Des professionnels de l'urgence sociale sont en grève mardi pour dénoncer les restrictions budgétaires de l'Etat

Un dortoir du Samu social
Un dortoir du Samu social (France TV)

dans toute la France s'adresse aux personnels du numéro d'urgence 115 et aux équipes mobiles des associations qui vont à la rencontre des SDF.Ils dénoncent également la méthode du gouvernement pour réformer le secteur.

dans toute la France s'adresse aux personnels du numéro d'urgence 115 et aux équipes mobiles des associations qui vont à la rencontre des SDF.

Ils dénoncent également la méthode du gouvernement pour réformer le secteur.

A Paris, quelque 300 personnes, travailleurs sociaux et familles sans logement, se sont rassemblées près du ministère du Logement pour dénoncer les coupes budgétaires prévues pour 2011 dans le secteur de l'hébergement d'urgence.

"Associations asphyxiées = public en danger", "Maman, on dort où ce soir?", pouvait-on lire sur les banderoles déployées par les manifestants.

Partis du square Boucicaut (VIIe arrondissement), où des familles sans domicile campent depuis mi-juillet, les manifestants ont été bloqués par un cordon de CRS, près du ministère du Logement. Une délégation devait y être reçue.

Avec la réduction des budgets alloués par l'Etat, "la situation se dégrade très rapidement depuis six mois", a témoigné Fabienne Périot, 50 ans, salariée du centre d'hébergement d'urgence de L'Amicale du Nid, à Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis).

"Chez nous, il devient difficile de couvrir les besoins alimentaires des personnes que nous hébergeons, et nous ne savons pas comment nous allons payer les salariés au-delà du 1er janvier 2012", a-t-elle détaillé.

Fabienne Binot, du syndicat Sud Santé Sociaux, a expliqué: "Dans tous les centres d'hébergement, à partir de 18H00, on dit aux gens qu'il n'y a plus de place".

En régions les cortèges n'ont rassemblé qu'un monde restreint, en raison des vacances: il y a eu une centaines de personnes à Rennes et à Toulouse, une vingtaine à Saint-Brieuc.

Les personnels étaient aussi en grève à Lille, Mulhouse, Lyon, Nice, Amiens, Angers.

"Une trentaine de départements se sont déclarés en grève, c'est du jamais vu", a déclaré à l'AFP Maud Bigot, responsable de la Coordination nationale des professionnels de l'urgence sociale, à l'origine du mouvement.

Etat de crise
Places d'hébergement supprimées, Samu social et numéro 115 saturés, familles réfugiées aux urgences des hôpitaux, démission du dénonçant le 19 juillet une situation budgétaire "plus gérable": la crise qui minait déjà le secteur s'aggrave, selon les associations.

"Les services d'urgence sont amenés à trier les personnes sans abri, à refuser d'accueillir des familles et à réduire leurs services. Ces contraintes placent les travailleurs sociaux dans des contradictions insupportables", souligne la Fédération nationale des associations de réinsertion sociale (Fnars) qui appelle à la grève.

A Lyon, où "de moins en moins de places sont proposées", plus de 100 personnes sollicitent chaque jour le 115 en vain, selon Elodie Deschamps, du Samu social 69. Sans compter tous ceux qui, découragés, "n'appellent plus".

Dans plusieurs grandes agglomérations, le taux de refus atteint 80 à 90%, selon des témoignages recueillis par l'AFP.

Difficultés pour nourrir les personnes hébergées, incertitude sur le paiement des salariés au-delà du 1er janvier 2012: "chez nous, la situation se dégrade très rapidement, depuis six mois", a témoigné Fabienne Périot, 50 ans, de L'Amicale du Nid, à Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis).

Les restrictions budgétaires sont réalisées sur fond de réorientation de la politique du gouvernement autour du concept du "Logement d'abord": donner la priorité à un accès de long terme des personnes sans domicile à un véritable logement, sans passer par la case de l'hébergement d'urgence, très coûteux.

