Élections territoriales en Corse : "Il faut répondre, parce que la pression a été mise" sur le gouvernement

Gilles Simeoni le 3 décembre 2017 à Bastia, en Corse. 
Gilles Simeoni le 3 décembre 2017 à Bastia, en Corse.  (MAXPPP)

Jérôme Fourquet, directeur du département opinion et stratégies d’entreprises de l'Ifop, a analysé pour franceinfo la réaction du gouvernement, au lendemain de la victoire des nationalistes corses aux élections régionales. 

La large victoire de la liste nationaliste au premier tour des élections territoriales en Corse dimanche 3 décembre relance le débat sur une éventuelle demande d'indépendance ou d'autonomie accrue. La liste nationaliste a obtenu 45,36 % des voix au premier tour.

Jérôme Fourquet, directeur du département opinion et stratégies d’entreprises de l'Ifop, auteur de La nouvelle question corse : nationalisme, clanisme, immigration, a estimé sur franceinfo que l'absence de commentaires du gouvernement tient dans le fait que l'exécutif "veut respecter le scrutin et se donner un peu le temps d'adapter sa réaction", mais que ce succès des nationalistes pose au président français la question d'une nouvelle autonomie à accorder à l'Île de Beauté.

franecinfo : N'y a-t-il pas vraiment eu de réaction officielle du gouvernement sur ces chiffres ?

Jérôme Fourquet : Effectivement, sans doute parce que le gouvernement veut respecter le scrutin et se donner un peu le temps d'adapter sa réaction. D'autant que la liste qui se disait macroniste arrive seulement en quatrième position. Quelle va être l'attitude que va adopter Emmanuel Macron ? Le dossier corse a souvent empoisonné l'existence d'un certain nombre de ses prédécesseurs. Emmanuel Macron a jusqu'à présent mis les deux fers au feu : il a proposé un pacte girondin, une décentralisation. Et en même temps il a eu une attitude très carrée et ferme au moment de la crise catalane. On va voir, dans le cadre de ce nouveau rapport de forces sorti des urnes, sa position. Jusqu'où céder de l'autonomie : fiscale, institutionnelle, économique ? Mais il y a des sujets beaucoup plus sensibles comme le statut des prisonniers politiques, dont les nationalistes, au nom de l'amnistie, demandent la remise en liberté.

Le gouvernement prend son temps, mais en face, les nationalistes ont déjà lancé un appel à Paris pour lancer des discussions. Faut-il leur répondre ?

Il faut répondre, effectivement, parce que la pression a été mise. Les nationalistes ont déjà essayé de la mettre au lendemain des législatives. On rappellera que la Corse compte quatre sièges de députés, et que trois de ces sièges ont été remportés par des nationalistes, ce qui était du jamais vu. Et là aussi, à ce moment-là, les nationalistes avaient dit qu'un message était passé à travers les urnes, et qu'ils n'avaient pas eu de réponse de la part de Paris. Là, rebelote : forts de ce très beau score du premier tour, les nationalistes essaient de mettre le rapport de force en leur faveur.

L'alliance entre les autonomistes et les indépendantistes peut-elle durer ou est-ce une alliance de circonstance ?

Il y a sans doute un calcul de circonstance. On voit historiquement que c'est le renoncement à la lutte armée puis la stratégie d'union qui a permis aux nationalistes d'accéder au pouvoir et d'enclencher cette dynamique vertueuse. Je pense donc qu'ils savent très bien ce qu'ils doivent à cette ligne relativement modérée. On a bien vu toute l'attention qui a été mise à ne pas confondre la situation catalane et le situation corse, pour rassurer l'électorat insulaire. Et on voit aussi qu'ils ont opté pour une liste d'union dès le premier tour cette année, ce qui n'était pas le cas en 2015. Tant que la formule est gagnante, on ne voit pas qui pourrait les diviser.

"Le gouvernement veut respecter le scrutin et se donner un peu le temps d'adapter sa réaction" Jérôme Fourquet, directeur du Département Opinion et stratégies d’entreprises de l'Ifop à franceinfo.
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