Cinq ans de prison, dont quatre ferme, ont été requis jeudi contre l'ancien trader de la Société Générale

Jérome Kerviel, ex-trader à la Société générale, au tribunal de Paris le 08 juin 2010.
Jérome Kerviel, ex-trader à la Société générale, au tribunal de Paris le 08 juin 2010. (AFP/JACQUES DEMARTHON)

Le tribunal a mis son jugement en délibéré au 5 octobre.Kerviel jugé depuis le 8 juin pour avoir causé début 2008 une perte historique de 4,9 milliards d'euros risque cinq ans de prison ferme et 375.000 euros d'amende, pour abus de confiance, faux et usage de faux, et introduction frauduleuse de données dans un système automatisé.

Le tribunal a mis son jugement en délibéré au 5 octobre.

Kerviel jugé depuis le 8 juin pour avoir causé début 2008 une perte historique de 4,9 milliards d'euros risque cinq ans de prison ferme et 375.000 euros d'amende, pour abus de confiance, faux et usage de faux, et introduction frauduleuse de données dans un système automatisé.

Le dernier jour de ce procès était consacré aux plaidoiries de la défense au lendemain des réquisitions du ministère public.

Me Metzner, une des stars du barreau parisien, en a d'abord appelé au "bon sens" du tribunal, "où on ne peut pas dire le contraire de la réalité. Vous êtes là, Monsieur le Président, Mesdames. Est-ce que pendant trois semaines un de vous trois n'a pas vu ce que faisait l'autre?", a demandé Me Metzner au président Dominique Pauthe et aux deux magistrates assesseurs. Il voulait, encore une fois, démontrer qu'il était impossible que les collègues et supérieurs hiérarchiques directs de Jérôme Kerviel , qui se trouvaient près de lui, dans la même salle, n'aient pas vu, pas entendu, ce qu'il faisait.

Cet argument lui a permis, entre autres démonstrations et jurisprudence, de plaider la relaxe pour l'"abus de confiance" reproché à son client. Il a aussi demandé la relaxe pour les "faux et usage de faux", puisqu'ils ont été produits "a posteriori" par Jérôme Kerviel , a-t-il expliqué, ne plaidant "coupable" que pour l'"introduction frauduleuse de données" dans un système informatique. Une broutille à l'entendre.

Me Metzner, lunettes demi-lune sur le bout du nez, continuait: "A la question 'Qui êtes-vous, Jérôme Kerviel ?', je vais opposer la question 'Qui êtes-vous Société Générale? Comment fabriquez-vous (des gens comme son ancien trader) si ce n'est par intérêt financier?'" A côté des activités "prudentes", "pures", "transparentes" de la banque et du "rouge flamboyant", a-t-il dit, "il y a la partie noire, où on va construire des produits extraordinaires, des dérivés, de ci, de ça, des produits exotiques". "On va vers la virtualité, l'immatérialité", a-t-il poursuivi.

Citant l'économiste John Galbraith pour conclure: "quand tout le monde gagne personne ne voit, quand tout le monde perd il faut un coupable, un seul".

Le réquisitoire
Durant leur réquisitoire, les deux représentants du ministère public, Jean-Michel Aldebert, chef de la section financière du parquet, et Philippe Bourion, ont démontré, selon eux, que les trois infractions étaient clairement constituées. "Jamais la qualification pénale d'abus de confiance n'a aussi bien porté son nom", a estimé Jean-Michel Aldebert.

Pour l'accusation, Jérôme Kerviel, 33 ans, est "un professionnel de la fraude", "surentraîné", "cynique", ayant mis au point un "système organisé, méthodique, continu" destiné à "trahir la confiance" de la banque et de ses salariés. "Votre tribunal le jugera pour ce qu'il est: un manipulateur, un tricheur et un menteur", il a causé "un traumatisme planétaire", "il s'agit d'arrêter le discrédit sur les banques", "il en va de l'ordre public, économique et financier", a conclu Jean-Michel Aldebert.

Mercredi, la Société Générale a réclamé à Jérôme Kerviel 4,9 milliards d'euros de dommages et intérêts
"Il est évident que M. Kerviel ne paiera pas" une telle somme, a déclaré dans sa plaidoirie l'un des trois avocats de la banque, Me Jean Veil estimant que cette somme ne représentait qu'une partie du préjudice subi. "On aurait pu demander des intérêts, on aurait pu demander réparation pour le préjudice moral" également subi, a-t-il ajouté. Surtout, il a précisé que n'étant pas trader lui-même, il ne comprenait pas véritablement le métier ni son jargon et ne pouvait donc le contrôler.

La Société Générale, principale partie civile dans le procès de Jérôme Kerviel, estime que l'ancien trader, en prenant sur les marchés financiers des engagements astronomiques, à hauteur de dizaines de milliards, à l'insu de sa hiérarchie selon elle, l'a menacée de disparition.