Comment les services de police de Paris ont truqué les chiffres de la délinquance

Des policiers en patrouille dans une ZSP (Zone de sécurité prioritaire) à Sarcelles (Val-d\'Oise), le 13 janvier 2014.
Des policiers en patrouille dans une ZSP (Zone de sécurité prioritaire) à Sarcelles (Val-d'Oise), le 13 janvier 2014. (PATRICK KOVARIK / AFP)

Depuis une dizaine d'années, les services ont mis en place un ensemble de techniques qui minorent le nombre ou l'importance des actes de délinquance, selon un rapport de l'Inspection générale de l'administration.

Les services de police auraient manipulé les chiffres pour obtenir de bons résultats. Un rapport de l'Inspection générale de l'administration (IGA) décrypte le maquillage des statistiques de la délinquance qui a eu cours à la préfecture de police de Paris au cours des dernières années.

Commandé par le préfet de police de Paris, Bernard Boucault, en septembre 2012, ce rapport, consulté en partie par l'AFP et Europe 1, dévoile la mise en place d'un système visant à trafiquer les chiffres de la délinquance depuis plus d'une dizaine d'années. Le document montre surtout que la politique du chiffre ne s'est pas arrêtée, malgré les déclarations d'intention du ministre de l'Intérieur, Manuel Valls.

Comment la police a-t-elle maquillé les chiffres ?

La police aurait recours à plusieurs méthodes pour s'arranger avec la réalité, comme le détaille Europe 1. Certains faits ont tout simplement été effacés des bases de données. Le rapport évoque près de 15 000 faits de délinquance disparus en 2011 à Paris et dans son agglomération, selon une source proche du dossier. 

Autre technique, les services arrêtent de comptabiliser avant la fin du mois, lorsqu'ils atteignent leurs objectifs. Du coup, tout ce qui arrive après est reporté sur le mois suivant. Enfin, une dernière astuce consiste à requalifier les faits pour les minorer. Des tentatives de cambriolage, par exemple, peuvent être comptabilisées comme de simples dégradations.

Qui est responsable ?

Le document fait écho à un autre rapport de l'IGA commandé par Manuel Valls et publié en juillet 2013. Ce dernier avait conclu à la disparition entre 2007 et 2012 de près de 130 000 faits de délinquance sur le territoire. Des "anomalies" que l'IGA attribuait, dans son rapport, à la politique du chiffre pratiquée sous Nicolas Sarkozy. 

Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, s'est engagé, dès juin 2012, à mettre fin à la politique du chiffre. Il a d'ailleurs annoncé la mise en place d'un nouvel outil statistique. Si le nouveau rapport montre que ces pratiques ont diminué depuis l'arrivée de Manuel Valls place Beauvau, il souligne également leur persistance dans certains services, au moins jusqu'à l'été 2013.

"En fait, il semble difficile pour certains de rompre avec des habitudes qui avaient été établies pendant des années, explique un haut fonctionnaire en place à la préfecture. Mais les consignes données par le préfet sont très claires, ces pratiques, qui ont diminué comme le note le rapport, doivent cesser."

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