Écobuage, sécheresse, réchauffement climatique : trois questions qui se posent après les incendies en Haute-Corse

Les pompiers du Sdis Haute-Corse dans le village de Sampolo le 24 février 2019.
Les pompiers du Sdis Haute-Corse dans le village de Sampolo le 24 février 2019. (JEAN FERRARI / SDIS HAUTE CORSE)

De nombreux incendies de végétation se sont déclarés depuis samedi en Haute-Corse, ravageant quelque 1 400 hectares. Outre la sécheresse et les conditions climatiques, est pointée l’irresponsabilité de ceux qui pratiquent l’écobuage alors que le vent souffle.

Les incendies en Haute-Corse ont ravagé quelque 1 400 hectares de végétation samedi et dimanche, sur les secteurs de Calenzana, de Ghisoni et de Sisco. Lundi, les pompiers ont repris leurs efforts pour en venir à bout, tandis que Météo France plaçait de nouveau l'île de Beauté sous vigilance jaune au "vent fort", lequel a favorisé l’embrasement, sans doute causé par l’écobuage, pourtant interdit.

La météo était-elle particulièrement sèche en Corse ces derniers mois ?

La Corse subit depuis plusieurs semaines des conditions météorologiques très défavorables : le taux d’humidité, anormal pour la saison, n’est que de 8%, quand il culmine à 15% en été. Le vent, par ailleurs, souffle extrêmement fort, avec des rafales de quelque 100 km/h. Enfin, les sécheresses de l’été pourraient avoir préparé le terrain. "Ces dernières années, indique ainsi Michel Vennetier, ingénieur et chercheur à l’Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture, on a eu de très grosses sécheresses qui ont produit de la biomasse sèche, que ce soit au niveau des branches et des feuilles [...]ou dans les sous-bois, où beaucoup d’espèces sont mortes et des lisières tombées en masse sur le sol et qui se sont mal décomposées." En somme, un bûcher prêt à s’embraser.

Pourquoi ne pas avoir interdit l'écobuage ?

Le maire de Calenzana, Pierre Guidoni, a annoncé lundi qu’il porterait plainte, alors que les pratiques, "irresponsables" d’écobuage (débroussaillement par le feu) de certains habitants semblent être à l’origine du brasier. "On n'a pas pris d'arrêté municipal pour interdire les écobuages, mais les services de l'État ont fait paraitre des articles, des messages [disant] que par journée de grands vents, il est interdit de faire de l'écobuage", se défend Pierre Guidoni. La préfète de Corse Josiane Chevalier en appelle à la responsabilité de chacun : "Quand il y a du vent, on ne fait pas de feu !" "On ne peut pas prendre des arrêtés contre l’imprudence puisqu’hier, malgré l’arrêté très largement publié, les gendarmes que j’avais envoyés contrôler l’application de l’arrêté ont encore constaté, alors que personne ne pouvait ignorer les incendies, que des personnes continuaient à faire de l’écobuage…"

Il s’agirait, selon Michel Vennetier, de prendre le problème autrement et d’intervenir en amont, à l’avenir, pour mieux gérer la forêt et ainsi rendre l’écobuage inutile. "Extraire du bois, l’éclaircir, explique l’ingénieur, va d’une part limiter la biomasse, limiter la sensibilité de la végétation à la sécheresse et donc limiter son dépérissement et le risque d’incendie qui va avec."

Une conséquence du réchauffement climatique ?

Il est probable que le dérèglement climatique ait joué un rôle considérable dans les incendies. "Nous sommes dans une phase de dérèglement climatique extrêmement forte, confirme ainsi la préfète de Corse. Je crois qu’il va falloir adapter notre stratégie toute l’année, puisqu’on peut avoir de la sécheresse maintenant à n’importe quelle période." "Avec le dérèglement climatique, on a de plus en plus d’attaques de parasites, notamment d’insectes et de champignons, qui tuent aussi des arbres et des végétaux, ce qui conduit à accumuler de la biomasse combustible", ajoute Michel Vennetier. Cette biomasse combustible peut en effet rester pendant plusieurs années sur pied, au sol, et donc augmenter le risque de feu pendant très longtemps.

Les régions n’y sont d’ailleurs pas préparées. "Avec le dérèglement climatique, le risque augmente de plus en plus y compris dans des zones où il était faible jusqu’à présent, où la population n’a pas du tout l’habitude du feu, indique l’ingénieur. On n’y est pas préparé ni psychologiquement, ni même matériellement." "Il y a aussi les risques dans les villages et les villes, dans les jardins et les parcs publics, de plus en plus secs : on voit de plus en plus souvent des feux qui traversent des villes ou des villages, s’inquiète Michel Vennetier. Ce dernier invite à une prise de conscience, et notamment à mieux choisir organiser la végétation ornementale dans les jardins privés et publics, alors que les habitants, parfois, se tournent vers des espèces particulièrement combustibles.

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