Jeanne d'Arc 2018 : Marlène Schiappa prête à aller "devant la justice pour protéger" la "jeune fille" de la "fachosphère"

Marlène Schiappa à l\'Assemblée nationale 12 décembre 2017.
Marlène Schiappa à l'Assemblée nationale 12 décembre 2017. (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

Alors que le procureur d'Orléans ouvre une enquête préliminaire pour incitation à la haine raciale contre la jeune fille de 17 ans d'origine béninoise qui va incarner Jeanne d'Arc 2018, Marlène Schiappa se dit prête à "protéger" la jeune fille devant la justice.

La secrétaire d'État chargée de l'égalité femmes-hommes Marlène Schiappa s'est dit prête sur France Bleu Orléans, vendredi 23 février, à aller "devant la justice pour protéger" la "jeune fille", choisie pour incarner Jeanne d'Arc en 2018 et victime d'insultes racistes sur les réseaux sociauxUne enquête préliminaire a été ouverte par le procureur de la République d'Orléans pour incitation et provocation à la haine raciale contre la jeune fille métisse d'origine béninoise.

France Bleu Orléans : Avez-vous été choquée par les propos tenus contre cette jeune fille ?

Marlène Schiappa : J'ai été profondément choquée. D'une part, parce qu'on est face à du "racisme ordinaire" qui est totalement inacceptable et qui n'a pas sa place dans la République française, et par cette forme d'appropriation du symbole de Jeanne d'Arc. C'est une héroïne de toute la France et l'histoire de France n'appartient pas au mouvement identitaire. De plus, c'est une toute jeune fille qui s'engage. Elle souhaite incarner des valeurs, représenter la religion qui est la sienne, puisque c'est un des critères pour être Jeanne d'Arc, et on s'acharne sur cette jeune fille de 17 ans, qui est bénévole, et a envie de s'engager pour son pays.

Vous avez saisi le délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti LGBT, que lui avez-vous demandé ?

Nous sommes effectivement en contact permanent puisque la délégation interministérielle à la lutte contre le racisme et l'antisémitisme [Dilcrah] est hébergée dans mon ministère, et ils partagent mon indignation. Nous allons être très vigilants, puisque la Dilcrah a des moyens coercitifs, et vérifier que la fachosphère ne s'acharne pas sur cette jeune fille et au besoin nous irons devant la justice pour protéger cette jeune fille et la préserver du harcèlement raciste qui se déverse sur elle. Je rappelle que c'est une toute jeune fille de 17 ans. C'est d'autant plus scandaleux.

Demandez-vous au préfet du Loiret d'intervenir ?

Nous sommes en contact avec tous les préfets et nous sommes en train d'étudier les suites à donner qu'elles soient par voie préfectoral, du Dilcrah ou d'autres voies. Mais effectivement, je crois qu'il est important de rappeler qu'internet n'est pas une zone de non droit. Les injures à caractère raciste sont interdites dans la République française, il faut faire respecter la loi. Nous sommes en train de voir par quel biais nous le ferons.

Est-ce qu'il faut sanctionner les réseaux sociaux ?

J'appelle à plus de sévérité avec les réseaux sociaux. C'est un sujet dont je m'étais emparée pendant la campagne présidentielle en rencontrant notamment Facebook Europe. Plus récemment, j'ai convoqué dans mon ministère l'hébergeur d'un forum de discussion en ligne qui propageait des insultes et du harcèlement à caractère sexiste. Vous savez que la Dilcrah a également interpellé Twitter. Si les réseaux sociaux ne prennent pas leurs responsabilités, il va falloir durcir les recours qui sont possibles. J'avais interpellé à ce propos au G7 égalité homme-femme la représentante de Donald Trump parce que la plupart du temps, les réseaux, par exemple Twitter, s'abritent derrière le fait qu'ils sont hébergés aux Etats-Unis. Ce n'est pas un argument, je retourne à New York bientôt et je compte interpeller à nouveaux nos partenaires américains pour voir comment on peut travailler ensemble afin de faire respecter en France la législation française.