Mais les associations estiment que le gouvernement "met la charrue avant les boeufs" en commençant à réduire le nombre de places en hébergement sans que suffisamment de logements soient disponibles.

Le secrétaire d'Etat au Logement, Benoist Apparu a répondu sur RMC que les budgets de l'hébergement d'urgence avaient "augmenté en l'espace de quatre ans" en Ile-de-France, qui cumule les difficultés sur le marché du logement.

"On ne supprime pas de places" d'hébergement, a-t-il ajouté. Il en existe 115.000 aujourd'hui dans toute la France.

Le PS a réclamé un moratoire sur les fermetures de places.

Et dans un texte publié mardi sur le site du Nouvel Observateur, associations et personnalités de gauche et du spectacle appellent Nicolas Sarkozy à tenir ses "promesses": il avait plaidé en décembre 2006 pour que "d'ici à deux ans, plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir".

Le secrétaire d'Etat au Logement Benoist Apparu a répondu que les budgets de l'hébergement d'urgence avaient "augmenté en l'espace de quatre ans" en Ile-de-France, région qui cumule les difficultés de logement. "On ne supprime pas de places" d'hébergement, a-t-il affirmé. Il en existe 115.000 aujourd'hui dans toute la France.

Selon le secrétariat d'Etat et le ministère du Budget, la somme allouée à l'urgence sociale (115, hébergement d'urgence) en 2011 est de 308 millions d'euros, soit une réduction de 16,3% par rapport à 2010. Le Budget souligne que ces 308 millions représentent une nette hausse par rapport aux 177 millions d'euros alloués en 2007.

Les restrictions interviennent alors que le gouvernement réoriente sa politique autour du concept du "Logement d'abord": priorité est donnée à l'accès des sans-domicile à un véritable logement au long terme.

La chaîne de l'urgence sociale:

- Le numéro d'urgence 115 : ce numéro vert (gratuit) d'urgence du Samu social est théoriquement le point d'entrée privilégié pour les sans abri qui souhaitent obtenir de l'aide. En le composant, ils accèdent dans chaque département à une permanence d'accueil téléphonique ouverte 24 heures sur 24 et sept jours sur sept.

Les "écoutants" évaluent la situation et mettent la personne en lien avec une association ou un établissement (centre d'hébergement et de résinsertion sociale, Samu sociaux...) qui pourra l'héberger pour une nuit ou plus.

Mais les lignes étant saturées, les sans abri n'ont de plus en plus souvent personne au bout du fil malgré d'inlassables appels passés parfois depuis très tôt le matin jusqu'à tard le soir.

Rien qu'à Paris, le 115 gérait en 1999 l'hébergement de 14.400 personnes. Elles étaient 21.500 en 2010.

Le Samu social: il gère l'hébergement des personnes ayant appelé le 115, en les orientant vers ses propres centres d'hébergement ou ceux d'associations partenaires.

Outre le 115, le Samu social utilise les "maraudes", des équipes mobiles dans les rues, pour repérer les personnes en difficultés.

A Paris, elles sont renforcées l'hiver, du 1er novembre au 31 mars, par des équipes partenaires, de la protection civile ou d'associations.

Le Samu social est financé à 92% par l'Etat.

Les centres d'hébergement: gérés par des associations, les centres d'hébergement d'urgence (CHU) accueillent et hébergent en urgence les personnes à la rue, et les orientent vers une structure d'insertion. Ce type d'hébergement, généralement gratuit, peut revêtir plusieurs formes: dortoir, chambre individuelle, hôtel.

Les centres d'hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) ont en plus une mission de soutien et d'accompagnement social approfondi des personnes.

Il existe aujourd'hui 115.000 places en hébergement d'urgence, selon le secrétariat d'Etat au Logement. 10.000 de plus sont ouvertes en moyenne chaque hiver.


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