés 470 000 jeunes. Selon la Dares, trois-quarts des bénéficiares ont occupé un poste immédiatement après leur sortie de ce dispositif.

Mais d'autres études soulignent aussi que ces jeunes ont subi un retard salarial dans leur carrière. "Les emplois jeunes ont joué un rôle de dépréciation de certains diplômes, en dépréciant aussi les jeunes et sous-entendant qu'ils doivent forcément être payés au smic au départ. C'est la face sombre du bilan de la mesure Jospin", observe l'économiste Philippe Askenazy, interrogé par France Info.

Ce que l'on peut attendre des emplois d'avenir

Comme pour les emplois jeunes (et les nombreux autres types de contrats aidés), la création de 150 000 emplois aura mécaniquement un petit effet sur les chiffres du chômage à court terme.

Mais entre les emplois Jospin et les emplois Hollande, la finalité diffère. En 1997, les emplois jeunes avaient pour objectif de "promouvoir le développement d'activités créatrices d'emplois pour les jeunes et de répondre à des besoins émergents ou non satisfaits", rappelle la Dares. De nombreux postes de médiateurs sociaux avaient par exemple été pourvus par ce biais.

Concernant les emplois d'avenir, "l'objectif est moins de pérenniser une activité que de redonner à certains jeunes l'envie et les moyens de s'engager dans un projet professionnel", estime Bernard Gomel. Une analyse qui semble validée par la réaction du ministre Michel Sapin, interviewé sur RTL mardi matin.

Francetv info

Ce projet gouvernemental, qui vise à remettre le pied à l'étrier à une catégorie de jeunes totalement exclus de tout parcours de formation, s'apparenterait donc davantage à une action de politique sociale qu'à une mesure économique.

"Oui, mais il ne s'agit pas d'un simple traitement social du chômage. C'est du social ambitieux", répond Bernard Gomel, qui voit dans ce projet "un très grand défi, extraordinairement difficile".

Dans un rapport quelque peu critique sur la politique menée par la France dans ce domaine au cours des dernières années, la Cour des comptes estimait en 2011 que les contrats aidés dans le secteur non-marchand avaient un effet nul sur l'insertion professionnelle. Mais que "la formation et l'accompagnement favorisent une issue positive".

L'échec ou la réussite de ce dispositif risque donc, sans surprise, de dépendre de l'importance des moyens dont disposeront Pôle emploi, les missions locales et les collectivités territoriales pour assurer formation et suivi aux bénéficiaires de ces emplois. Des moyens qui font cruellement défaut aux bénéficiaires actuels d'autres types de contrats aidés.

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